‹ Œuvres Choisies de VChapitre 14 sur 109 · CHAPITRE IV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. i

passés; j'évoquerai du sein dés tombeaux l'esprit qui jadis, dans l'Asie, fit la splendeur des États et la gloire des peuples. Je deinanderai à la cendre des législateurs par quels mobiles s'élèvent et s'abaissent les empires; de quelles causes Tiaissent la prospérité et les malheurs des nations; sur quels principes enfin doivent s^ établir la paix des sociétés et le bonlieur des hommes. x>

Je me tus ; et, les yeux baissés, j'attendis la réponse du Génie, a La paix, dit-il, et le bonheur descendent sur celui qui pratique la justice. O jeune homme ! puisque ton cœur cherche avec droiture la vérité , puisque tes yeux peuvent encore la reconnaître à travers le bandeau des préjugés, ta prière ne sera point vaine : j'exposerai à te& regards cette vérité que tu appelles ; j'enseignerai à ta raison cette sagesse que tu réclames ; je te révélerai la sagesse des tombeaux et la science des siècles. . . » Alors s'approchant de moi et po- ' sani sa main sur ma tête : c< Élève-toi, mortel, dit-il, et dégage tes sens de la poussière où tu rampes. . . » Etsoudain, pénétré d'un feu céleste, les liens qui nous fixent ici-bas me semblèrent se dissoudre ; et tel qu'une vapeur légère, enlevé par le vol du Génie, je me sentis transporté dans la région supérieure. Là, du plus haut des airs, abaissant mes regards vers la terre, j'aperçus une scène nouvelle. Sous mes pieds, nageant dans l'espace, un .'jlobe, semblable à celui de la lune, mais moins gros et moins lumineux, me présentait l'une de ses faces (1) ; et cette face avait l'aspect d'un disque semé de grandes taches, les unes blanchâtres et nébuleuses, les autres brunes, vertes ou grisâtres ; et tandis . que je m'efforçais de démêler ce qu'étaient ces taches : « Homme qui cherches la vérité, me dit le Génie,

(1) Voyez la planche II, qui représente la moiUé de la terre;

reconnais -tu ce spectacle? » — « Génie! répondis-je, si d'autre part je ne voyais le globe de la lune, je prendrais celui-ci pour le sien ; car il a les apparences de cette planète vue au télescope dans lorabre d'une éclipse : on dirait que ces diverses taches sont des mers et des continents. »

« — Oui, me dit-il, ce sont des mers et des continents, ceux-là mêmes de T hémisphère que tu habites... »

. « Quoi ! m'écriai-je, c'est là cette terre où vivent les mortels!... »

<c — Oui, reprit-il, cet espace brumeux qui occupe irrégulièrement une grande portion du disque, et Tenceint presque de tous côtés, c'est là ce que vous appelez le vaste Océan, qui, du pôle du sud s'avançant vers l'équateur, forme d'abord le grand golfe de VInde et de V Afrique, puis se prolonge à l'orient à travers les îles Malaises jusqu'aux confins de la Tarlarie^ tandis qu'à l'ouest il enveloppe les continents de V Afrique et de V Europe jusque dans le nord de VAsie.

« Sous nos pieds, cette presqu'île de forme carrée est l'aride contrée des Arabes; à sa gauche ce grand continent, presque aussi nu dans son intérieur, et seulement verdàtre sur ses bords, est le sol brûlé qu'habitent les hommes noirs (1). Au nord, par delà une mer irrégulière et longuement étroite (2), sont /es campagnes de l'Europe, riche en prairies et en cliEmps cultivés : à sa droite, depuis la Caspienne, s'étendent les plaines neigeuses et nues de la Tartarie. En revenant à nous, cet espace blanchâtre est le vaste et triste désert du Cobi^ qui sépare la Chine du reste du monde. Tu

(1) L'Afrique.

(2; La Médiierrapcc.

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vois cet empire dans le terrain sillonné qui fuit à nos regards sous un plan obliquement courbé. Sur ces bords, ces langues déchirées et ces points épars sont les presqu'îles et les îles des peuples Malais^ tristes possesseurs des parfums et des aromates. Ce triangle qui s'avance au loin dans la mer est la presqu'île trop célèbre de Y Inde. Tu vois le cours tortueux du Gange, les âpres montagnes du Tibet, le vallon fortuné de Kochemire, les déserts salés du Pevêan^ les rives de TEtifhrate et du Tigre^ et le lit encaissé du Jourdain, et les canaux du iVi7 solitaire... )•

« — O Génie ! dîs-je en l'interrompant, la vue d'un mortel n'atteint pas à ces objets dans un tel éloignément... » Aussitôt, m'ayant touché la vue, mes yeux devinrent plus perçants que ceux de Taigle ; et cependant les fleuves ne me parurent encore que des rubans sinueux , les montagnes des sillons tortueux, et les villes que de petits compartiments semblables à des cases d'échecs.

Et le Génie m'indiquant du doigt les objets : « Ces monceaux, me dit-il, que tu aperçois dans l'aride et longue vallée que sillonne le Nil, sont les squelettes des villes opulentes dont s'enorgueillissait l'ancienne Ethiopie ; voilà cette Thehes aux cent pataisy métropole première des sciences et des arts, berceau mystérieux de tant d'opinions qui régissent encore les peuples à leur insu. Plus bas, ces blocs quadrangulaires sont les pyramides dont les masses t'ont épouvanté : au delà, le rivage étroit que bornent et la mer et de raboteuses montagnes fut le séjour des peuples phéniciens. Là furent les villes de Tyr^ de Sidon^ A'Ascalon, de Gaze et de Beryte. Ce filet d'eau sans issue est le fleuve du Jourdain, et ces roches arides furent jadis le théâtre d'événements qui ont rempli le monde. Voilà ce désert I S

d'Horei el ce mont Sinai^ où, par des moyens qu ignore le vulgairei un homme profend et hardi fonda des institutions qui ont influé sur l'espèce entière. Sur la plage aride qui confine, tu n'aperçois plus de traces de splendeur^ et cependant ici fut un entrepôt de richesses. Ici étaient ces ports iduméens, d'où les flottes phéniciennes et juives, côtoyant la presqu'île arabe, sa rendaient dans le golfe Persique pour y prendre les perles d'Hévila, et l'or de Saba et d'Ophir. Oui, c'est le) sur cette côté d'Oman et de Bahrain, qu'était le siège de ce commerce de luxe qui, dans ses mouvements et ses révolutions^ fit h destin des anciens peuples ; c'est là que venaient se rendre les aromates et les pierres précieuses de Ceylan, les schals de Kachcmire, les diamants deGolconde^ l'ambre des Maldives, le musc du Tibet, Taloès de Cochin, les singes et les paons du continent de l'Inde, l'encens d'Hadramaût, la myrrhe, l'argent, la poudre d'or et l'ivoire d'Afrique : c'est de là que, prenant leur route, tantôt par la mer Rouge, sur les vaisseaux d'Egypte et de Syrie, ces jouissances alimenterait successivement l'opulence de Thèbes, de Sidon^ de Mempbis et de .I&*usalem ; et que, tantôt remontant le Tigre et l'Euphrate, elles suscitèrent l'activité des nations assyriennes, mèdes, kaldéeanes et perses ; et ces richesses, selon l'abus et i'usiige qu'elles en firent, élevèrent ou renversèrent tour à tour leur domination. Yoilà le foyer qui suscitait la ma^ificence de Persépolis, dont tu aperçois leis colotines \ d'Echatane, dont la septuple enceinte est détruite ; de Babylone^ qui n'a plus que des monceaux de terre fouillée ; de Ninive, dont le nom à peine subsiste; de Tapsaque^ d'Anatho, de Gerra^ de cette désolée Palitiyre» O noms à jamais glorieux! diamps «élèbrasi <M>ii£rées mémoraU/es l comJbiea votre aspect

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