CHAPITRE V
Oon^Htioa de l^homme dans l*iml««irs.
Et après quelques moments de silence, ie Génie reprit en ces termes :
« Je te Toi dit, 6 ami de la vérité! Fliomme reporte en vain ses malheurs à des agents obscurs et imaginaires; îl recherche en vain à ses maux des icûUsès mystérieuses. . . Dans Tordre général de Tunivers, sans doute sa condition est assujettie à des înconvènients ; sans doute son exîf^tence est dominée par des puissanets SHpiriturts; mais ces puissances ne sont ni les décrets d un destin aveugle, ni les caprices d'êtres faniaslîques et birarres : ainsi que le monde dont il fait partie, 1 homme est régi par des lois naturelles^ régulières dans leur cours, conséquentes dans leurs eïfets, immuables dans tettr
essence ; et ces lois, source commune deê biens et des maux, ne sont point écrites au loin dans les astres, ou cachées dans des codes mystérieux ; inhérentes à la nature des êtres terrestres, identifiées à leur existence, en tout temps, en tout lieu, elles sont présentes à rhomme, elles agissent sur ses sens, elles avertissent son intelligence, et portent à chaque action sa peine e< sa récompense. Que l'homme connaisse ces lois ! qu'il comprenne la nature des êtres qui l'environnèiU, et sa propre nature, et il connaîtra les moteurs de sa destinée; il saura quelles sont les causes de ses maux et quels peuvent en être les remèdes.
Quand la puissance secrète qui anime l'univers forma le globe que Fhomme habite, elle imprima aux êtres qui le composent des propriétés essentielles qui devinrent la règle de leurs mouvements individuels, le lien de leurs rapports réciproques, la cause de Fh^rmonie de Tensemble ; par là, elle établit un ordre régulier de causes et d'effets, de principes et de conséquences, lequel, sous une apparence de hasard, gouverne l'univers et maintient l'équilibre du monde : ainsi, elle attribua au feu le mouvement de l'activité ; à l'air, l'élasticité ; la pesanteur et la densité à la matière ; elle fit l'air plus léger que l'eau, le métal plus lourd que la terre, le bois moins tenace que l'acier ; elle ordonna à la flamme de monter, à la pierre de descendre, à la plante de végéter; à Fhomme, voulant l'exposer au shoc de tant d êtres divers,, et cependant préserver sa vie fragile, elle lui donna la faculté de sentir. Par cette faculté, toute action nuisible à son existence lui porta une sensation de mal et de douleur ; et toute action favorable, une sensation déplaisir et de bien-être . Par ces sensations, Fhomme, tantôt détourné de ce qui blesse ses sens, et tantôt entraîné vers ce qui les flatte.