CHAPITRE V
a été nécessité d'aimer et de conserver sa vie. Ainsi, l* amour de soi y le désir du bien-être ^ l'aversion de la douleur ont été les lois essentielles et primordiales imposées à l'homme par la nature même'; les lois que la puissance ordonnatrice quelconque a établies pour le gouverner, et qui, semblables à celles du mouvement dans le monde physique^ sont devenues le principe simple et fécond de tout ce qui s'est passé dans te monde moral.
Telle est donc la condition de l'homme : d'un côté, soumis à Faction des éléments qui l'environnent, il est assujetti à plusieurs maux inévitables ; et si dans cet arrêt la nature s'est montrée sévère, d'autre part juste, et même indulgente, elle a non-seulement tem-' péré ces maux par des biens équivalents, elle a encore donné à l'homme le pouvoir d'augmenter les uns et d'alléger les autres ; elle a semblé lui dire : « Faible ouvrage de mes mains, je ne te dois rien, et je te donne la vie ; le monde où je te place ne fut pas fait pour toi, et cependant je t'en accorde l'usage : tu le trouveras mêlé de biens et de maux ; c'est à toi de les distinguer, c'est à toi de guider tes pas dans les sentiers de fleurs et d'épines. Sois l'arbitre de toii sort; je te remets ta destinée. » — Oui, l'homme est devenu l'artisan de sa destinée; lui-même a créé tour à tour les revers ou les succès de sa fortune; et si, à la vue de tant de douleurs dont il a tounnenté sa vie, il a eu lieu de gémir de sa faiblesse ou de son imprudence, en considérant de quels principes il est parti et à quelle hauteur il a su s'élever, peut-être a-t-il plus droit encore de présumer de sa force et de s'enorgueillir de son génie.
e LES RUINES.