‹ Œuvres Choisies de VChapitre 2 sur 109 · NOTICE SUR VOLNEY · texte numérisé non relu

NOTICE SUR VOLNEY

Constantin-François Gfaassebœuf de Tolney naquit, le 5 févne. 1757, à Craon, petite ville du département de la Mayenne. Peu de jours avant sa mort, il avait rédigé sur les premières années de sa vie quelques notes que nous, allons transcrire. Son père déclara qu'il ne lui laisserait point porter le nom de Chassebœufy d'abord parce que ce nom ridicule lui avait attiré mille désagréments dans sa jeunesse, et qu'ensuite il était commun à dix mâles collatéraux dont il ne voulait point qu'on le rendit solidaire sous ce rapport. 11 rappela BmgiraiSy et c'est sous ce nom que le jeune Constantin-François a été connu dans les collèges.

Devenu veuf deux années après la naissance de son fils, Jacques René Chassebœuf le laissa aux mains d'uue servante de campagne et d'une vieille parente, pour se livrer avec plus de liberté à la profession d'avocat au tribunal de Craon, d'où sa réputation s'étendit dans toute la province.

Pendant ses absences très*fréquentes, l'enfant reçut les impressions de ses deux gouvernantes : tandis que Time le gâtait, Fau^tre le grondait sans cesse, et toutes deux farcissaient son esprit de préjugés de toute espèce, et surtout de la terreur des revenants : l'enfant en fut frappé au point qu'à l'âge de onze ans, il n'osait rester seul la imit.

Il n'avait encore que sept ans, lorsque sou père le mit à im petit collège tenu à Anceniis par uu prêtre \m breton, qui passait pour faire de bons latinistes. Jeté là, feible, sans appui, privé tout à coup de beaucoup de soins, l'enfant devint chagrin et sauvage. On le châtia ; il devint plus farouche, ne travailla point, et fut le dernier de sa classe. Sïk ou huit mois se passèrent ainsi ; enfii? uu de ses maîtres en eut pitié, le (paressa, le consola ; ce f«t une métajDorphose en quinze jours : Boisgira^s s'appliqua si bien, qu'il se rapprocha bientôt des preiuîères places, rpi'il ne quitta plus..

Tï NOTICE

A douze ans, Boisgîrais quitta le collège d'Ancenis pour celui d'Angers, où il parcourut ses classes de la manière la plus brillante : au bout de cinq ans, il avait terminé âes étudôs. Il se trouva bientôt tout à fait indépendant, car son père, qui ne s'était jamais occupé de lui, s'empressa de le faire émanciper, lui rendit compte du bien de sa mère, et l'abandonna à lui-même. Il vint à Paris, s'y livra sans relâche à l'étude de l'histoire et de la philosophie, et passait presque tout son temps dans les bibliothèques publiques ; v^^is sBi îçiTtum n'était pas suffisante pour qu'il se dispensât d*embrasser une profession. Sou père lui conseilla le barreau, mais la ohiciilie lui in^pir^it un dégoût profond, et il avait une insurmon- : table aversiQU pour ces deux métiers, celui d'avocat et cdui de pf être, dans lesquels la tcame du mensonge doit toujours se récouvrir d*ua vernis de conviction. 11 ne se sentait pas capable d'un j^mL attentat contre la conscience humaine» Boisgirais voulut être médecm, et pendant trois ans il suivit les cours de la Faculté de Puris, sans négliger se$ autres études favorites : ce fut dans cet intervalle qu'il adressa à l'Académie un mémoire sur la chronol^ie d'Hérodote. Le professeur Larcher, avec qui le jetme auteur so trouvait en opposition, censura l'ouvrage avec amertume; Boisgirais soutint son opinion avec chaleur, et prouva dans la suite ((U'iUvait raison, quant au fond de la question. Quelques légères erreurs s'étaient glissées dans ce premier travail, mais plus tard il las reconnut et les redressa lui-même dans ses Recherches nou-veiles ^ur l'hisime ancienne.

Ce premier écrit de Boisgirais fit quelque sensation, et le mi} eu rapport avec ce qu'il y avAit. alors de plus célèbre à Paris. U baron d'Holbach le prit en aniitjé et lui fit faii^ la connaissance dt Franklin ; celui-ci le présenta à madame Helvétius, qui l'invitai! souvent à sa maison de Pa^isy, rà se réunbsaieot alors Télite des gens de lettres et des savants^ .dans la sodété desquels le jeunl étudiant fortifiait diaque Jour son esprit et puisait des idées trèspropres à développer les talents dont la nature l'avait doué. A cette époque, il eut à recueillir un faible héritage de deux mille éous ; U chercha à employer utilement cette somme. Dans ce but, il profeta de parcourir TÉgypte et la Syrie, pays encore peu connus, et se prépara k ce périlleux voyage. Prévoyant les dangers,

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i^.fotigii^fl et les pfivatioas aux^uela il sera^ ejfmé, il ae mm [pH pêoâant )ui an à une suite d'exercices et d- épreuves propres à /ortifii^r sa coQsiîtutioQ^ et à lui fj^ire acquérir les qualités phyai^ ques indispensables à tout homme qui va explorer de^ entrées hsf^ bares dépourvues de toutes les ressources d'une civilisation avaor cée. Dès qu'il se crut assez rob«tôte eta^sez a^poui^ Tefitreprisé qi^'ll iBéditait, rien ne put rengager k la dif£éver. Ge fut alcars qu'il prif; le nom de Vt^lmtn m havre^d qu'il peittait à la uaBiène des i^oldats^ une çeit4ure de ouir cenleflaiit aes.siiK mille finfiea eu or, un fusil sur Tépaule, tel était son bagage k 9m dép^^t d'An,- S^x^f où il était allé passer quelque t«pp^ ^^ eou encie» fiieiitôt il arriva à M^rseille^ oà il s'embarqua j il résida qi^elques mois m Caire ; mai]» convaincu que la connaissançjB pai^aHe d^ 1^ lau^ue arabe est indispensable poi^r voyager avee fruit dans ces contrée^^ il alla s'enfermer danp un couvert du Liban, a^ il ^e Uvfa avei^ une telle ardeur à j'^ade de cette languei qu'eu peu de moi^ il réussit à la parler correctement ^ avec l'accent ueiionf^h Aussitôt Volney par(îourut l'Egypte et la -Syrie j il visite les ruines de Palluyre, jugeai^t de tout par lui-n^éme» en i^bservateur éclaisé et coasciencieux. Dégagé de tout pr^ugé^ n'ayant d'autre passion que rameur des hommes et de la vérité, il réussit à composer sur ces pays un ouvrage qui ses:a toujours un modèle.. U le publia^ eu 178$9 sous le litre de Voyage en Egypte et m Syrie. Jamais livre u'9vait obtenu un succès plus brillant ; il valut à l'auteur une célébri^ européemie. La czarine Catherine II gratifia YoU^ey d'une très^ belle médaille en or, qu'il renvoya en décembre 1791 » larsf ue Car therine eut pr^s parti contre notre révolution» avee: upe lettre dans laquelle il exprimait le regret de ne pouvoir conserver cette marque flatteuse de . l'estime d'une souveraine qui se déclarait Tennemie des institutions que la France venait de ^ donner pour assurer sa liberté.

Peu de temps après qu'eut paru son ouvrage, Volney fut nommé directeur général de l'agriculture et du commerce en Corse ; maie appelé à siéger parmi les législateurs de la France, il donna sa démission de la place qu'il tenait du gouvernement^ ne regardant pas, disail-il, un emploi salarié comme compatible avec l'indépendante dignité de mandataire du peuple. Il fut alors, non^euk-

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igmik là tfitone, mais eiicere dans les journaux, un des plus fer-* mes appris des teiidâtices et des résolutions démocratiques. Par une série de déductions rigoureuses, il arriva à cette conclusion, que plus les propriétés sont divisées'^dans un État, plus cet État esl puissant ; mais il n*osa pas annoncer que cet extrême morcellement conduit, par son impuissance contre la misère, par son instabilité et par ses autres inconvénients, à la reconnaissance je ce grand principe, le seul dont la mise en pratique soit conforme à ridée du bonheur commun : La terre n'est à personne, les fruits smt à tous.

Lorsqu'il fat question d'accorder au roi l'exercice des droits de paix et de guerre, il fut uii de ceux qui combattirent cette proportion par les raisons les plus péremptoires. « Les nations, dit-il» lie sont pas créées pour la gloire des rois, et vous n^avez vu dans les trophiées que de sanglants fardeaux pour les peuples. » Accorder au prince le droit de paix et de gUerre, c'était, selon Volney, souscrire d'avance à la trahison.

Il se déclara l'ennemi de ces comités secrets, qui ne pouvaient être demandés que par des lâches ou par des perfides. Il voulait que des représentants ne pussent jamais se soustraire aux regards des citoyens qui les ont nommés, et à qui, par conséquent, ils doivent compte de toutes leurs démarches et de toutes leurs pensées.

Volney profita de l'émancipation de la presse pour publier ses Rinnesy ou Méditations sur les révolutions des empires. Il déposa dans ce livre le fruit de ses réflexions sur l'histoire des peuples, et sur les effets du despotisme et de la superstition, tels qu'il les avatt observés en Orient. « Dans ce bel ouvrages a dit M. Pastoret, il nous ratnène à l'état primitif de Thomme, à sa condition nécessaire daufe l'ordre général de l'univers ; il recherche l'origine des sociétés civiles et les causes de leurs formations, remonte jus qu'aux principes de l'élévation des peuples et de leur abaissementi développe les obstacles qui peuvent s'opposer à l'amélioration de l'hoinme. » '

• Cette production si remairquable, à laquelle Vôlney ajouta plus lîird la Loi natuf elle, fut traduite dans toutes les langues de l'Europe. Jamais cadre ne fut mieux choisi, ni aussi habilement rempli ; le style en est tantôt grave et sévère, tantôt brillant et animé ;

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réloqueuce y est toujours subordonnée à la raison, et n'est jamais détournée de son seul but légitime au profit de séduisants s(4)hisnaes destinés à faire régner le mensonge. Dans ce bel ouvrage, la vérité livre à l'erreur un combat terrible. L'auteur, prenant en flagrant délit de déception toutes les croyances qui ont régné sur la terre, dépouille d'une main hardie le fanatisme de son masque hypocrite ; il brise les fers honteux forgés par des hommes qui osèrent se dire les ministres et les interprètes de la Divinité ; il les montre toujours guidés par un vil intérêt, établissant leurs jouissances égoïstes sur le malheur de leurs semblables, et s'appliquaut sans cesse à les maintenir dans une ignorance profonde. Volney s'attache surtout à pulvériser le grand levier de toutes les tyrannies, la superstition, qui traverse les siècles en prenant des baptêmes différents, mais qui n'a jamais changé de but en changeant de forme.

En 1792,Volney se rendit en Corse, où il acheta, près d'Ajaccio, le domaine de la Confina, sur lequel, par plusieurs essais heureux, il montra que l'on pouvait naturaliser dans cette île les principaux produits du nouveau monde. Mais les troubles suscités par Paoli forcèrent Volney d'interrompre ses travaux et d'abandonner ses petites Indes, ainsi nommait-il sa propriété, que le traître fit vendre à l'encan.

Volney, pendant son séjoifr en Corse, fit la connaissance de Napoléon Bonaparte, alors simple officier d'artillerie, et dont il devina le génie. Lorsque, quelques années après, il apprit, en Amérique, que le commandement de l'armée d'Italie venait d'être confié à Bonaparte, devenu général, il dit devant plusieurs réfugiés français : « Pour peu que les circonstances le secondent, ce sera 'a tête de César sur les épaules d'Alexandre. »

Sous le gouvernement révolutionnaire, Volney, qui ne comprenait pas la nécessité de son action violente, fut incarcéré comme royaliste. Après ce fatal 9 thermidor, qui fut le coup de mort pour la république, il recouvra sa liberté, et fut appelé à la chaire d'histoire dans la célèbre École normale. Dans le peu de leçons qu'il fit alors, il démontra combien les préjugés et les erreurs sur l'histoire ont été funestes aux nations ; il fit voir que cette, partie si imporlante des connaissanjjes humaines était h refaire presque en

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