CHAPITRE VIII
■ouree â»ê maux def Soeî^lét.
En effet, à peine les hommes purent-ils développer leurs facultés, que, saisis de l'attrait des objets qui flattent les sens^ ils se livrèrent à des désirs effrénés. Il ne leur suffit plus de la mesure des sensations douces que la nature avait attachées à leurs vrais besoins pour
les lier à hur exUtence : non contents des biens qne leur offrait la terre ou que produisait leur industrie, ils voulurent entasser les jouissances, et convoitèrent celles que possédaient leurs semblables ; eC un homme fort s'élevn contre un homme faible, pour lui ravir les fruits de ses peines ; et le faible invoqua un autre fai' ble, pour résister à la violence; et deux forts se dirent : « Pourquoi fatiguer nos bras à produire des jouissances qui se trouvent dans les mains des faibles? Unissons* nous et dépouillons^les ; ils fati^^ueront pour nous, et nous jouirons sans peine. » Et les forts s'étant associés pour l'oppression , les faibles pour la résistance^ les hommes se tourmentèrent réciproquement; et il s'établit sur la terre une discorde générale et funeste, dans laquelle les passions, se produisant sous mille formes nouvelles, n'ont cessé de former un enchaine* ment successif de calamités.
Ainsi, ce même amour de soi qui, modéré et prudent ^ était un principe de bonheur et do perfection^ devenu avsiigle et désordonné, se transforma en un poison corrupteur ; et la cupidité^ fille et compagne de Yignow rance, s'est rendue la cause de tous les maux qui ont désolé la terre.
Oui, TiGNORANCE et la coriniTÉ ! voilà la double source de tous les tourments de k vie de Thomme ! C'est par elles que, se faisant de fausses idées de bonheur, il a méconnu ou enfreint les lois de la nature^ dans les rapports de lui-même aux objets extérieurs, et que, nuisant à son existence, il a violé la morale individuelle; c'est par elles que, fermant son eesur à h compassion et son esprit à l'équité, il a vexé, affligé son semblable, rt violé la morale sociale. Par Yignorance et la eupiditéj, l'homme s'est armé contre Thomme, la famille contre la ffimiUe» la tribu contre la tribu, et la terre est de-
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venue un théâtre sanglant de discorde et do brigan^ dage : par Yignorance et la cupiditéy une guerre secrète, fermentant au sein de chaque Etat, a divisé le citoyen au citoyen ; et une même société s'est partagée en oppresseurs et en opprimés, en maîtres et en esclaves : par elles, tantôt insolents et audacieux, les chefs d'une nation ont tiré ses fers de son propre sein, et Tavidité mercenaire a fondé le despotisme politique; tantôt hypocrites et rusés, ils ont fait descendre du ciel des pouvoirs menteurs, un joug sacrilège ; et la cupidité crédule a fondé le despotisme religieux : par elles enfin se sont dénaturées les idées du bien et du wa/, du juste et de V injuste^ du vice et delà vertu; et les nations se sont égarées dans un labyrinthe d'erreurs et de calamités... La cupidité de Thomme et son ignoranee L . . voilà les génies malfaisants qui ont perdu la terre ! voilà les décrets du sort qui ont renversé les empires ! voilà les anathèmes célestes qui ont frappé ces murs jadis {glorieux, et converti la splendeur d'une ville populeuse en une solitude de deuil et de ruines! Mais puisque ce fut du sein de l'homme que sortirent tous les maux qui Font déchiré, ce fut aussi là qu'il en dut trouver les remèdes, et c'est là qu'il faut les chercher.