CHAPITRE X
naison des circonstances et des événements, comme le prouve l'histoire de l'espèce*
Dans Tenfance des nations, qband les hommes vivaient encore dans les forêts, soumis tous aux mêmes besoins, doués tous des mêmes facultés, ils étaient tous presque égaux en forces ; et cette égalité fut une circonstance féconde et avantageuse dans la composition des sociétés : par elle, chaque individu se trouvant indépendant de tout autre, nul ne fut l'esclave d'autrui, nul n'avait F idée d'être maître. L'homme novice ne connaissait ni servitude ni tyrannie ; muni de moyens suffisants à son être , il n'imaginait pas d'en emprunter d'étrangers. Ne devant rien , n'exigeant rien, il jugeait des droits d'autrui par les siens, et il se faisait des idées exactes de justice : ignorant d'ailleurs l'art des jouissances, il ne savait pro^ duire que le nécessaire; fet faute de superflu, la cupidité restait assoupie : que si elle osait s'éveiller, Thomme, attaqué dans ses vrais besoins, lui résistait avec énergie, et la seule opirkion de cette résistance entretenait un heurMx équilibre.
Ainsi, YétjeiUé oriffineUe, à défaut de cônvenHoHy maintenait la HbeHé des personnes , la ^érdé des propriétés, et produisait les bonnes mœurs et 1 ordre. Oiacun travaillait par soi et pour soi ; et le €œur de l'k&fHme^f occupé^ n'en-mt poht tn déùrs €0upabl€s* L'homme avait peu de jouissances, mais ses besoins étaient satisfaits t et comme la nature indulgente les fit moins étendus que ses forces, le travail de ses mains produisit bietitôt l'abondance; l'abondance, la population : les arts se développèrent, les cultures s étendirent, et la terre, couverte de nombreux habitants, se partagea en divers domaines.
Alo^ que h$ rapports des bomm^ ^e furent com-
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pliqiics, Tordre intérieur des sociétés devint plus difficile à maintenir. Le temps et l'industrie ayant fait naître les richesses, la cupidité devint plus active; et parce que l'égalité, facile entre les individus, ne put subsister entre les familles , Téquilibre naturel fut rompu : il fallut y suppléer par un équilibre factice ; il fallut préposer des cliefe , établir des lois, et, dans Tinexpérience primitive, il dut arriver qu'occasionnées par la cupidité, elles en prirent le caractère ; mais diver&es circonstances concoururent à tempérer le désordre, et à faire aux gouvernements une nécessité d'être justes.
En effet, les Etats, d abord faibles, ayant à redouter des ennemis extérieurs, il devint important aux chef^ de ne pas opprimer les sujets : en diminuant Yinlérêl des citoyens à leurs gouvernements, ils eussent diminué leurs moyens de résistance^ ils eussent fa-r cilitéles invasions étrangères, et, pour des jouissances superflues, compromis leur propre existence.
A l'intérieur, le caractère des peuples repoussait la tyrannie. Les hommes avaient conti^acté de trop longues habitudes d'indépendance; ils avaient trop peu de besoins et un sentiment trop présent de leurs propres forces.
Les Etats étant resserrés; il était difficile de diviser les citoyens pour les opprimer les uns par les autres : ils se communiquaient trop aisément, et leurs intérêts étaient trop clairs et trop simples. D'ailleurs, tout homme étant propriétaire et cultivateur, nul n'avait besoin de se vendre, et le despote n'eut point trouvé de mercenaires.
Si donc il s'élevait des dissensions, c'était de famille à famille, de faction à faction, et les intérêts étaient toujours communs à un grand nombre ; le» troubles