‹ Œuvres Choisies de VChapitre 26 sur 109 · CHAPITRE X. SS · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. SS

en étaient sans doute plus Tiiis, mais la crainte des étrangers apaisait les discordes : si l'oppression d'un parti s'établissait, la terre étant ouverte, et les hommes, encore simples, rencontrant partout les mêmes avantages, le parti accablé émigrait, et portait ailleurs son indépendance.

Les anciens Etats jouissaient donc en eux-mêm<*s de moyens nombreux de prospérité et de puissance : de ce que chaque homme trouvait son bien-être dans la constitution de son pays, il prenait un vif intérêt à sa conservation ; si un étranger l'attaquait, ayant à délcn- . dre son champ, sa maison, il portait aux combats la passion d'une cause personnelle, et le dévouement pour soi-même occasionnait le dévouement pour la patrie.

De ce que toute action utile au public attirait son estime et sa reconnaissance, chacim s'empressait d'être utile, et Yamour^propre multipliait les talents et les vertus civiles.

De ce que tout citoyen contribuait également de ses biens et de sa personne, les armées et les fonds étaient inépuisables, et les nations déployaient des masses imposantes de forces.

De ce que la terre était libre et sa possession sûre et facile, chacun était propriétaire ; et la division des propriétés conservait les mœurs en rendant le luxe impossible.

De ce que chacun cultivait pour lui-même, la culture était plus active, les denrées plus abondantes, et la richesse particulière faisait l'opulence publique.

De ce que Fabondance des denrées rendait la subsistance facile, la population fut rapide et nombreuse, et les Etats atteignirent en peu de temps le terme de leur plénitude,

De ce qu'il y eut plus de production que de consommation, le besoin du commerce naquit, et il se fît, de peuple à peuple, des échanges qui augmentèrent leur activité et leurs jouissances réciproques.

Enfin, de ce que certains lieux, à certaines époques, réunirent l'avantage d'être bien gouvernés à celui d'être placés sur la route de la plus active circulation, ils devinrent des entrepôts florissants de commerce et des sièges puissants de domination. Et sur les rives du Nil et de la Méditerranée, du Tigre et de TEuplirate, les richesses de l'Inde etdeTEurope, entassées, élevèrent successivement la splendeur de cent métropoles.

Et les peuples, devenus riches, appliquèrent le superflu de leurs moyens à des travaux d'utilité commune et publique ; et ce fut là, dans chaque Etat, l'époque de ces ouvrages? dont la magnificence étonne l'esprit ; de ces puits de Tyr, de ces digues de l'Euphrate, de ces conduits souterrains de la Médie, de ces forteresses du désert, de ces aqueducs de Palmyre, de ces temples, de ces portiques. . . Et ces travaux purent être immenses sans accabler les nations, parce qu'ils furent le produit d'un concours égal et commun des forces d'individus passionnés et libres.

Ainsi, les anciens Etats prospérèrent, parce que les institutions sociales y furent conformes aux véritables lois de la nature, et parce que les hommes, y jouissant de la liberté et de la sûreté de leurs perso mies et de leurs propriétés^ purent déployer toute l'étendue de leurs facultés, toute l'énergie de Tamour de soi-même.

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