CHAPITRE XIL
TOUS à la rosée nocturne comme le pasteur? traversez-vous les déserts comme le marchand? Ah 1 en voyant la cruauté et Torgueil des puissants, j'ai été transporté d'indignation, et j'ai dit dans ma colère : Eh quoi ! il ne s'élèvera pas sur la terre des hommes qui vengent les peuples et punissent les tyrans! Un petit nombre de brigands dévorent la multitude, et la multitude se laisse dévorer ! O peuples avilis ! connaissez vos droits! Toute autorité vient de vous, toute puissance est la vôtre. Vainement lès rois vous commandent de par Dieu et de par leur lance ^ soldats, restez immobiles : puisque Dieu soutient le sultan j votre secours est inutile ; puisque son épée lui suffit, il n'a pas besoin de la vôtre : voyons ce qu'il peut par luimême... Les soldats ont baissé les armes ; et voilà les maîtres du monde faibles comme le dernier de leurs sujets ! Peuples ! sachez donc que ceux qui vous gouvernent sont vos chefs^et non pas vos maîtres y vos préposés et non pas vos propriétaires ; qu'ils n'ont d'autorité sur vous que par vous et pour votre avantage; que vos richesses sont à vousj et qu'ils vous en sont comptables ; que rois ou sujets. Dieu a fait tous les hommes égaux, et que nul des mortels n'a droit d'opprimey son semblable.
« Mais cette nation et ses chefs ont méconnu ces vérités saintes Eh bien! ils subiront les conséquences de leur aveuglement L'arrêt en est porté ;
le jour approche où ce colosse de puissance, brisé, s'écroulera sous sa propre masse : oui, j'en jure par les ruines de tant d'empires détruits I l'empire du Croissant subira le sort des Etats doiit il a imité le régime. Un peuple étranger chassera les sultans de leur métropole : le tràne d'Orkhan sera renversé ^ le dernier rejeton de sa racé sera retranché y et la horde des Oguzians, privée
de chef, se dispersera comme celle des Nogais : dans cette dissolution, les peuples de Fémpire, déliés du joug qui les rassemblait, reprendront leurs anciennes distinctions, et une anarchie générale surviendra comme il est arrivé dans l'empire des Sophis, jusqu'à ce qu'il s'élève chez l'Arabe, l'Arménien ou le Grec, des législateurs qui recomposent de nouveaux Etats... Oh f s'il se trouvait sur la terre des hommes profonds et hardis ! quels éléments de grandeur et de gloire ! . . . Mais déjà l'heure du destin sonne. Le cri de la guerre frappe mon oreille, et la catastrophe va commencer. Vainement le sultan oppose ses armées ; ses guerriers ignorants sont battus, dispersés : vainement il appelle ses sujets ; les cœurs sont glacés ; les sujets répondent : Cela est écrit; et qu importe qui soit notre maitrel nous ne pouvons perdre à changer. Vainement les vrais croyants invoquent les cieux et le Prophète : le Prophète est mort, et les cieux sans pitié répondent : a Cessez de a nous invoquer ; vous avez fait vos maux, guérissez- « les vous-mêmes. La nature a établi des lois, c'est à « vous de les pratiquer : observez, raisonnez, profi- « tez de Texpérience. C'est la folie de Thomme qui le « perd, c'est à sa sagesse de le sauver. Les peuples « sont ignorants, qu'ils s'instruisent ; leurs chefe sont « pervers, qu'ils se corrigent et s'améliorent ; » car tel est l'arrêt de la nature : Puisque les maux des sociétés viennent de la cupidité et de l'ignorance, les hommes ne cesseront d'être tourmentés qu'ils ne soient éclairés et sages ; qu'ils ne pratiquent l'art de la justice, fondée sur la connaissance de leurs rapports et des lois de leur organisation. »