‹ Œuvres Choisies de VChapitre 37 sur 109 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ont vendu au prêtre l'autel, et le prêtre a vendu les cieux ; et For conduisant à tout, l'on a tout fait pour obtenir l'or ; pour Tor, l'ami a trahi son ami; Tenfant, son père; le serviteur, son maître; la femme, son honneur; le marchand, sa conscience ; et il n'y a plus eu dans l'Etat ni bonne foi, ni mœurs, ni coilcorde, ni force.

« Et le pacha, qui a payé le gouvernement de sa province, l'a considérée comme une ferme, et il y a exercé toute concussion. A son tour, il a vendu la perception des impôts, le commandement des troupes, l'administration des villages ; et comme tout emploi a été passager^ la rapine, répandue de grade en grade, a été hâtive et précipitée. Le douanier a rançonné le marchand, et le négoce s'est anéanti ; Faga a dépouiUé le cultivateur, et la culture s'est amoindrie. Dépourvu d'avances, le laboureur n'a pu ensemencer : l'impôt est survenu, il n'a pu payer ; on Fa menacé du bâton, il a emprunté ; le numéraire , faute de sûreté, s'est trouvé caché; Y intérêt a été énorme, et l'usure du riche a aggravé la misère de l'ouvrier.

« Et des accidents de saison, des sécheresses excessives ayant fait manquer les récoltes, le gouvernement n'a fait pour l'impôt ni délai ni grâce ; et la détresse s'appesantissant sur un village, une partie de ses habitants a fui dans* les villes ; et leur charge, renversée sur ceux qui ont demeuré, a consommé leur ruine, et le pays s'est dépeuplé.

c( Et il est arrivé que, poussés à bout par la tyrannie et Foutrage, des villages se sont révoltés ; et le pacha s'en est réjoui : il leur a fait la guerre, il a pris d'assaut leurs maisons, pillé leurs meubles, enlevé leurs animaux ; et quand la terre a demeuré déserte, que m importe f a-t-il dit, je m en vais demain.

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, « Et la terre manquant de bras, les eaux du ciel ou des torrents débordés ont séjourné en marécages ; et sous ce climat chaud,, leurs exhalaisons putrides ont causé des épidémies, des pestes, des maladies de toute espèce; et il s'en est suivi un surcroit de dépopulation, de pénurie et de ruine.

« Oh! qui dénombrera tpus les maux de ce règne tyrannique!

« Tantôt les pachas se font la guerre, et, pour leurs quferelles personnelles, les provinces, d'un Etat identique sont dévastées. Tantôt, redoutant leurs maîtres, ils tentent à l'indépendance, et attirent sur leurs sujets les châtiments de leur révolte. Tantôt, redoutant ces sujets, ils appellent et soudoient des étrangers, et,pour se les affider , ils leur permettent tout brigandiage. En un lieu, ils intentent un procès à un homme riche, et le dépouillent sous un faux prétexte ; en un autre, ils apostent de faux témoins, et imposent une contribution pour un délit imaginaire : partout ils excitent la haine des sectes, provoquent leurs délations pour en retirer des avanies; ils extorquent les biens, frappent les personnes ; et quand leur avarice imprudente a entassé en un monceau toutes les richesses d'un pays, le gouvernement, par une perfidie exécra-' ble, feignant de venger le peuple opprimé, attire à lui .sa dépouille dans celle du coupable, et verse inutilement le sang pour un crime dont il ^st complice.

c< O scélérats! monarques ou ministres, qui vous jouez de la vie et des biens du peuple ! est-ce vous qui avez donné le souffle à l'homme, pour le lui ôter? est-ce vous qui faites naître les produits de la terre pour les dissiper? fatiguez-vous à sillonner le champ? endurez-vous l'ardeur du soleil et le tourment de la «îoif, à couper la moisson, à battre la gerbe? veidcz-

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