‹ Œuvres Choisies de VChapitre 4 sur 109 · SUR VW-NEY. XI · texte numérisé non relu

SUR VW-NEY. XI

lieu d^ tQote^ /ses excursions, jaipais il ue parle ni de ses aveivture^9 ni des dangers qu'il a« courus : plusieurs fois il n'échappa que par le bonheur le plus inouï. En traversaïit une forêt des Et^ts-Unis, il s'était endormi au pied d'un chêne ; à son réveil» il sefiQne son lo^ntenu, et U en tombe un serpent à sonnettes. L'affreux reptile, troublé dans son repos, s'élance et disparaît parmi les Sixb^^ ayant qiie Vetoeyeut songé à s'enfuir.

L'Institut, véeemmnl créé, s empressa d'admettre Volney dans son seiQ. Ce savant résolut de se tenir à l'écart de la scène politique. Il revit alors le général Bonaparte, que le mouvement des partis avait fait priver de son commandement. « Me voilà sans emploi, dit-il à Volney ; je me console de ne plus servir un pays que se disputent les factions. Je ne puis rester oisif : je veux chercher du service ailleurs. Vous connaissez la Turquie ; vous y avez sans doute conservé des relations ; je viens vous demander des renseignements, et surtout des lettres de recommandation pour ce pays : mes services dans l'artillerie peuvent m'y rendre très-utile. — C'est parce que je connais ce pays, répondit Voluey, que je ne vous conseillerai jamais de vous y rendre. Le premier reproche qu'où vous y fera, sera d'être chrétien : il sera bien injuste sans doute, mais on vous le fera et vous en souffrirez. Vous allez me . dire peut-être que vous vous ferez musulman : faible ressource ; la tache originelle vous restera toujours : plus vous développerez de talents, plus vous aurez à souffrir de persécutions. — £h bien, n'y songeons plus. J'irai en Russie ; on y accueille les Français : Catherine vous a donné des marques de considération ; vous avez des correspondances avec ce pays, vous y avez des amis. — Le renvoi de ma médaille a détruit toutes ces irelations. Mais peutêtre réussirai-je à vous être utile ici; j'attends demain à déjeuner le directeur Laréveillère-Lépeau, v^us serez des nôtres et nous causerons. »

Le déjeuner eut Ij^u ; la conversation de Bonaparte frappa Laréveillère, et dès le lendeiftain il présenta le général à son collègue Barras, qui le fit réintégrer. ^

Lors du 18 brumaire, Volney, en haine de l'anarchie, seconda de tous ses efforts l'entr^rise de Bonaparte. Le surlendemain de cette journée» celuin^ lui envoya en présent un mipathe ftttdtig^i

ïix NOTICE

qu'il Infusa. Quelques semaines après, il lui fit offrir par un de ses ' aides dé camp le ministère de l'intérieur. « Dites au premier consul, répondit Volney, qu'il €st beaucoup trop bon cocher pour que je puisse m'atteler à son char. Il voudra le conduire trop vite, et un seul cheval rétif pourrait faire aller, chacun de son côté, le cocher, le char et les (ïevaux. »

Malgré cette indépendance de caractère, Volney continua peudant deux ans à être admis dans Fintimité du premier consul ; mais la franchise de son langage finit par déplaire. Un jour que, dans une discussion, Bonaparte faisait valoir l'avantage d'une mesure politique, sans songer que l'humanité aurait à en souffrir : « C'est encore de la cervelle qu'il y a là ! » s'écria Volney en lui posant sa main sur le cœur.

Volney ne pouvait voir sans un vif mécontentement Tinfluence que Bonaparte se préparait à rendre au clergé ; c'était, selon lui, faire reculer la nation et la replacer sous le joug le plus abrutissant : ses idées et ses démonstrations à ce sujet furent accueillies froidement. 11 désapprouva hautement l'expédition de Saint-Domingue, dont il prédit les funestes résultats, même en cas d'une réussite apparente ; tous ses pressentiments se réalisèrent. Cette opposition qu'il montrait n'amena pas de rupture entre Volney et le : premier consul, et ce fut seulement à la proclamation de l'empire qu'il se sépara pour toujours de Napoléon, et donna à cette occasion sa démission de la place de sénateur. Napoléon en fut trèsirrilé ;.mais, dissimulant sa colère, il chercha à. calmer Volney, et fit décréter par le sénat qu'il n'accepterait la démission d'aucun de. ses membres. Forcé de garder sa dignité de sénateur, et décoré du titre de comte, Volney, désirant rester étranger à la politique, se retira k la campagne, reprit ses travaux historiques et littéraires, s'adonna surtout aux langues orientales, et s'occupa des moyens d'en faciliter l'étude. Le premier ouvrage qu'il fit paraître fut sa Simplificatian des langu^es orientales, dont le mérite fut<*i})précié par la Société asiatique de Calcutta, qui admit l'auteur parmi ses membres. Il ch^cha ensuite une méthode de transcription pour ces principales langues, à l'aide d'un alphabet conventionnel adapté au nôtre. Il fit la première application de son syslènjc à h carte de TEgypte, dans le grand ouvrage entrepris

par le gouv«rnêW€ttt en iSOS; sôtfs le titre de Dèsmption dé l'Egypte. On â Se Volney : VH^r^u sirAplifiéy l'Alpha¥et euro^ péetiy un Rapport 'mr les wtcéulaifês comparés du prôfeèseur PaUaSi et \m Biscmin sur rétiédepMlosvphiguedes lungues. En 1814, il publia ses Nomellés recherches sur V histoire ancienne. Dans ce livre, tl s'attache surtout k té^uive le grand problème assyrien, et sa solution est à l'honneur d'Hérodote, qui est démontré l'auteur le plus profond et le plus exact de toute l'antiquité.

L'étttde, opiniâtre à laqiiefle se livrait Vôlney abrégea ses jours. c( Je sais Fhabitude de votre profession, dit-il à son médecta pen^ dant sia dernière maladie, mais je ne veux pas qt!e vous traitiez mon imagination comme celle des autres malades! Je iie crains pas: là mort ; dite&-moi francheraeni ce que vous pensez de mon état, parce que j'ai des dispositions à faire. » Le docteur parut hésiter. « J'en sais assez, reprit Volney ; faites venir un notaire. » Il dicta son testament avec le plus grand calme, et pour avoir la certitude que la mine qu'il avait explorée avec tant de persistance et de bonheur ne serait pas abandonnée après lui, il consacra une somme de vingt-quatre mille francs pour fonder un prix annuel de douze cents francs à décerner au meilleur ouvrage sur Tétude philosophique des laugues.

Volney mourut le 25 avril i820. 11 fut généralement regretté, des savants,, qui rendaient justice à l'importance de ses travaux ; des philosophes, dont ses recherches corroboraient les opinions ; des patriotes, qui croyaient à ses vertus civiques ; des philanthropes, qui avaient reconnu en lui un bienfaiteur de l'humadité.

Dans sa carrière politique, il se montra toujours ami sincère de la liberté, mais son esprit de modération se trompa sur les moyens de la conquérir. Un de ses amis le félicitait sur sa lettre à Catherine : « Et moi, dit-il aussitôt, je m'en suis repenti. Si, au lieu d'irriter ceux des rois qui avaient montré des dispositions favorables à la philosophie, nous eussions iiaaintenu ces dispositions par une politique plus sage et une conduite plus modérée, la liberté n'eût pas éprouvé tant d'obstacles, ni coûté tant d«i sang. »

Cette illusion de Volney sur la possibilité de convertir les rois au progrès est d'autant plus étonnante, qu'il voulait que la liberté tût assise sur la base de l'égalité^ Aussi, tout comte qu'il était, ne

Xïv NOTICE SUi VOLHEY.

se crut-il jamais grand sei{;neur. « Je suis toujoura le même, disait-il à un de ses amis ; un peu comme Jean k Fontaine, prenant le temps comme il Yîenti et le monde comme il va ; pas encore bien accoutumé à m'entendre appeler monsieur le comte, mais cela viendra avec les bons exemples. J'ai pourtanl mes armes, et mon cachet dont je vous régale : deux colonnes asiatiques ruinées, d'or^ base de ma noblee^se, surmontées d'uae hirondelle, emblématique (fond d'argent), oisew voyageur^ mais fidèle, qui chaque année vient sur ma cheminée chanter printemps et liberté. »

Dans le siècle dernier, de rudes assauts furent livrés à la superstition par la logique du bon sens, armée de tout l'attirail dés arguments les plus irrésistibles et du sarcasme, qui complète la victoire. Des coups plus décisifs fureot portés par la science k la vieille erreur, propagée coamt une sainte vérité ; toutes les chronologies furent éclairées 5 l'origine de beaucoup de croyances, imposées à rignorajuce comme articles de foi, fut dévoilée. Dupny et Vûlney rassemblèrent le» preuves des traditions venues jusqu'à nous ; ils révélèrent leur sens primitif, marquèrent leur filiation, et indiquèrent comment et dans quel intérêt elles s'étaient transformées. Aujourd'hui, que se relèvent sous l'influence d'un pitoyable galvanisme tant de cadavres couchés dans la poussière par les puissants athlètes de la philesophie, c'est Un devoir, à quiconque redoute pour l'humanité les effets de cette réaction, de leur opposer les œuvres de lumière devant lesquelles semblaient à jamais s'être évanouis les mensonges et tous les fantômes impos* teurs nés du sein des ténèbres.

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