CHAPITRE XXU
opératiops champêtres et terrestres , et sdoii les analogies que chaque natioa y trouva avec les travaux agricoles et avec les objets de son climtt et de son sol.
« De ce procédé il résulta que des êtres abjects et terrestres entrèrent en association avec les êtres supé^ rieurs et puissants des oieux ; et cette association se ress^ra chaque jour par la constitution même du langage et le mécanisme de Tesprit. On disait, par une ftiétaphore naturelle : a Le taureau répand sur la terre c< les germes de la fécondité (au printemps) ; il ramène (c Tabondance et la création des plantes (qui nour*c< rissent). L'pgneau (ou bélier) délivre les cieux des c( génies malfaisants de F hiver ; il sauve le monde du « serpent (emblème de Thumide saison), et il ramène « le règne du bien \de Vétéj saison de toute jouissance)* c< Le scorpion verse son venin sur la terre, et répand ce les maladies et la mort, etc. ; et ainsi de tous les % effets semblables. x>
ce Ce langage, compris de tout le monde, subsista d'abord sans inconvénient; mais, parle laps du temps, lorsque }e calendrier ent été réglé, lé peuple, qui n'eut plus besoin de Tobservation du ciel, perdit de vue le motif de ces expressions ; et leur allégorie, restée dans Tusage de la vie, y devint un écueil fatal à l'entendement et à la raison. Habitué à joindre auK symboles les idées de leurs modèles, l'esprit finit par les confondre : alprs, ces mêmes animaux, que la pensée avait transportés aux cieux, en redescendirent sur la terre ; mais dans ce retour, vêtues des livrées des astres, ils s'en arrogèrent les attributs, et ils en imposèrent à leurs propres auteurs. Alors le peuple, croyant voir près de lui ^es dieux, leur adressa plus facilement sa prière; il demanda au betier de son troupeau les'
infioences qu'il attendait du bélier céleste; il pria le scorpion de ne point répandre son venin sur la nature; il révéra le crabe de la mer, le scarabée du limon, le poiêson du fleuve, et, par une série d'analogies vicieuses, mais enchaînées, il se perdit dans un labyrinthe d'absurdités conséquentes.
« Voilà quelle fut Fôrigine de ce culte antique et bizarre des animaux; voilà par quelle marche d'idées le caractère de la divinité passa aux plus viles des brutes, et comment se forma lé système théologique très- vaste, très-compliqué, très-savant, qui, des bords du, Nil, porté de contrée en contrée par le commerce; la guerre et les conquêtes, envahit tout l'ancien monde; et qui, modifié par les temps, par les circonstances, par les préjugés, se montre encore à découvert chez cent peuples, et subsiste comme base intime et secrète de la théologie de ceux-là mêmes qui le méprisent et le rejettent. »
A ces mots, quelques murmures s' étant fait entendre dans divers groupes : « Oui, continua l'orateur, voilà d'où vient, par exemple, chez vous, peuples africains! l'adoration de vos fétiches^ fiantes, animaux, cailloux, morceaux de bois, devant qui vos ancêtres n'eussent pas eu le délire de se courber, s'ils n y eussent vu des talismans en qui la vertu des autres s'était insérée. Voilà, nations tartares, l'origine de vos marmousets et de tout cet appareil d'animaux dont vos chamans bigarrent leurs robes magiques. Voilà l'origine de ces figures d'oiseaux, de serpents, que toutes les nations sauvages s'impriment sur la peau avec des cérémonies mystérieuses et sacrées. Vous, Indiens! vainement vous enveloppez- vous du voile du mystère : l'épervicr de votre dieu Vichenou n'est que Fun des mille emblèmes du soleil en Egypte; et vos incarna-