‹ Œuvres Choisies de VChapitre 80 sur 109 · C. Est-il heureux dans cet état · texte numérisé non relu

C. Est-il heureux dans cet état

R. Non ; car il n'a que les sensations du moment; et ces sensations sont habituellement celles de besoins violents qu'il ne peut remplir, attendu qu'il est ignorant par nature et faible par son isolement.

D. Est-illibre?

R. Non : il est le plus esclave des êtres ; car sa vie dépend de tout ce qui l'entoure ; il n'est pas libre de manger quand il a faim^ de se reposer

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quand il est las, de se réchauffer quand il a froid ; il court risque à chaque instant de périr : aussi la nature n'a-t-elle présenté que par hasard de tels individus; et Ton voit c(ue tous les efforts de l'espèce humaine depuis son origine n'ont tendu qu'à sortir de cet état violent, par le besoin pressant de sa conservation,

D. Mais ce besoin de conservation ne produit-il pas dans les individus VégtAsmey c'est-à-dire V amour de soi f et Tégoïsme n'est-il pas contraire à l'état social ?

R. Non ; car si par égcnsme vous entendez le penchant à nuire à autrui, ce tfèst plus l'amour de soi, c'est la haine des autres. L'amoui" de i^oi pris datis son vrai sens, non-seulement n'est pas contraire â la société, il en est le plus ferme appui, par la nécessité de ne pas nuire à autrui, de peur qu'en retour autrui ne nous nuise.

Ainsi la conservation de l'homme, et le développement de ses facultés dirigé vers ce but, ôont la véritable loi delà nature dans la production de l'être humain ; et c'est de ce principe simple et fécond que dérivent, c'est à lui que se rapportent, c'est sur lui que se mesurent toutes les idées de bien et de mal, de juste ou AHnjuste^ de vérité on d'erreur^ àe permis ou de défendu , qui fondent la morale de l'homme individu , ou de l'homme social.

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