Le sens commun est un jugement sans réflexion
1. Le droit naturel des gens a, dans Vico, une signification très étendue. Il comprend non seulement les rapports des sociétés entre elles, mais même tous les rapports des individus entre eux. (Note du Trad.)
partagé par tout un ordre, par tout un peuple, par toute une nation, ou par tout le genre humain.
Cet axiome (avec la définition suivante) nous ouvrira une critique nouvelle relative aux auteurs des peuples^ qui ont dû précéder de plus de mille ans les auteurs de livres^ dont la critique s'est occupée jusqu'ici exclusivement.
13. Des idées uniformes, nées chez des peuples inconnus les uns aux autres, doivent avoir un motif commun de vérité.
Grand principe, d'après lequel le sens commun du genre humain est le critérium indiqué par la Providence aux nations pour déterminer la certitude dans le droit naturel des gens. On arrive à cette certitude en connaissant l'unité, l'essence de ce droit auquel toutes les nations se conforment avec diverses modifications. (Voy. Taxiome 22.)
Le même axiome renferme toutes les idées qu'on s'est formées jusqu'ici du droit naturel des gens; droit qui, selon l'opinion commune, serait sorti d'une nation pour être transmis aux autres. Cette erreur est devenue scandaleuse par la vanité des Égyptiens et des Grecs, qui, à les en croire, ont répandu la civilisation dans le monde.
C'était une conséquence naturelle qu'on fit venir de Grèce à Rome la loi des Douze Tables. Ainsi le droit civil aurait été communiqué aux autres peuples par une prévoyance humaine; ce ne serait pas un droit mis par la divine Providence dans la nature, dans les mœurs de l'humanité, et ordonné par elle chez toutes les nations!
Nous ne cesserons dans cet ouvrage de tâcher de démontrer que le droit naturel des gens naquit chez chaque peuple en particulier, sans qu'aucun d'eux sût rien des autres; et qu'ensuite à l'occasion des guerres, ambassades, alliances, relations de commerce, ce droit fut reconnu commun à tout le genre humain.
14. La nature des choses consiste en ce qu'elles naissent en certaines circonstances, et de certaines manières. Que les circonstances se représentent les mêmes, les choses naissent les mêmes et non différentes.
15. Les propriétés inséparables du sujet doivent résulter de la modification avec laquelle, de la manière dont la chose est née; ces propriétés vérifient à nos yeux que la nature de la chose même (c'est-à-dire la manière dont elle est née) est telle, et non pas autre.
16-22. Fondements du certain. (Apercevoir le monde social dans sa réalité.)
16. Les traditions vulgaires doivent avoir quelques motifs publics de vérité, qui expliquent comment elles sont nées, et comment elles se sont conservées longtemps chez des peuples entiers.
Assigner à ces traditions leurs véritables causes qui, à travers les siècles, à travers- les changements de langues et d'usages, nous sont arrivées déguisées par l'erreur, ce sera un des grands travaux de la nouvelle science.
17. Les façons de parler vulgaires sont les témoignages les plus graves sur les usages nationaux des temps où se formèrent les langues.
18. Une langue ancienne qui est restée en usage doit, considérée avant sa maturité, être un grand monument des usages des premiers temps du monde.
Ainsi c'est du latin qu'on tirera les preuves philologiques les plus concluantes en matière de droit des gens ; les Romains ont surpassé sans contredit tous les autres peuples dans la connaissance de ce droit. Ces preuves pourront aussi être recherchées dans la langue allemande, qui partage cette propriété avec l'ancienne langue romaine.
19. Si les lois des Douze Tables furent les coutumes en vigueur chez les peuples du Latium depuis l'âge de Saturne, coutume qui, toujours mobiles chez les autres tribus, furent fixées par les Romains sur le bronze, et gardées religieusement par leur jurisprudence, ces lois sont un grand monument de l'ancien droit naturel des peuples du Latium.
20. Si les poèmes d'Homère peuvent être considérés comme l'histoire civile des anciennes coutumes grecques, ils sont pour nous deux grands trésors du droit naturel des gens considéré chez les Grecs.
Cette vérité et la précédente ne sont encore que des postulats^ dont la démonstration se trouvera dans l'ouvrage.