‹ Œuvres choisies de VicoChapitre 29 sur 93 · Il a existé des géants dans l'antiquité, tels que · texte numérisé non relu

Il a existé des géants dans l'antiquité, tels que

les voyageurs disent en avoir trouvé de très grossiers et de très féroces à l'extrémité de TAmérique dans le pays des Patagons. Abandonnant les vaines explications que nous ont données les philosophes de leur existence, nous l'expliquerons par des causes en partie physiques, en partie morales, que César et Tacite ont remarquées en parlant de la stature gigantesque des anciens Germains. Nous rapportons ces causes à Y éducation sauvage, et pour ainsi dire bestiale^ des enfants.

27. L'histoire grecque, qui nous a conservé tout ce que nous avons des antiquités païennes, en exceptant celles de Rome, prend son commencement du déluge et de V existence des géants.

Cette tradition nous présente la division originaire du genre humain en deux espèces, celle des géants et celle des hommes d'une stature naturelle, celle des Gentils et celle des Hébreux. Cette différence ne peut être venue que de l'éducation bestiale des uns, de l'éducation humaine des autres; d'où l'on peut conclure que les Hébreux ont eu une autre origine que celle des Gentils.

28-40. Principes de la théologie pratique. — Origine de l'idolâtrie, de la divination, des sacrifices.

28. Il nous reste deux grands débris des antiquités égyptiennes : 1** Les Égyptiens divisaient tout le temps antérieurement écoulé en trois âges : âge des dieux, âge des héros, âge des hommes; 2° pendant ces trois âges.

trois langues correspondantes se parlèrent : langue hiéroglyphique ou sacrée^ langue symbolique ou héroïque, langue vulgaire ou épistolaire, celle dans laquelle les hommes expriment par des signes convenus les besoins ordinaires de la vie.

29. Homère parle dans cinq passages de ses poèmes d'une langue plus ancienne que l'héroïque dont il se servait, et il l'appelle langue des dieux. (Voy. livre II, chap. VI.)

30. Varron a pris la peine de recueillir trente mille noms de divinités reconnues par les Grecs. Ces noms se rapportaient à autant de besoins de la vie naturelle, morale, économique ou civile des premiers temps. — Concluons des trois traditions qui viennent d'être rapportées que partout la société a commencé par la religion. C'est le premier des trois principes de la Science nouvelle,

31. Lorsque les peuples sont effarouchés par la violence et par les armes, au point que les lois humaines n'auraient plus d'action, il n'existe qu'un moyen puissant pour les dompter, c'est la religion.

Ainsi dans Y état sans lois (stato eslege) la Providence réveilla dans Tâme des plus violents et des plus fiers une idée confuse de la divinité, afin qu'ils entrassent dans la vie sociale et qu'ils y fissent entrer les nations. Ignorants comme ils étaient, ils apphquèrent mal cette idée ; mais l'effroi que leur inspirait la divinité telle qu'ils l'imaginèrent, commença à ramener l'ordre parmi eux.

Hobbes ne pouvait voir la société commencer ainsi parmi les hommes violents et farouches de son système, lui qui, pour en trouver l'origine, s'adresse au hasard. d'Épicure. Il entreprit de remplir la grande lacune laissée par la philosophie grecque, qui n'avait point considéré Vhomme dans Veiisemhle de la société du genre humain. Effort magnanime auquel le succès n'a pas répondue

32. Lorsque les hommes ignorent les causes naturelles des phénomènes, et qu'ils ne peuvent les expliquer par des analogies, ils leur attribuent leur propre nature ; par exemple le vulgaire dit que V aimant aime le fer. (Voy. l'axiome 1.)

33. La physique des ignorants est une métaphysique vulgaire, dans laquelle ils rapportent les causes des phénomènes qu'ils ignorent à la volonté de Dieu, sans considérer les moyens qu'emploie cette volonté.

34. L'observation de Tacite est très juste : Mobiles ad superstitionem perculsœ semel mentes. Dès que les hommes ont laissé surprendre leur âme par une superstition pleine de terreurs, ils y rapportent tout ce qu'ils peuvent imaginer, voir ou faire eux-mêmes.

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