L'admiration est fille de l'ignorance
36. L'imagination est d'autant plus forte que le raisonnement est plus faible.
4. La fin de cet alinéa est rejetée dans une note du chapitre m. (N. duTr.)
37. Le plus sublime effort de la poésie est d'animer, de passionner les choses insensibles. — Il est ordinaire aux enfants de prendre dans leurs jeux les choses inanimées, et de leur parler comme à des personnes vivantes. — Les hommes du monde enfant durent être naturellement des poètes sublimes.
38. Passage précieux de Lactance sur l'origine de l'idolâtrie : Rudes initio homines Deos appellarunt, sive oh miraculum virtutis {hoc vero putabant rudes adhuc et simplices) ; sive, ut fieri solet, in admirationem prœsentis potentiâB ; sive ob beneficio, quibus erant ad humanitatem compositi. Au commencement les hommes encore simples et grossiers divinisèrent de bonne foi ce qui excitait leur admiration, tantôt la vertu, tantôt une puissance secourable (la chose est ordinaire), tantôt la bienfaisance de ceux qui les avaient civilisés.
39. Dès que notre intelligence est éveillée par l'admiration, quel que soit l'effet extraordinaire que nous observions, comète, parhélie, ou toute autre chose, la curiosité, fille de l'ignorance et mère de la science, nous porte à demander : Que signifie ce phénomène ?,
40. La superstition qui remplit.de terreur l'âme des magiciennes, les rend en même temps cruelles et barbares; au point que souvent pour célébrer leurs affreux mystères; elles égorgent sans pitié et déchirent en pièces l'être le plus innocent et le plus aimable, un enfant.
Yoilà l'origine des sacrifices, dans lesquels la férocité des premiers hommes faisait couler le sang
humain. Les Latins eurent leurs victimes de Saturne (Saturni hostiae); les Phéniciens faisaient passer à travers les flammes les enfants consacrés à Moloch ; et les Douze Tables conservent quelques traces de semblables consécrations. — Cette explication nous fera mieux entendre le vers fameux : La crainte seule a fait les premiers dieux. Les fausses religions sont nées de la crédulité, et non de l'imposture. — Elle répond aussi à l'exclamation impie de Lucrèce au sujet du sacrifice d'Iphigénie : tant la religion put enfanter de maux /Ces religions cruelles étaient le premier degré par lequel la Providence amenait les hommes encore farouches, les fils des Cyclopes et des Lestrigons^ à la civilisation des âges d'Aristide, de Socrate et de Scipion