‹ Œuvres choisies de VicoChapitre 60 sur 93 · DE LA CHRONOLOGIE POETIQUE · texte numérisé non relu

DE LA CHRONOLOGIE POETIQUE

Les poètes théologiens donnèrent à la chronologie des commencements conformes à une telle astronomie. Ce Saturne^ qui chez les Latins tira son nom a satis, des semences, et qui fut appelé par les Grecs Kpcvoç de xpsvoç, le temps, doit nous faire comprendre que les premières nations, toutes composées d'agriculteurs, commencèrent à compter les années par les récoltes de froment. C'est en effet la seule, ou du moins la principale chose dont la production occupe les agriculteurs toute l'année. Usant d'abord du langage muet, ils montrèrent autant d'épis ou de bri^is de paille, ou bien encore firent autant le geste de moissonner qu'ils voulaient indiquer d'années...

Dans la chronologie ordinaire, on peut remarquer quatre espèces d'anachronismes : 1^ Temps vides de faits, qui devraient en être remplis ; tels que l'âge des dieux, dans lequel nous avons trouvé les origines de tout ce qui touche la société, et que pourtant le savant

Varron place dans ce qu'il appelle le temps obscur. 2** Temps remplis de faits, et qui devaient en être vides, tels que l'âge des héros, où l'on place tous les événements de l'âge des dieux, dans la supposition que toutes les fables ont été l'invention des poètes héroïques, et surtout d'Homère. 3° Temps unis^ qu'on devait diviser; pendant la vie du seul Orphée, par exemple, les Grecs, d'abord semblables aux bêtes sauvages, atteignent toute la civilisation qu'on trouve chez eux à l'époque de la guerre de Troie. 4** Temps divisés, qui devaient être unis: ainsi on place ordinairement la fondation des colonies grecques dans la Sicile et dans l'Italie, plus de trois siècles après les courses errantes des héros qui durent en être l'occasion.

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