CANON CHRONOLOGIQUE
Pour déterminer les commencements de l'histoire universelle, antérieurement au règne de Ninus d'où elle part ordinairement.
Nous voyons d'abord les hommes, en exceptant quelques-uns des enfants de Sem, dispersés à travers la vaste forêt qui couvrait la terre, un siècle dans l'Asie orientale, et deux siècles dans le reste du monde. Le culte de Jupiter, que nous retrouvons partout chez les premières nations païennes, fixe les fondateurs des sociétés dans les lieux où les ont conduits leurs courses vagabondes, et alors commence l'âge des dieux qui dure neuf siècles. Déterminés dans le choix de leurs premières demeures par le besoin de trouver de l'eau et des aliments, ils ne peuvent se fixer d'abord sur le rivage de la mer, el les premières sociétés s'établissent dans l'intérieur des terres. Mais vers la fin du premier âge, les peuples descendent plus près de la mer. Ainsi chez les Latins, il s'écoule plus de neuf cents ans depuis le siècle cfor du Latium, depuis Vàge de Saturne jusqu'au temps où Ancus Martius vient sur les bords de la mer s'emparer d'Ostie. —
L'âge héroïque qui vient ensuite, comprend deux cents années pendant lesquelles nous voyons d'abord les courses delMinos, l'expédition des Argonautes, la guerre de Troie et les longs voyages des héros qui ont détruit cette ville. C'est alors, plus de mille ans ^près le déluge, que Tyr, capitale de la Phénicie, descend de l'intérieur des terres sur le rivage, pour passer ensuite dans une île voisine. Déjà elle est célèbre par la navigation et par les colonies <[u'elle a fondées sur les côtes de la Méditerranée et même au delà du détroit avant les temps héroïques de la Grèce.
Nous avons prouvé l'uniformité du développement des nations, ■en montrant comment elles s'accordèrent à élever leurs dieux jusqu'aux étoiles, usages que les Phéniciens portèrent de l'Orient en Orèce et en Egypte. D'après cela, les Chaldéens durent régner dans l'Orient autant de siècles qu'il s'en écoula depuis Zoroastre jusqu'à Ninus, qui fonda la monarchie assyrienne, la plus ancienne du monde; autant qu'on dut en compter depuis Hermès Trismégisle jusqu'à Sésostris, qui fonda aussi en Egypte une puissante monarchie. Les Assyriens et les Égyptiens, nations méditerranées, durent ■suivre dans les révolutions de leurs gouvernements la marche générale que nous avons indiquée Mais les Phéniciens, nation •maritime, enrichie par le commerce, durent s'arrêter dans la démocratie, le premier des gouvernements humains (Voy. le IV« liv.).
Ainsi, par le simple secours de l'intelligence et sans avoir besoin «de celui de la mémoire, qui devient inutile lorsque les faits manquent pour frapper nos sens, nous avons rempli la lacune que présentait l'histoire universelle dans ses origines, tant pour l'ancienne Egypte que pour l'Orient plus ancien encore.
De cette manière, l'étude du développement de la civilisation humaine, prête une certitude nouvelle aux calculs de la chronologie. Conformément à l'axiome 106, elle part du point même où comm,ence le sujet qu''elle traite : elle part de /pôvoç, le temps, où Saturne, ainsi appelé a satis, parce que l'on comptait les années par les récoltes; d'f/ranie, la muse qui contemple le ciel pour prendre les augures; de Zoroastre, contemplateur desastreSy qui rend des oracles d'après la direction des étoiles tombantes. Bientôt Saturne monte dans la septième sphère, Uranie contemple les planètes et les étoiles fixes, et les Chaldéens, favorisés par l'immensité de leurs plaines, deviennent astronomes et astrologues en mesurant le cercle que ces astres décrivent, en leur supposant diverses in-
fluences sur les corps sublunaires, et même sur les libres volontés de l'homme; sous les noms d'astronomie, d'astrologie ou de théologie, cette science ne fut autre que la divination. Du ciel les mathématiques descendirent pour mesurer la terre, sans toutefois pouvoir le faire avec certitude à moins d'employer les mesures fournies par les cieux. Dans leur partie principale elles furent nommées avec propriété géométrie.
C'est à tort que les chronologistes ne prennent point leur science au point même où commence le sujet qui lui est propre. Ils commencent avec l'année astronomique, laquelle n'a pu être connue qu'au bout de dix siècles au moins. Cette méthode pouvait leur faire connaître les conjonctions et les oppositions qui avaient pu avoir lieu dans le ciel entre les planètes ou les constellations, mais ne pouvait leur rien apprendre de la succession des choses de la terre. Voilà ce qui a rendu impuissants les nobles efforts du cardinal Pierre d'Ailly. Voilà pourquoi l'histoire universelle a tiré si peu d'avantages pour éclairer son origine et sa suite du génie admirable et de l'étonnante érudition de Petau et de Joseph Scaliger.
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