‹ Œuvres choisies ... . Discours de la méthode; Méditations métaphysiques; Des passions en général; Règles pour la direction de l'esprit; Recherches par la lumière naturelle, etcChapitre 17 sur 116 · RÉPONSES AUX PREMIÈRES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

RÉPONSES AUX PREMIÈRES OBJECTIONS

I L’objet extérieur n’est que dans 1 entendement; mais il y a dans l’entendement une entité représentative de 1 objet extérieur, et c’est ce que j’appelle la réalité objective de l’idée. J’accorde que cette réalité objective n’est pas un être réel, en ce sens qu’elle n’est pas hors de l’entendement; je suis également d’avis que ce n’est pas un être de raison, mais quelque cliose de réel qui est conçu; or cette conception a besoin d’une cause. Il ne suffit pas de dire que l’entendement la produit comme une de ses opérations, car il faut in.liquer la source de la réalité obiective de cette conception. La réalité objective de l’idée de Dieu ne peut venir de ce que les choses ne se montrent à nous nue par fragments, de même que l’idée d’une machine parfaite ne peut venir de ce que nous ne savons pas la mécanique.

11. Je n’ai pas appuyé l’existence de Dieu sur les causes des objels sensibles, parce qu’elle est plus évidente que ces objets, cl parce que l’impossibilité d’admettre une série nilinie de causes ne prouve que l’imperfection de notre esprit; niais je l’ai fondée sur la cause qui me conserve moi-même en tant que j’ai l’idée de l’infini. U n’est pas impossible qu’un être soit la cause eflicionle de lui-même; car la cause efficiente est contemporaine

de son effet. Dieu se conserve lui-même, et cette conservation étant une création perpétuelle, on peut dire qu’il est sa propre cause. C’est l’imperfection de notre esprit qui nous fait admettre souvent qu’une cause est par soi dans le sens négatif, c’est-àdire sans cause. Mais quand nous arrivons à nous demander comment elle se conserve, nous nous trouvons forcés de concevoir qu’elle se conserve par soi positivement, c’est-à-dire comme par une cause, ou qu’elle est conservée par un être qui est luimême par soi positivement, ou comme sa propre cause à luimême. Or, si moi, qui suis une chose qui pense, je ne me connois pas la puissance de me conserver moi-même, je conclus que je suis par un autre, qui, ayant la force de me conserver, doit à plus forte raison se conserver lui-même, et qui par conséquent est par soi.

III. L infini peut être, non pas embrassé, mais saisi du moins par la pensée; car entendre clairement qu’une chose ne peut avoir de limites, c est avoir idée de l'infini, qu’il faut distinguer de 1 indéfini ou des choses dont je n’aperçois pas la fin, bien qu’elles en aient une. Il ne faut pas distinguer en Dieu l’existence de l’essence, comme dans les autres objets; car il est le seul dont l’existence soit nécessaire. Les choses qu’i ne sont pas unies par leur nature, mais par une fiction de l’entendement, peuvent être désunies de la même manière, comme un lion existant, un triangle inscrit dans un carré; mais il n’en est pas ainsi de Dieu existant.

IV. La disünction qui existe entre l’esprit et le corps est réelle et non pas formelle.

recueillies par le R. Ç. MERSENNE

[, C-csl „„e nclion des corps; vous „o p,„v.,

pensée n est pas le mouvement de quelque eorpst

II. L’idée d’un être souverain peut dériver des perfections que vous voyez en vous et dans les autres. 11 n’est pas besoin que toutes les perfections de l'efl'et soient dans la cause : les mouches et les plantes sont produites par l’action du soleil, de la pluie et de la terre, qui n’ont point de vie. l/idée de la souveraine perfeciion vous vient de l’éducation, de l’idée des choses corporelles (car vous ne nous ayez pas indiqué le moyen de nous former l’idée de quelque chose d’incorporel), et enfin de la généralisation.

III. Puisque vous n’êtes assuré d’une vérité qu’à la condition d’être certain de l’existence de Dieu, vous ne savez pas encore certainement que vous êtes une chose qui pense, au moment où vous vous appuyez sur ce principe. Un athée conçoit clairement les propositions géométriques, quoiqu’il nie Dieu. La présence du mal et la pluralité des êtres sont en contradiction avec l’hypothèse d’un être infini et parfait, lequel exclut non-seulement tout mal, mais encore toute auti’e existence que la sienne j car si quelque chose existe avec lui, il n est pas infini.

IV. Quelques scolastiques admettent, contre votre opinion, que Dieu peut être trompeur, comme lorsqu’il annonce dans l’Écriture des événements qui cependant n’arrivent pas, lorsqu’il endurcit le cœur de Pharaon, et qu’il met l’esprit de mensonge dans les prophètes. Ne peut-il pas tromper les hommes pour leur bien, comme un père ses enfants, comme un médecin ses malades? D’ailleurs l’erreur ne peut-elle pas venir de votre nature? La clarté n’est pas une preuve de vérité, puisqu’on s’est trompé souvent en des choses qui paroissent plus claires que le soleil.

V. Si la volonté ne pèche qu’en s’attachant aux conceptions confuses et obscures de l’entendement, les infidèles ne pèchentils pas en embrassant la religion catholique, dont ils ne connoissent pas clairement la vérité?

VI. La question est de savoir si l’existence de Dieu n’est pas en contradiction avec sdn essence. De plus, nous ne connoissùns pas assez clairement la nature de Dieu pour en rien conclure; vous avouez vous-même que vous ne concevez l’infini qu’imparfaitement.

VII. Les Méilitalions ne contiennent aucune démonstration de l’immortalité de l’âme, ni même de la distinction de l’âme et du corps. Il seroit fort utile de présenter à la suite des réponses une série de définitions, de postulats,- d’a.viomes et de démonstrations selon la méthode géométrique.

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