TROISIÈME PARTIE
Art. 190. De la saturaclioii de soi-mème.
La satisfaction qu’ont toujours ceux qui suivent constamment la vertu est une habitude en leur âme qui se nomme tranquillité et repos de conscience; mais celle qu’on acquiert de nouveau lorsqu’on a fraîchement fait quelque action qu’on pense bonne est une passion, à savoir, une espèce de joie, laquelle je crois êire la plus douce de toutes, pour ce que sa cause ne dépend que de nous-mêmes. Toutefois, lorsque cette cause n’est pas juste, c’est-à-dire lorsque les actions dont on tire beaucoup de satis faction ne sont pas de grande importance, ou même qu’elles sont vicieuses, elle est ridicule et ne sert qu’à produire un orgueil et une arrogance impertinente : ce qu’on peut particulièrement remarquer en ceux qui, croyant être dévots, sont seulement bigots et superstitieux ; c’est-à-dire qui, sous ombre qu ils vont souvent à l’église, qu’ils récitent force prières, qu’ils portent les cheveux courts, qu’ils jeûnent, qu’ils donnent l’aumône, pensent être entièrement parfaits, et s’imaginent qu’ils sont si grands amis de Dieu qu’ils ne sauroient rien faire qui lui déplût, et que tout ce que leur dicte leur pa.ssion est un bon zèle, bien qu’elle leur dicte quelquefois les plus grands crimes qui puissent être commis par des hommes, comme de trahir des villes, de tuer des princes, d’exterminer des peuples entiers, pour cela seul qu’ils ne suivent pas leurs opinions.
Art. 191 Du repentir.
Le repentir est directement contraire à la satisfaction de soimeme, et c’est une espèce de tristesse qui vient de ce qu'on croit avoir fait quelque mauvaise action ; et elle est très-amère pour ce que sa cause ne vient que de nous : ce qui n’empêche pas neanmoins qu elle soit fort utile lorsqu’il est vrai que l’action dont nous nous repentons est mauvaise et que nous en avons une corinoissance certaine, pour ce qu’elle nous incite à mieux