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282 ‘ LES PASSIONS DE L’AME
faire une autre fois. Mais il arrive souvent que les esprits foibles se repentent des choses qu’ils ont faites sans savoir assurément qu’elles soient mauvaises ; ils se le persuadent seulement à cause qu’ils le craignent ; et s’ils avaient fait le contraire, ils s’en repentiroieni en même façon : ce qui est en eux une imperfection digne de pitié ; et les remèdes contre ce défaut sont les mêmes qui servent à ôter l’irrésolution.
Art. 192. De la faveur.
La faveur est proprement un désir de voir arriver du bien à quelqu’un pour qui on a de la bonne volonté; mais je me sers ici de ce mot pour signifier cette volonté en tant qu’elle est excitée en nous par quelque bonne action de celui pour qui nous l’avons ; car nous sommes naturellement portés à aimer ceux qui font des choses que nous estimons bonnes, encore qu’il ne nous en revienne aucun bien. La faveur, en cette signification, est une espèce d’amour, non point de désir, encore que le désir de voir du bien à celui qu’on favorise l’accompagne toujours ; et elle est ordinairement jointe à la pitié, à cause que les disgrâces que nous voyons arriver aux malheureux sont cause que nous faisons plus de réflexion sur leurs mérites.
Art. 193. De la ïeconnoissance.
La reconnoissance est aussi une espèce d’amour excitée en nous par quelque action de celui pour qui nous favons, et par laquelle nous croyons qu’il nous a fait quelque bien, ou du moins qu’il en a eu intention. Ainsi elle contient tout le même que la faveur, et cela de plus qu’elle est fondée sur une action qui nous touche et dont nous avons désir de nous revancher • c’est pourquoi elle a beaucoup plus de force, principalement dans les âmes tant soit peu nobles et généreuses.
Art. 194. De l*ingratitnde.
Pour l’ingratitude, elle n’est pas une passion, car la nature n’a