SUR LA CHEVALERIE
Le moine de Saint-Gall raconte que Charlemagne, chargé de gloire et d’années, apercevant du haut des tours d’une ville de la Gaule Narbonnaise une flottille montée d’hommes du Nord, la suivit longtemps des yeux, le visage inondé de larmes. Comme les grands qui l’entouraient semblaient étonnés de cette apparente faiblesse : « Mes fidèles, leur dit-il, savez-vous pourquoi je pleure si amèrement? » C’est en pensant aux calamités sans nombre que les pirates, qui ne craignent » pas d’approcher de ce rivage pendant ma vie , feront après ma mort peser sur » mes peuples. »
Les prévisions du grand empereur ne tardèrent pas à s’accomplir. Descendu dans la tombe, il n’avait point transmis avec le sang ses vertus et son génie. Un demi-siècle encore, son ombre protégea son empire contre les invasions des barbares. Mais comme annonce de leurs ravages , des guerres impies éclatèrent entre ses faibles et coupables successeurs. Tout sang généreux s’épuisa dans ces luttes parricides ; et quand le vent du pôle, soufflant de nouveau, fit échouer les bateaux des Normands à l’embouchure de nos fleuves, il arriva quelque chose de semblable à la dissolution de l’empire romain.
Le règne de Charlemagne n’avait point apporté au monde d’idées et de mœurs nouvelles. C’était le dernier éclair de gloire et de civilisation romaine , brillant au souffle inspiré du soldat teuton, sous la tente des Francs, devenus chrétiens. A l’exemple des plus illustres Césars, sa vie avait été une suite continuelle de combats et d’héroïques travaux. Toujours armé , il avait brisé comme sur l’enclume , TOME II. a
au Nord et au Midi, des populations sauvages; il avait rallumé dans la paix le flambeau des lettres, inspiré l’amour des études, promulgué de sages ordonnances, et fait plier, dans ses capitulaires , des coutumes demi-barbares sous les règles d’une législation écrite, consentie dans les assemblées générales de la nation. Les souvenirs du Forum revivaient dans ces délibérations en plein champ, où se manifestait l’indépendance primitive de nos pères. Seulement les aigles du Capitole n’étreignaient plus dans leurs serres l’univers captif. Elles s’étaient enfuies en abandonnant leur proie ; et au lieu du Jupiter Tonnant, s’élevait la croix, sublime symbole qui rattachait la terre au ciel.
Le rétablissement de l’empire d’Occident ajouta un nouveau trait de ressemblance avec les temps antiques. Le saint jour de Noël, huit siècles après la naissance du Sauveur, lorsque le roi Franc terminait sa prière au tombeau des bienheureux apôtres, le pape Léon III lui avait posé la couronne sur la tète, et tout le peuple s’était écrié : « A Charles Auguste, couronné par Dieu , grand et pacifique empe- » reur des Romains, vie et victoire !. » Ce héros comblait ainsi le vide de trois cent vingt-cinq ans que les Hérules, lesOstrogoths et les Lombards avaient creusé, depuis la déposition de Romulus Augustule.
Mais il était arrêté, dans les desseins de Dieu, qu’il ne resterait rien de l’empire de la force à la ville éternelle. Trois générations suffirent aux descendants de Charles pour se voir enlever l’héritage de leur immortel aïeul. Le sceptre sortit de leur famille , comme autrefois celui de Juda, de la maison de David ; et à la place des rois et des Césars, il ne régna plus à Rome qu’un vieillard, pacifique successeur du glorieux pêcheur du lac de Génésareth.
Les portes sépulcrales des caveaux d’Aix-la-Chapelle étaient à peine fermées qu’un mouvement général de révolte ébranla l’Occident. L’action des siècles n’avait point confondu les intérêts de tant de nations, diverses de mœurs, d’origine et de langage ; et les rivalités implacables qui armaient les fils contre le père, les frères contre les frères , étaient aussi celles des peuples.
Ils prirent rendez-vous, pour décider leur querelle, dans les plaines de Fontenay 2, près d’Auxerre, au centre de la vieille Gaule. Cette bataille, où tombèrent
1 Annales d’Eginhard.
2 Joste Fontenei , une vile.
En ont occiz plus de chent de mile :
Là, péri de France la flor,
E des baronz tuit li meillor. {Robert Wace , roman de Rou .)
cent mille Italiens, Francs, Slaves et Teutons, brisa les derniers liens qui retenaient encore unis les débris de l’empire d’Occident. De nouvelles langues remplacèrent le latin ; le servage succéda à l’esclavage, le monde féodal au monde antique.
C’est au milieu de ces ruines amoncelées et de tous les désastres des guerres civiles qu’un nouveau fléau vint fondre sur la France. Il y avait déjà près d’un siècle que des pirates du Nord avaient envahi la grande île des Bretons. Dévorés delà soif du sang et d’un fanatisme barbare, ils adoraient Odin, ce dieu féroce des Scandinaves. Chaque printemps les voyait sortir des anses de la Norwège et des îles de la Baltique 1 , « comme un essaim d’abeilles * , et sillonner l’Océan de leurs légers vaisseaux. Égaux entre eux, ils choisissaient leur chef parmi les plus braves, et le suivaient gaiement, disent leurs chroniques2, « sur la route des » Cygnes. »
Tantôt longeant les côtes et les hauts promontoires, ou à l’ancre dans les baies, derrière les rochers, ils épiaient une occasion de fondre sur leur proie. Quelquefois ils se lançaient en pleine mer à la poursuite d’un ennemi, sans crainte des orages qui brisaient leurs navires 3. « L’ouragan et la tempête viennent en aide à » nos rameurs » chantaient ceux qu’épargnaient les flots.
Leurs flottilles de bateaux plats remontaient les grands fleuves et les rivières. Les pirates jetaient sur les deux rives le deuil et l’épouvante 4 5. Ils s’emparaient des îles, les transformaient en vastes camps retranchés et y déposaient les produits de leur pillage. Us parvinrent ainsi au cœur de la France , semant en tous lieux le carnage et l’incendie , et faisant sur leurs pas une telle solitude que, suivant une expression contemporaine, a rien ne troublait ce silence delà mort, pas même l’aboiement » d’un chien. »
Le sang des prêtres, des moines et des religieuses, les flammes qui dévoraient les églises et les moustiers, exaltaient leur joie sauvage3. « Nous leur avons chanté » la messe des lances , criaient-ils par dérision ; elle a commencé de grand matin, » et a duré jusqu’à minuit. »
La France, épuisée par ses guerres intestines, offrit une faible résistance à ces
1 Guillaume de Jumièges.
9 Scriptores rerum danicarum.
3 Marin® tempes Us procella nos tris servit remigiis. ( Abbon.)
4 Desire, senestre tut wastant(à droite, à gauche tout dévastant). {Roman de R ou.)
5 Chroniqueurs cités par Augustin Thierry.
terribles envahisseurs 1. Les rois et les grands , enfermés dans les villes et les châteaux, rachetaient au poids de l’or la retraite momentanée des pirates, qui allaient ravager d’autres provinces. Parfois le pauvre peuple des campagnes , sans guides ni défenseurs , se précipitait sur les Normands , avec la rage du désespoir. Armé de faulx et de bâtons noueux, il affrontait leurs épées, leurs haches et leurs massues à pointes de fer. Quelques-uns, abandonnés de Dieu, maudissaient le ciel qui ne les protégeait plus , reniaient leur patrie et leur saint baptême , et confondaient leurs imprécations sacrilèges avec celles des païens.
Des chevaliers poi (peu) i aveit
E nul secors n'en altendeit. (Roman de Rou.J
Le temps avait moissonné les derniers compagnons de Charlemagne, et ceux qui conservaient pur le sang des héros , tombaient , comme Robert-le-Fort , percés de flèches, sur un champ de victoire.
Toutes les chroniques contemporaines et les historiens qui suivirent, les Annales de Saint-Bertin , le Gesta Nortmannorum , Abbon, Guillaume de Jumièges et surtout Robert Wace, dans le roman de Rou, nous ont conservé le récit de ces épouvantables massacres , dont le monde n’avait point eu d’exemple depuis Genséric et Attila.
En mer se sunt à bon vent miz ,
Lor erre (leur chemin) ont vers France priz,
En Some, en Pontif arrivèrent (la Somme et le Ponthieu) ,
Tote la cuntrée gastèrent.
Vignon arstrcnt et Armineiz (ils brûlent le Vimeu et TAmienois) E li mostiers de Vermendeiz ;
L’église arstrent de Saint-Quintin ,
E Saint-Méart et Saint-Martin :
Toz li clercs o (avec) Téveske Eumon Destrenchièrent dedenz Noon (Noyon).
De toailes, des altels prises,
Feseient braies e Remises.
Viles arstrent, homes ocistrent,
Famés porjurent , aveir (richesse) pristrenL Mult oissiez enfanz plorer ,
Homes braire, famés crier
Ainsi trovèrent paenz (payens) terre
Vuide de gent , bonc à cunquerre
D'ileuc sunt à Roem (Rouen) alé,
1 Adversus quos nullus rex , nullus dux, nullits dcfensor surrexit qui eos expugnaret. (Dom Lobineau.)
E a Roem sunt a r resté.
Tote destruitrent la cité
Mezonz ardent, froissent celiers ,
Homes tuent, robent mostiers;
De Noon très quà Saint-Denis,
De Chartres très ques à Paris Ne remaint (ne reste) vile, ne mezon Ki ne fust en flambe u (ou) cherbon!
Les prêtres et le peuple cherchent un refuge dans les bois, et emportent avec eux les objets de leur vénération et de leur culte.
Altrepart li cors saints portent,
Portent messaux (missels), portent sautiers,
Portent mistres e ensenciers.
Ces désastres sans nom s’étendent sur la France entière. Les Normands remontent la Loire , s’établissent dans une de ses îles, en face de Saint-Florent 1 : brûlent Nantes, Angers, Tours et Orléans, et par l’Ailier, pénètrent jusqu’en Auvergne. Ils suivent ensuite les côtes de l’Aquitaine, passent le détroit de Gibraltar, s’arrêtent aux bouches du Rhône , et vont piller l’Italie. Bier , Bis de Lothroc, roi des Danois, surnommé Côte de fer , et le farouche Hastings les commandent.
Ce dernier, que les chroniques représentent comme n’ayant pas d’autre demeure que les planches d’un navire, d’autre patrie que l’océan, d’autre foyer que l’incendie, avait été proclamé roi de la mer par ses compagnons d’armes. Enlevé enfant sur les bords de la Marne, il avait grandi parmi les pirates, sans connaître le remords, la crainte ou la pitié. Les matelots racontaient qu’il lançait trois javelots jusqu’au sommet des mâts , et les recevait dans sa main , au moment même où il faisait le tour d’une embarcation, en courant sur les rames. Toujours à son col pendait un2 cor d’ivoire, dont le son, pareil à celui du tonnerre, donna, pendant trente années, le signal du carnage.
Les invasions se renouvellent avec une périodicité effrayante. Chaque jour les barbares montaient comme les flots, et, après leur passage, il ne restait rien que des débris d’épaves sur la grève désolée.
1 Elle porte le nom de la Batailleuse. À neuf siècles de distance, un événement historique, à jamais mémorable, lui a donné une nouvelle célébrité. Placé entre Saint-Florent et Varades, elle fut le point principal qui, le 18 octobre 1793, protégea la grande émigration vendéenne. Le généreux Bonchamps y rendit le dernier soupir.
a Tuba illi erat eburnea , tonitrum nuncupata. (Dudo de Sancto Quintino.)
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Plus d’un demi-siècle s’écoula, au milieu de ces calamités et de ces déchirements de tout genre l. L’empire de Charlemagne se divisa par lambeaux. Non seulement les peuples qui avaient été momentanément réunis à l’ombre de son épée , reprirent leur indépendance et leurs frontières naturelles, mais, au sein même des Gaules conquises par Clovis, s’accomplit un démembrement partiel, provoqué par la différence d’intérêts , de traditions et de dialectes.
La Bretagne fut la première à secouer le joug. L’ancien royaume des Yisigoths, tout le pays au midi de la Loire, la Provence et la Bourgogne, les deux rives du Rhin et l’ancienne Gaule Belgique formèrent des états indépendants. Le pouvoir royal , avili et sans force , ne fit aucun effort pour empêcher l’unité de se rompre. Rélégué entre la Loire, la Meuse, l’Escaut et la mer, il abandonnait les provinces qu’il ne pouvait plus défendre. Les gouverneurs devenaient des souverains héréditaires, à la simple condition d e foi et service; et la France se trouva bientôt partagée en autant de fiefs quelle comptait de villes, de bourgs et de châteaux.
Les Francs, en envahissant la Gaule , avaient eu peu d’obstacles à surmonter de la part du peuple vaincu. Les deux tiers de la population étaient esclaves. Que leur importait de changer de maître? D’un autre côté la servitude personnelle, si cruelle et si odieuse sous la domination romaine , était inconnue des peuples du Nord. Chez ces derniers, de sanglants ouinfâmes caprices n’enchaînaient pas la vie entière de l’homme attaché au sol. Traité presque toujours avec douceur, il connaissait les joies de famille, et n’avait point abdiqué tout sentiment de sa dignité personnelle. Entre lui et l’esclave antique, il y avait la différence du colon labourant toujours le même champ , et du vassal suivant son seigneur dans l’ardente mêlée , au misérable égorgé pour engraisser des murènes et au gladiateur, à la fois assassin et victime , rougissant le sable du Colisée, pour les plaisirs du peuple-roi. Dès le commencement de la seconde race , le servage avait remplacé l’esclavage sur toute la terre de France.
Mais à cette époque de confusion, d’ignorance et d’enfantement douloureux, où des guerres d’extermination , devenues l’état habituel des peuples , avaient fait taire les lois divines et humaines, chaque seigneur, retranché derrière ses tours, ne reconnaissait d’autre pouvoir que la force matérielle. L’hommage qu’il rendait à une royauté impuissante, n’était plus qu’une vaine formalité, ou un sujet de moquerie. Fier et indomptable, si un noble cœur battait dans sa poitrine, il protégeait
1 De 841 à 912.
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de sa lance, ses fidèles vassaux, et leur rendait prompte et bonne justice : mais s’il avait perdu la crainte du ciel , c’était un brigand armé , qui descendait de son aire pour répandre , chez ses voisins, la terreur et la mort.
La France était livrée à toutes les convulsions de l’anarchie, lorsqu’une invasion, plus terrible que les premières, vint mettre en doute son existence (896). Les Normands étaient commandés par le célèbre Rollon *, un de ces hommes marqués de Dieu pour de grandes destinées. Parmi les guerriers du Danemarck, de la Norwège et des Hébrides , aucun n’était plus populaire que ce jeune chef. Issu d’illustre race, doué d’une haute stature, d’une force prodigieuse et de ce courage qui sourit à tous les périls , il s’était accoutumé, dès son enfance, aux fatigues et à la vie aventureuse des pirates. Malgré le ciel rigoureux de son pays, jamais il ne dormait sous un toit2; son navire obéissait à sa main, comme un coursier docile, et toujours dans le combat , Roll portait les premiers coups. A ces vertus communes chez les barbares, il alliait une volonté inflexible, l’amour de la justice et la fidélité à la foi jurée. Ses soldats savaient qu’il ne pardonnait aucune désobéissance , que le châtiment avait la rapidité de la foudre , et que personne n’affrontait en vain son courroux.
Après avoir pillé les côtes de Flandre, il jeta l’ancre à l’embouchure de la Seine, cette grande route des Normands. L’effroi qu’il inspirait lui ouvrit les portes de Rouen, sans tirer l’épée. Il s’avança ensuite, en remontant le cours sinueux du fleuve, jusqu’à la rivière d’Eure, où Charles-le-Simple l’attendait avec une armée nombreuse.
Hastings était au nombre des chefs ralliés sous la bannière royale. Fatigué de courses et de rapines , le vieux roi de la mer avait traité de la paix avec le roi des Francs. Vingt ans auparavant, il avait demandé le baptême et reçu l’investiture du comté de Chartres, à la seule condition d’interrompre ses ravages. Comme il connaissait la langue des barbares , il descendit dans une barque , et parvenu près de leur camp 3 : « Holà, vaillants chevaliers, cria-t-il , quelles rives ont quitté vos » navires? Que demandez-vous ici, et quel est le nom de votre seigneur? »
« Nous sommes Danois et tous égaux, répondit Rollon. Nous venons chasser les
’ Rollon , Roll , Rolf ou Rou , le héros de l'histoire rimée de Robert Wace. 4 Sub tigno fuliginoso nunquam dormiebat.
3 Guillaume de Jumièges, édition Guizot. Augustin Thierry.
» habitants de cette terre, pour l’occuper à leur place, et nous faire une patrie. » Mais toi , qui es-tu , pour nous parler ainsi ? »
Hastings répondit alors : « Auriez-vous par hasard entendu parler d’un certain » Hastings, qui, exilé de vos îles, couvrit la mer de ses voiles, et fit un désert du » royaume des Francs ? »
« Nous en avons entendu parler, reprit Rollon. Hastings a bien commencé, » mais il a mal fini. »
« Voulez-vous, lui dit alors Hastings, vous soumettre au roi Charles? »
« Nullement , répliqua Rollon : nous ne reconnaissons personne pour maître. » Tout ce que nous pourrons conquérir avec nos épées, sera à nous en souveraineté. » Redis, si tu veux, cette réponse à ton roi. »
Hastings, de retour parmi les siens, conseilla d’éviter une bataille décisive. « Tes » paroles sont d’un traître, répétèrent les seigneurs enflammés de colère, et ta » main s’entend avec celle de Rollon le païen, pour exterminer les Francs. »
Ils se levèrent en tumulte, et donnèrent le signal du combat. Mais les prévisious du pirate ne tardèrent point à s’accomplir. L’armée chrétienne, taillée en pièces , perdit ses plus intrépides chefs. Quant à Hastings, effrayé des menaces et des soupçons élevés contre lui, il vendit son comté de Chartres, prit le bourdon du pèlerin, et oncques ne reparut.
Rollon, n’ayant plus d’ennemis devant lui, remonta la Seine, assiégea Paris, sans pouvoir s’en emparer, et revint achever la conquête de la Neustrie. Pendant qu’il s’établissait dans cette province d’une manière permanente , il lançait sur la France des hordes de Danois, dont les dévastations s’étendirent à la fois dans l’intérieur du royaume , en Flandre, en Bourgogne et dans toute l’Aquitaine.
Les expressions manquent aux chroniqueurs pour peindre ces effroyables calamités. « Semblables à des loups, les païens pénètrent de nuit dans les bergeries » du Christ; les églises sont embrasées, les plus nobles cités détruites, les ma- » trônes et les vierges emmenées captives, le peuple est massacré, un deuil général » se répand sur le royaume. »
Vainement quelques grandes villes, Dijon, Chartres et Paris, assiégées de nouveau,
brisent les efforts des barbares. Les cris de douleur des populations expirantes sont entendus du roi Charles. Il réunit autour de lui les évêques et les barons, et leur demande aide et avis :
Conseilliez mei , dist-il, jo ne sai ke jo face;
Rou nos a fet maint mal , è encor nos manace ,
Nostre terre destruitè nos hommes décace (chasse).
N’i a ne fort, ne fieble, ki à Rou contrcstace (s’oppose).
La gent de cest païzest mult desconfortée,