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Ce douloureux départ avait mis fin aux joutes, et inspiré des pensées plus graves. Les deux rois s’arrêtèrent à Toul, où ils abolirent la Fcte des fous , souvenir honteux des saturnales du paganisme. René y publia aussi divers règlements, pour marquer les limites de la juridiction ecclésiastique, et réformer son ancienne ordonnance sur les blasphémateurs. L’amende exigée fut proportionnée à la naissance et à la qualité des coupables. Elle s’éleva de soixante sols à soixante livres, selon que le condamné sortait des rangs du peuple ou de la noblesse.
Après un court séjour en Lorraine, René se rendit à Châlons-sur-Marne, auprès de Charles VIL Ce monarque, à la veille d’entreprendre la grande réforme militaire, qui a créé la monarchie française, avait fait appel à l’expérience du roi de Sicile, et s’était entouré des princes de son sang , de ses principaux conseillers et capitaines, et des députés des bonnes villes du royaume.
Il y eut dans les plaines de Champagne une revue de tous les gens de guerre. Charles en licencia un grand nombre, et ne retint à sa solde que les plus disciplinés et les plus braves. L’infanterie fut formée d’un corps permanent de quatre mille archers, et la cavalerie de quinze compagnies de cent lances. Chaque lance, ou homme d’armes, avait sous ses ordres trois archers, un écuyer et un page. « Le roy, dit un historien contemporain, nomma des capitaines vaillants, sages et experts en fait de guerre, et non jeunes et grants seigneurs. »
Toutes les communes durent en outre élire chacune un habitant, « le plus advisé pour le service de Tare. » Elles furent dans l’obligation de lui fournir un équipage, et de le solder en temps de guerre, à raison de quatre livres par mois L
Dont avoient douleur* si cruelles,
Qu’on ne les sçavoit apaisier.
A tant print congié et partit ,
Et la Teste qu'on avoit fnicte Lors en larmes se convertit ;
Las ! quelle lyesse est parfaicte ? (Martial d’Auvergne.)
1 La solde de chaque homme d’armes fut fixée à dix livres par mois, celle de l’écuyer à cinq, des archers à quatre et du page à soixante sols. Le marc d’argent valait alors six livres dix-huit sols. Une ordonnance précédente rendue à Angers, par Charles VII, pendant que le roi de Sicile était encore à Naples, avait déjà commencé cette réforme.
Depuis en la ville d’Angiers,
Co nsiderant en soy les termes De guerre, périlz et dangiers.
Qui advcnoienl par les gens d’armes;
Pendant la paix une exemption d’impôts lui fut accordée. Les f rangs archers , tenus à paraître tous les dimanches en habit de guerre, à réprimer le brigandage et à se réunir à certains jours pour tirer de l’arc, formèrent une milice toujours prête à marcher sous la bannière de la commune ou l’étendard royal. Ils remplacèrent ces levées irrégulières de vassaux turbulents et ces bandes d’aventuriers, fléau de la France depuis un siècle , plus redoutables aux paisibles habitants des campagnes et des cités qu’aux Anglais et aux Bourguignons. Des subsides assurèrent l’entretien de cette armée permanente. La France vit , dans l’établissement de ce nouvel impôt , le triomphe de l’ordre et de la royauté sur l’anarchie féodale. Peu soucieuse de libertés après tant de déchirements, elle ne craignait point la tyrannie de Charles, et elle eût voulu lui rendre en puissance ce qu’il lui donnait en gloire et en sécurité.
Nous ignorons quelle part le roi de Sicile et le duc de Calabre prirent à cette organisation de l’armée française. Les historiens nous apprennent seulement qu’ils assistèrent à tous les conseils, où ces grands projets furent adoptés. L’attachement de Charles pour René sembla s’accroître encore. Il parvint à conclure un traité définitif avec le duc de Bourgogne, obtint la remise entière de la rançon de Bulgnéville et le renvoi des garnisons qui occupaient les forteresses du pays d’Argonne (octobre i445)-
René au comble de ses vœux suivit le roi à Tours. Il donna à son fils le marquisat
Qu’ung homme d'armes si avoit Alors dix chevaulx de bagaige,
Dont la pluspart riens ne servoit,
Si non que d'aller au fourraige ;
Que les variez n'estoient qu'herpaille ,
Plus empeschans que soulageans ,
Tous adonnez à la mangeaillc,
Et à destruire povre gens.
Le dit feu roy fist ordonnance ,
Et fut avisé et conclus
Qu’un homme d'armes, ou une lance ,
Àuroit cinq chevaulx et non plus ,
Ung coustiller et deux archiers Avec son gros varlet et paige,
Qui seroient par moys soudaiers,
Et mis hors tout aultre bagaige.
(Martial d’Auvergne. Daniel. Anquetil.)