D’UNG TOURNOY
A très hault et puissant prince , mon très chier, très amé et seul frère germain Charles d’Anjou , Conte du Maine , de Mortaign et de Guyse : Je , René d’Anjou vostre frère , vous foiz savoir que pour le plaisir que je congnois depiéça, que prenez à veoir hystoires nouvelles et dittiez nouveaulx, me suis advisé de vous faire ung petit traictié le plus aulong estendu que j’ay sceu, de la forme et devis comme il me sembleroit que ung Toumoy seroit à entreprendre à la Court ou ailleurs en quelque marche de France, quant aucuns princes le vouldroient faire faire; laquelle forme j’ay prins au plus près et jouxte de celle qu’on garde ès Almaignes et sur le Rin quant on fait les Toumoys. Et aussi selon la manière qu’ils tiennent en Flandres et en Rrabant; et mesmement sur les anciennes façons qu’ils les souloient aussi faire en TOME II. 1
France , comme j’ay trouvé par escriptures. Desquelles troys façons en ay prins ce qui m’a semblé bon, et en ay fait et compilé une quarte façon de faire, ainsi que pourrez veoir, s’il vous plaist, par ce que cy après s’ensuit.
Icy après s’ensuit la forme et manière comment ung Tournoy doibt estre entrepris; et pour bien et lionnorablement et à son droit doibt estre fait et acompli, y fault garder l’ordre cy après déclairée.
Et premièrement .
Qui veult faire ung Tournoy, fault que ce soit quelque prince , ou du moins hault baron , ou banneret , lequel doibt faire ainsi que cy après sera devisé.
C’est assavoir :
Que ledit prince doibt premièrement envoyer secrètement devers le prince à qui il veult faire présenter l’espée, pour savoir se sest son entencion de la accepter, ou non, pour faire puis après publiquement les sérimonies qui y appartiennent, comme cy après s’ensuit, ou cas qui la vouldra accepter. C’est assavoir, que ledit prince , voyant toute sa Baronnie, ou du moins grant quantité de chevaliers et escuiers, doibt appeller le Roy d’armes de la contrée , car à lui appartient devant tous autres roys d’armes; et s’il n’y est, en son absence, quelque hérault notable. Et en lui baillant une espée rabatue de quoy on tournoyé, lui doibt dire les parolles qui s’ensuivent.
Mais pour mieulx en faire entendre la façon, sera ycy pris par similitude le Duc de Bretaigne pour appellant de l’ung des coustés, et le Duc de Bourbon pour deffendant de l’autre. Et pour tous blazons nécessaires pour ce présent Tournoy, ne me aideray que de blazons controuvez à plaisance. Ainsi doneques s’ensuivent les parolles que dira
est après pourtrairtic lit façon rt manière comme le Dur tu* Üretaiijne nppellant baille l'espèr au Uni) Vannes pour l’enuoijer présenter au Dur î>e O oui* ban ïieffenïmnt. > PI,. I. )
ledit seigneur Duc de Bretaigne appellant, audit Roy d’armes en lui baillant une espée de Tournoy, telle que cy dessoubs est figurée :
« Roy d’armes, tenez ceste espée et alez devers mon cousin le Duc de Bourbon lui dire de par moy, que pour sa vaillance, prudommie, et grant chevallerie qui est en sa personne, je lui envoyé ceste espée en signiffiance que je querelle de frapper ung Tournoy et Bouhordis d’armes contre lui, en la présence de dames et de damoiselles, et de tous autres, au jour nommé et temps deu , et en lieu ad ce faire ydoine et convenable. Duquel Tournoy lui offre pour juges diseurs, de huit chevaliers et escuiers les quatre : c’est assavoir tels et tels pour chevaliers, et tels et tels pour escuiers; lesquels juges diseurs assigneront le temps et le lieu et feront faire ordonner la place. »
Icy après est pourtraictie la façon et manière comme le Duc de Bretaigne appellant baille l’espée au Roy d’armes pour l’envoyer présenter au Duc de Bourbon deffendant.
Et fault notter que ledit seigneur appellant doibt toujours eslire des juges la moittié : c’est assavoir , deux du pais du seigneur deffendant, et les autres deux de son pays ou d’ailleurs à son plaisir : et fait bien voulentiers les juges des plus notables, honnorables et anciens Barons, Chevaliers et Escuiers qu’on puisse trouver, qui ont plus veu et voiagé, et qui sont repputez les plus saiges et mieulx se congnoissans en fait d’armes que d’autres.
Lors ledit Roy d’armes s’en yra devers ledit Duc de Bourbon deffendant, et en la plus grant compaignie et la plus honnorable place, hors lieu saint, où il le pourra trouver, lui présentera l’espée, laquelle il tiendra par la poincte , lui disant ainsi :
« Très hault et très puissant prince et très redoubté seigneur, très hault et très puissant prince et mon très redoubté seigneur le Duc de Bretaigne, vostre cousin, m’ envoyé par devers vous pour la très grant
chevallerie et los de prouesse qu’il scet estre en vostre très noble personne, lequel en toute amour et bénévolence, et non pas par nul mal talent, vous requiert et querelle de frapper ung Toumoy et Bouhort d’armes devant dames et damoiselles ; pour laquelle chose et en signiffiance de ce, vous envoyé cette espée propre à ce faire. »
Ici après est pourtraictie la façon et la manière comment le Roy d’armes présente l’espée au Duc de Bourbon.
Et lors ledit Roy d’armes présentera audit Duc de Bourbon la dite espée; et se il lui estoit survenu tel affaire où nécessité qu’il ne peust acomplir ledit Tournoy, ne y entendre , pour lors il pourra respondre en s’excusant en la manière qui s’ensuit :
« Je remercie mon cousin de l’ offre qu’il me fait: et quant aux grans biens qu’il cuide estre en moy, je vouldroye bien qu’il pleust à Dieu qu’ils fussent tels ; mais moult il s’en fault , dont il me poise.
« D’autre part il y a en ce royaume tant d’autres seigneurs qui ont mieulx mérité cest honneur que moy, et bien le sauront faire; pourquoy je vous prie que m’en vueillez excuser envers mondit cousin. Car j’ay des affaires à mener à fin, qui touchent fort mon honneur, lesquelles nécessairement davant toutes autres beisoingnes il me faut acomplir. Si, lui plaise en ce avoir mon excuse pour agréable, en lui offrant en autres choses tous les plaisirs que je lui pourroye faire. »
Item s’il accepte le Tournoy, il prent l’espée de la main du Roy d’armes en disant :
« Je ne l’accepte pas pour nul mal talent, mais pour cuider à mon dit cousin faire plaisir, et aux dames esbatement. »
Et après qu’il aura prinsl’espée , le Roy d’armes lui dira cestes parolles
« Très hault et très puissant prince et très redoubté seigneur, très
ün) nprre rot pourtraictir la façon rt la manÜTf aunmrnî le Uoi) Vannes présente 1’espec au Duc îu* Oourbon. (PL. Il }
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hault et très puissant prince et mon très redoubté seigneur le Duc de Bretaigne , vostre cousin , vous envoyé ycy les blazons de huit chevaliers et escuiers en ung roolle de parchemin, à celle fin que des huit en eslisez quatre de ceulx qui mieulx vous seront agréables pour juges diseurs. »
Cela dit au Duc par le Roy d’armes, il lui monstrera ledit roolle de parchemin, lequel il prandra, et regardera les blazons à son plaisir; puis respondra audit Roy d’armes :
« Quant aux juges diseurs dont vous me monstrez ycy les blazons, les seigneurs de tel lieu et de tel , me plaisent très bien pour chevalier , s’il leur plaist; et les seigneurs de tel lieu et de tel aussi pour escuiers. Et pour ce vous leur porterez lettres de créance de ma part ; et aussi prierez à mon cousin le Duc de Bretaigne qu’il leur vueille escripre de la sienne qu’ils soient contens de ce accepter, et que le plus tost qu’il leur sera possible, me lacent savoir le jour dudit Toumoy, et le lieu aussi. »
Ycy après est pourtraictie la façon et la manière comment le Roy d’armes monstre audit duc de Bourbon les huit blazons des chevaliers et escuiers.
Nota que incontinent que ledit Duc de Bourbon aura esleu les quatre juges diseurs, que le Roy d’armes doibt envoyer en toute diligence deux poursuivans , l’ung devers le seigneur appellant pour avoir ses lettres aux juges diseurs, s’il pense qu’ils doivent estre loing l’ung de l’autre, en leur suppliant par ses lettres qu’ils se vueillent tirer ensemble en aucune bonne ville telle qu’ils adviseront, ad ce que honnorablement il leur présente les lettres desdits seigneurs appellant et defTendant.
Cela dit, fera bailler le Duc de Bourbon au Roy d’armes, deux aulnes de drap d’or, ou de veloux veluté, ou satin figuré cramoisis du moins, sur lequel il fera mettre les deux seigneurs chiefs dudit Toumoy,
faiz en painture sur une grant peau de parchemin, à cheval ainsi comme ils seront oudit Tournoy, armoyez et timbrez; et atachera ledit parchemin sur ladite pièce de drap d’or, de veloux ou satin. Et en tel estât la prendra le Roy d’armes, la mettant en guise d’ung manteau noué sur la dextre espaule , et avec le bon congié du Duc s’en ira devers les juges diseurs pour savoir s’ils vouldront accepter l’office d’estre juges diseurs. Et quant il sera par devers ceulx, aiant lettres des deux Ducs appellant et deffendant, avecques ladite pièce de drap sur les espaules, ainsi que dit est, et dessus icellui parchemin atachié oîi seront paints lesdits seigneurs à cheval , armoyez et timbrez , ainsi que c y après est pourtraict , leur présentera ses lettres ; c’est assavoir une de par l’appellant et l’autre de par le deffendant, lesquelles seront narratives des choses dessusdiles, et aussi contiendront créance, c’est assavoir, qu’ils veillent estre juges diseurs dudit Tournoy par eux empris.
Ycy après est pourtraicte la façon et manière commant le Roy d’armes monstre aux quatre juges diseurs les seigneurs appellant et deffendant, et leur présente les lettres desdits seigneurs, aiant le drap d’or sur l’espaule et le parchemin paint desdits deux chiefs.
Puis leur dira les parolles qui cy après s’ensuivent :
« Nobles et doubtez chevaliers, honnorez et gentils escuiers, très haulx et puissans princes les Ducs de Bretaigne et de Bourbon, mes très redoubtez seigneurs, vous saluent, et m’ont chargié vous bailler cestes lettres de par eulx qui en partie sont de créance , laquelle vous saurez puis après que aurez leu lesdites lettres, et à tel heure qu’il vous plaira. »>
Après qu’ils auront leu ou fait lire leurs lettres, et adoncq qu’ils demanderont et requerront d’oir la créance, ledit Roy d’armes la leur dira telle que s’ensuit :
« Nobles et doubtez chevaliers, honnorez et gentils escuiers, je viens
3 n) après est pourtraicte la façon d la manière comment le Uo») ï» armes monstre aur quatre jinjes diseurs les seigneurs appellant et îieffenïutnt , et leur présenté le*? lettre? ï»esî>its sei= çinrurs, niant leî»rapîior sur l’espaule et le parchemin paint îiesîûts î»ettr rljiefs. IM. I\ i.
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vers vous pour vous adviser, requérir et nottiffier de par très haulx et très puissans princes et mes très redoubtez seigneurs les Ducs de Bretaigne et de Bourbon, que sur le plaisir que leur desirez faire, vous vueillez prandre la charge de ordonner et estre juges diseurs d’ung très noble Tournoy et Bouhourdis d’armes qui nouvellement en ce royaulme par eulx a esté empris. Lesquelz seigneurs, d’ung commun assentement, sur tous autres vous ont sur ce choisis et esleus pour la grant famé de prudommie, renommée de sens et los de vertus qui de long temps continuent en vos nobles personnes. Si, ne vueillez de efe eStre refïusans, car moult de bien s’en pourra ensuir.
« Et tout premièrement, en pourra-on mieûlx congnoistre lesquels sont d’ancienne noblesse venus et extraits, par le port de leurs armes et lévement de timbres.
« Secondement, ceulx qui auront contre honneur failly, seront là chastiez tellement que une autreffois se garderont de faire chose qu’il soit mal séant à honneur.
« Tiercement, chacun y aprendra de l’espée à frapper en soy habilitant à l’exercice d’armes.
« Et quartement , par aventure pourra-il advenir que tel jeune chevalier ou escuier, par bien y faire , y acquerra mercy, grâce ou augmentation d’amour de sa très gente dame et cellée maistresse. Si, vous requiers encor de rechief de par mes dits très redoubtez seigneurs , mes nobles et doubtez chevaliers, honnorez et gentils escuiers, que de tant, de tels et si hauls biens vous vueillez estre principale occasion en telle manière que, par votre sens, ordre et conduicte, la chose sorte à effet, et par façon que renommée et bruit par tout puisse aler de maintenir noblesse , et d’acroistre honneur , ad ce que, au plaisir Dieu, chacun gentilhome doresenavant puisse estre désireux de continuer plus souvant l’exercice d’armes. »
Lors lesdits juges diseurs s’ils veullent acepter l’offre, pourront respondre en la forme et manière qui s’ensuit :
« Nous remercions très humblement nos très redoubtez seigneurs, de l’honneur qu’ils nous font , de l’amour qu’ils nous portent , et de la fiance qu’ils ont en nous : et combien qu’il ait en ce royaulme assez d’autres chevaliers et escuiers qui, de trop mieulx que nous, sauroient deviser et mettre en ordre ung si noble fait comme est cellui du Tournoy * néantmoins pour obéir à nosdits très redoubtez seigneurs , nous offrons de bon cueur à les obéir et servir, en acceptant la charge que cy devant nous avez déclairée , pour y faire à nos loyaulx pouvoirs tout le bien que possible nous sera d’y faire en ce monde , en emploiant tout nostre entendement et la peine de nos corps si loyaulment, que si par cas d’aventure de nostre cousté y avoit erreur, dont Dieu nous gart, ce sera plus par simplesse que par vice, nous soubsmettant tousjours à la correction, bon plaisir et voulenté de nosdits très redoubtez seigneurs. »
Lors le dit Roy d’armes doibt remercier lesdits juges diseurs, et en après leur requérir que comme juges , il leur plaise lui ordonner le jour dudit Tournoy, et le lieu aussi, ad ce qu’il le puisse faire crier ainsi qu’il appartient. Et tous les juges diseurs doivent aler ensemble en conseil, pour adviser le jour et le lieu affin que ledit Roy d’armes aille commancer à crier ledit Tournoy ès lieux où il appartient; c’est assavoir :
Premièrement, à la court du seigneur appellant; secondement, à la court du seigneur deffendant; et tiercement, à la court du Roy et ailleurs où il sera advisé par lesdits juges diseurs. Et se ledit Roy d’armes ne pou voit ou vouloit aler en personne à la court des autres seigneurs, pour crier ledit Tournoy, il pourra envoyer à chascune court ung poursuivant pour le faire. Mais à la court desdit deux seigneurs chiefs du Tournoy, et aussi du Roy , fault que ledit Roy d’armes aille personnellement.
Ainsi cy après s’ensuit la forme et manière commant on doibt crier ledit Tournoy •
J*H) apres est pourtntide ht Citron rt lit manière comment le Uot) î> armes niant îirap tun* sur l'espnule et tic tu* djiefs pains sur le parcljemin, et atu* quatre roinqs les quatre escttssons îicstûts jiutes pains, crie le tournoi), et comment les pottrsut= liant Imi lient les escussons îles armes tiestiits juqes à touts ceulr qui en neullent pranîire. PI.V
Et tout premièrement, ledit Roy d’armes doibt estre acompaigné de troys ou quatre héraulx et poursuivans, quant il criera ladite feste du Tournoy en la forme et manière que cy après est hystorié.
Icy après est pourtraicte la façon et manière comment le Roy d’armes aiant le drap d’or sur l’espaule et les deux chiefs pains sur le parchemin, et aux quatre coings les quatre escussons desdits juges pains, crie le Tournoy, et comment les poursuivans baillent les escussons des armes desdits juges à touts ceulx qui en veullent prandre.
C’est assavoir que incontinent que les juges diseurs ont accepté la charge, que le Roy d’armes fera paindre les quatre escus d’iceulx juges diseurs aux quatre cornières dudit parchemin; c’est assavoir ceulx des deux chevaliers en hault, et ceux des deux escuiers en pié.
Et premièrement, l’ung des poursuivans de la compagnie du Roy d’armes, qui plushaulte voix aura, doibt crier par troys haultes aliénées et troys grandes reposées :
«OR OUEZ, OR OUEZ, OR OUEZ,
« On fait assavoir à tous princes, seigneurs, barons, chevaliers et escuiers de la marche de l’isle de France, de la marche de Champaigne, de la marche de Flandres, et de la marche de Ponthieu chief des poyers, de la marche de Vermandois et d’Artoys, de la marche de Normandie, de la marche d’Acquitaine et d’Anjou, de la marche de Rretaigne et Rerry, et aussi de Corbye, et à tous autres de quelconques marches qui soient de ce royaume et de tous autres royaumes chrestiens, s’ils ne sont bannis ou ennemys du Roy nostre sire, à qui Dieu donne bonne vie, que tel jour de tel moys, en tel lieu de telle place, sera ung grantdesime pardon d’armes, et très noble Tournoy frappé de masses de mesure, et espées rabatues, en harnoys propres pour ce faire, en timbres, cotes d’armes et housseures de chevaulx armoyées des armes des nobles tournoy eurs, ainsi que de toute ancienneté est de coustume;