‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 25 sur 155 · LXXX1X · texte numérisé non relu

LXXX1X

de Tanneguy Duchâtel et de Guy Bernard évêque de Langres, ambassadeurs de Charles Vil.

Après si le suivoient de court ,

Brézé , Jacques Cneur l'argentier,

Avec le sire de Gaucourl ,

Tenans les rancs de leur quartier. ..

Au devant du roy sur les champs Vindrent les bourgeoys de la ville De Rouen , et les gros marchans,

Eu compaignie belle et gentille....

Au roy firent la révérence,

Et parlèrent bien longuement En doulx langaige et altrampance,

Aussi les receut doulcement,

Si luy baillèrent en la place ,

Les clefz de la ville en estraine ,

Et les bailla de prime face,

A Brézé qu'il fist cappitaine....

Le roy, du costé des Chartreux Fist en la ville son entrée ,

Où clercs, prestres, religieux,

Si vindrent en belle assemblée.

Les ungz portoient croix et bannières ,

En bel ordre et processiou ,

Les autres Joyau lx reliquières En signe d’exultacion.

Toutes les rues estoient parées Et tendues à ciel richement ,

Les maisons devant prépajées De tapiceries grandement.

Les enfants Noël si crioient Parmy les rues et carrefours ;

Ménestriers, tabourins jouoyent ^s escherfaulx et sur les tours.

Les prestres chantoient en l’église De cueur te Deum laudamus ,

A orgues selon ce la guise ,

Dont les Angloys estoient bien camus.

1 Neveu de Jean Bernard, confesseur de René et archevêque de Tours. TOME I.

René faisait baient son âme.

paraître en

Guidé par

toute occasion la foi et la piété qui remplisune tradition antique, il avait découvert , l’année

Quatre bourgeoys de la cité Portoient sur le roy à l’entrée ,

Ung beau ciel vermeil velouté,

Aux armes du roy et livrée....

Es rués y avoit personnaiges Et une très belle fontaine ,

Jettant par les tuiaux brcuvaiges D’ypocras , vin et eaue de Seine.

Ung peu plus avant sur ung coffre ,

Comme les gens se reliroieut ,

L’on veoity là ung bel togre (tigre),

Et les petits qui se miroient.

Puis au carrefour de l'église ,

Y avoit ung beau cerf volant (cerf ailé) , Portant en son col par devise ,

Une couronne d’orboullant (imitation d’or).

Et quant le roy illec alla Dire ses grâces en l’église ,

Ledit cerf s’agenouilla

Par l’honneur et plaisance exquise...

Les habitans de la cité

Celle nuyct si firent grant feste ,

Jeux , esbaz, dances à planté,

Jusquesau vendredi de reste.

Le lendemain de l’entrée eurent Processions fort solennelles,

Où l’archcvesquc et autres furent ,

Rcndans grâces espi rituel les.

La feste si dura cinq jours,

Et u’eustren vu là que viandes,

Tables ès rués et carrefours ,

Vins, pastez et tartes friandes

Vray Dieu puissant et glorieux, Ottroiez repos pardurable,

A l’âme du très piteable ,

Le roy Charles victorieux !

précédente , les ossements des saintes femmes 1 , qui accompagnèrent , diton, de Judée en Provence, Marie Madeleine, Marthe et Lazare. Un immense concours de peuple assista à la translation de ces précieuses reliques. Le village prit le doux nom de Saintes- Maries', et pour perpétuer la mémoire de la miraculeuse navigation de ses célestes patronnes, René voulut que' l’écusson de la nouvelle ville représentât un frêle esquif, sans voile ni avirons, fendant les flots d’une mer orageuse , à la seule garde de Dieu.

L’administration de la Provence nécessitait de fréquents voyages. Alors le bon roi traversait la France à cheval, avec une suite peu nombreuse. Dix jours lui suffisaient pour se rendre d’Angers à Lyon , d’où il descendait jusqu’à Arles dans les bateaux du Rhône. Quand Isabelle l’accompagnait , elle faisait le même trajet à cheval ou en litière. Mais dans les dernières années de sa vie , le douloureux état de sa santé ne lui permit plus de s’éloigner de l’Anjou.

Elle ressentait alors les premières atteintes de la maladie de langueur qui la conduisait à la tombe. Plein encore d’illusions et d’espérances, René voulait vainement multiplier autour d’elle les distractions et les plaisirs. Une fièvre continuelle consumait cette vertueuse princesse. Retirée au château d’Angers, loin des fêtes et du bruit des armes, elle ne s’occupait plus que de l’éducation de ses petits enfants et d’œuvres de miséricorde et de piété. Ia mort vint l’y trouver douce, calme et résignée, ne pensant dans ses souffrances qu’à consoler son époux et sa famille (28 février i4Ô2).

René était en Provence , au milieu de ses sujets décimés par une peste cruelle , lorsqu’il apprit le danger de la reine. Il accourut en toute hâte auprès de son lit de mort, pour recevoir ses derniers adieux. Nous empruntons ici au naïf chroniniqueur de l’Anjou, le touchant récit de sa douleur.

« De la perte de sa loyalle compaigne, fut le noble roy de Sicille si actaint de dueil , qu’il en cuyda bien mourir, ne jamais tant comme il fut en vie n’oublia l’amour qu’il avoit à elle. Et ung jour comme ses privez lui remonstroient, le cuydans consoler, qu’il falloit qu’il entre oubliast son dueil et prist réconfort, le bon seigneur, en plorant, les mena en son cabinet, et leur monstra une paincture que luy même avait faicte, qui estoit ung arc turquoys, duquel la corde estoit brisée, et au dessoubz d’icelluy estoit escript ce proverbe itallien : arco perlentare plaga

1 Marie Jacobé, Marie Salomé et Sara leur servante. La fête de ces saintes femmes , qui a lieu le 3 mai, attire encore chaque année un grand uombre de pèlerins.

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