‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 30 sur 155 · CV1I · texte numérisé non relu

CV1I

Italie avec gros et puissant exercite (armée, exercitus), où toujours il s’estoit montré preulx et valeureux combattant. »

« Très illustre et cher fils, nostre premier né, ajoute-t-il, dans un transport d’or- » gueil paternel, nous laissons qu’à Gênes, les années passées, vous avez montré » tant d’actes de prouesse , délivrant la ville assiégée de ce roy si puissant par » terre et par mer ; et que Pierre de Campofregose , pour lors duc de la cité , ayant » pris et tourné ses armes contre nous par une grande perfidie et desloyauté , a » esté étendu mort et roide sur le pavé de vostre main , après plusieurs honora- » blés playes reçues sur vostre corps; et qu’à présent vous êtes en Catheloigne, » avec le harnois au dos, pour le recouvrement du droict et de la couronne ma- » ternelle, qui nous estdeue, du royaume et de la jurisdiction d’Aragon. Mais de » quelle grandeur et magnanimité de courage , de quelle force , vigilance et sa- » gesse faites-vous maintenant la guerre contre Jean nostre capital ennemy ! » Tesmoin en est bien Geronde (Gironne) et toute la province emporitaine ( le » Lampourdan), tesmoins en sont bien les respoussements des ennemys, les forte- » resses et les chasteaux pris, les places munies, qu’en passant par la force et » vertu de vos armes se sont rendues et remises à vostre main. Nous taisons vostre » prudence, vostre justice, doulceur et bénignité , et la modestie dont vous usez » au gouvernement des peuples et des citez , avec plusieurs aultres royales et » très excellentes vertus , dont Dieu a illustré vostre esprit. Si qu’il nous sera » mieulx séant de ne pas parler plus tant de vos haultes et tant héroïques qualités, » de peur que nous ne semblions parler de nous mesmes, en parlant de vous, » qui estes nostre fils bien aimé , et nostre propre chair et nourriture *. »

Au moment où René adressait à son fils ces touchantes paroles, la Catalogne était soumise; et Jean d’Anjou, au comble de la gloire, espérait achever la conquête de l’Aragon. Il avait envoyé une ambassade au roi de Castille, pour lui demander la main de l’infante Isabelle 1 2; tout semblait sourire à ses projets, lorsqu’il fut atteint d’une maladie mortelle, au retour d’un pèlerinage à Notre- Dame de Montserrat. Les larmes et les prières de tout un peuple ne prolongèrent point la vie du héros. Il expira à Barcelone au milieu de ses triomphes, le i3 décembre 1/170, à l’âge de 45 ans.

1 César Nostradamus ; Histoire de Provence .

5 Peu de jours avant la mort du duc de Lorraine, Carrion, son écuyer, était parti pour la Castille, muni de pleins pouvoirs de son maître. Quand le roi Henri l'aperçut, « il lui fist le bienvenant; puis luy dict : « Monsieur l’escuyer, je suis fort marry des nouvelles que j'ay. — Sire, quelles sont-elles ? — Vostre mais- • tre, le duc Jehan , est allé à Dieu. » Quant l escuyer oisl ces nouvelles, il fut tout transy. »

Les Catalans qui, pendant sa vie, se pressaient sur son passage, baisaient ses armes, ses éperons et jusqu’à la mule qu’il montait, furent en grand deuil à sa mort. Durant neuf jours entiers son corps fut exposé dans une salle de son palais; chacun venait s’agenouiller dévotement et prier aux messes célébrées pour le repos de son âme, depuis le point du jour jusqu’à l’heure de noues. Le duc Jean, recouvert d’une robe de velours noir, la barette en tête et sa bonne épée au côté, fut porté dans les rues et carrefours de la ville. Le cortège s’arrêtait sur les places principales, les chevaliers inclinaient ses bannières: on n’entendait que des sanglots , des lamentations et des cris l.

Le caveau sépulcral des rois d’Aragon s’était refermé sur le duc de Lorraine , lorsque le fidèle Carrion descendit à Angers chargé du noble cœur de son maître. René à cette vue pensa mourir de douleur. Il fut longtemps comme privé de sentiment et de vie, sans prononcer une seule parole. Ses infortunes croissaient avec les années; et cette mort prématurée n’était que le présage d’inexprimables malheurs.

Entraîné par les exploits de Jean d’Anjou, nous n’avons pas voulu interrompre notre récit. Il nous faut jeter maintenant un coup-d’œil en arrière ; assez tôt nous aurons à raconter de nouvelles épreuves; les jours heureux du roi de Sicile furent trop clairsemés dans sa vie pour les laisser en oubli.

La loyale conduite de René pendant la guerre du bien public avait désarmé l’inquiète défiance de Louis XI. Il paraissait plein de respect pour sa vieillesse, et semblait chercher les occasions de lui témoigner une affectueuse reconnaissance. Le roi de Sicile, qui aimait toujours le fils de Marie d’Anjou, se rendait avec Jeanne de Laval au château d’Amboise, quand Louis y tenait sa cour, assistait à des représentations dramatiques jouées en son honneur, et ne soupçonnait point de mauvaise foi dans ces démonstrations intéressées. De son côté, le rusé monarque ne manquait jamais de faire à son très cher et amé oncle et cousin quelque beau présent, et de lui accorder des faveurs, qui coûtaient moins encore, comme de le faire asseoir à ses côtés sur un fauteuil de velours cramoisi, exactement pareil au sien, ou de l’autoriser à signer ses lettres et ordonnances d’un grand sceau de cire jaune, prérogative exclusivement réservée jusqu’alors à la couronne de France.

<f De retour, dit Bourdigné, à son puissant chastel d’Angers, le bon roi reprennoit

' Don Cal mot, Histoire de Lorraine .

vie convenable pour resjouyr sa vieillesse, comme planter et enter arbres, édiffier tonnelles , pavillons, vergiers, galleries et jardins, faire bescher et parfondir fosses , viviers et piscines pour nourrir poissons, et les veoir nager et esbattre par l’eau clère, avoir oyseaulx de diverses manières, eu buissons et arbresseaulx , pour en leurs chantz se délecter. Et pour certain il fut le premier qui d’estranges pays fist apporter en France paons blancs, perdrix rouges, connilz blancs, noirs et rouges, fleurs de œillets de Provence, roses de Provins et de Muscadetz, et plusieurs autres singularitez ignorées en Anjou auparavant. Et disoit aux princes et ambassadeurs de divers pays, qui le venoient visiter, qu’il aymoit la vie rurale sur toutes autres, pour ce que c’estoit la plus seure façon et manière de vivre, et la plus loingtaine de toute terrienne ambition. »

Souvent on le voyait dans un bateau de pêcheur descendre la Maine jusqu’au couvent de la Baumette, solitaire ermitage taillé dans le roc, à l’image de la Sainte-Baume. Il aimait à honorer la patrone de la Provence, et avait fondé un couvent de Cordeliers, en mémoire du bienheureux Bernardin, son confesseur. Les jours de fête, il suivait l’office dans un psautier qu’il avait donné aux bons pères l. Il partageait volontiers leurs repas; et si l’on en croit la tradition populaire, consacrée par une gothique inscription, le plat qui lui servait fut incrusté après sa mort dans les murs du monastère.

Le peuple, qui accourait sur les pas de René, vint visiter à son exemple cette pieuse solitude. Elle devint un lieu de pèlerinage, où se rendait chaque année à la fête patronale une partie de la population angevine.

Le temps n’a point détruit le couvent de la Baumette; la foule joyeuse couvre à

1 Ce psautier manuscrit, in-4° , sur vélin , relié en veau fauve, fait aujourd'hui partie de !a bibliothèque d'Angers.

On lisait sur la première feuille du psautier , qui malheureusement a été enlevée :

« Le 8 novembre 1465, le roy René de Jérusalem et de Sicile, duc d'Anjou, donna aux frères religieux, de la religion et observance de monseigneur saint François, estant en son esglise de la Baumette lez Angers, le présent psautier, pour demourer et estre à perpétuité audict hermitage, pour le divin service de ladicte esglise; et pour plus grande approbation dudict don, à eulx fait par ledict sieur dudict présent, ledict seigneur à cy mis et apposé son seing manuel, faict mettre et apposer le mien, de moy Alljrdeau, son indigne secrétaire , et protonotaire de notre sainct père le pape, les jour et an ci-dessus.

» Présens, Jean de Beauvau , seigneur dudict lieu , séneschal du pays d'Anjou , et Bertrand de la Haie, seigneur de Malelièvre; Saladin d'Anglure, seigneur de Nogent, chambellan , et maistre Jehan Breslay, juge ordinaire du pays d’Anjou , tous conseillers dudict sieur, et plusieurs aullrcs gentilshommes.

» Signé RENÉ, manu proprid .

» Et plus bas, Allardeau. »

ex

certains jours les prairies qui s’étendent jusqu’à la Loire ; et les cloîtres, le réfectoire, la chapelle taillée dans le roc dominent encore la vallée. Mais aucun chant sacré ne s’élève de cetteenceinte recouverte de lierre. Les courses et les jeux établis par le roi de Sicile , ont cessé depuis longtemps ; et à sa mémoire vénérée se mêlent aujourd’hui de sanglants souvenirs.

Au pied du rocher penché sur les eaux , qui sert de fondement à l’abbaye , s’arrêtait, il y a un demi-siècle, une barque chargée de victimes et de bourreaux. Elle portait soixante-douze vieillards arrachés au sanctuaire, et que n’avaient protégés ni leurs cheveux blancs, ni leurs vertus1. Liés deux à deux, ils priaient avec ferveur au milieu des blasphèmes. Tout à coup de larges ouvertures, agrandies à coup de hache, donnent passage à l’eau de la Maine. Un léger tourbillon fait bouillonner sa surface. Puis, le fleuve pur et tranquille continue vers la Loire son cours accoutumé.

A l’opposé de la Baumette, un peu au dessus d’Angers, René avait découvert en chassant un saint anachorète. Il se nommait Macé Bûcheron , était prêtre et chapelain du chapitre de Saint-Maurice, mais il avait abandonné sa prébende, pour vivre dans la solitude de pain noir et déracinés. Le roi, touché de ses vertus, lui bâtit une cellule et une petite chapelle. U y ajouta pour lui-même un jardin et un modeste logis, qu’il venait souvent visiter à pied en traversant la ville. Il l’appelait son cher ermitage de Reculée. C’était dans cette retraite, embellie de sa main de peintures et d’ingénieuses allégories, qu’il aimait à deviser avec les principaux bourgeois d’Angers, les artistes et les savants attirés à sa cour.

Autour de la demeure royale s’élevèrent bientôt de pauvres habitations recouvertes de chaume. Elle étaient occupées par des pêcheurs qui venaient jeter leurs filets sous les fenêtres de René. Le bon roi avait toujours eu pour ces braves gens une affection singulière. Entre plusieurs beaux privilèges qu’il leur concéda, il voulut qu’ils ouvrissent la marche de la procession de la Fête-Dieu. Leur doyen, précédé de ménétriers, y portait un cierge énorme, où saint Pierre était représenté en cire avec ses vêtements pontificaux, un filet à la main. Selon les prophétiques paroles du Sauveur, le pêcheur du lac de Génézareth était transformé en pécheur d’hommes.

A Marseille * un tribunal particulier, les Prud'hommes pécheurs, fut créé pour juger promptement et sans frais, les différends élevés entre les membres de cette

1 Ces prêtres appartenaient presque tous au diocèse de Nevcrs. Ils avaient plus de soixante ans, cl n’étaient condamnés qu’à la déportation. Ils furent novés dans l’hiver de 1794 , en face de la Baumetle.

classe laborieuse. René en publia lui-même les statuts, que le temps et l’opinion ont respectés.

La chasse était un de ses délassements favoris. Pour plaire à Jeanne de Laval, qui l’aimait avec passion, il avait entouré de murs un vaste parc, auprès de la petite ville de Saint-Rémi en Provence. On dit même qu’il échangea la riche baronnie d’Aubagne contre les landes stériles de Saint-Cannat , où le gibier était plus abondant. En Anjou , « il s’esbattoit à la chasse du cerf, » dans ses domaines de Launay 1 , de Baugé et de Beaufort. Sa meute, quoique peu nombreuse, était ardente et bien dressée; rarement ses faucons manquaient leur but. Il possédait de belles armes de plaisance et de guerre. Mais comme il était généreux sur toutes choses, il s’en défaisait volontiers, en faveur de ses amis 2. Le temps consacré à ce noble exercice, ne lui faisait pas oublier les devoirs de la royauté; et si ce rapide exposé de la vie de cet excellent prince ne suffisait pas pour convaincre les esprits les plus prévenus, sa correspondance sauvée de la destruction et de l’oubli par M. le chevalier Lautard 5, nous en fournirait une preuve éclatante.

L’amour de René pour les lettres le suivit jusqu’à la tombe. Du fond de la Provence ou de l’Anjou, il écrivait aux savants de toute l’Europe, faisait copier

1 Ce château, dont plusieurs parties contemporaines de René existent encore, appartient aujourd'hui à M. le marquis d’Armaillé. Louis XIV l'exempta du logement des gens de guerre en souvenir du bon roi.

3 Monsieur du Plesseys, en revange des deux belles nrbalestes d'acier que m’avez données, et pour ce aussi, que depuis me suis enquis que vous estes très bon arbalestier, et que prenez grant plaisir à tirer de l'arbaleste, je vous advise que de ma part toute ma vie y ay prius grant plaisir. Et affin que voiez comment suis artillc, je vous envoie une de mes arbalestes, laquelle vous certiffie qu'elle a esté faicte de la main d'uu Sarrazin à Barcillonne; ne jamais ne vieult aprendre aux crestieus de les faire telles. Et pour ce quelle est d'estrange façon , et qu’elle tire plus loing selon la petitesse de quoy elle est, que nulle autre arbaleste de son grant, que je veisse oneques, je la vous envoie, en vous priant que la tenez bien chière, et ne la vueillez donner à personne que vive, car vous n’en trouverriez point de telle, ne jamais jour de ma vie n’en vis de si belle façon, ne de si bonne aussi. II me semble que le traict que je vous envoie sera trop pesant pour elle ; mais je ne le vous envoie que pour veoir la façon. Et adieu vous diz en me faisant savoir s’il est rien que je puisse pour vous, car je vous certiffie , que vous n’en serez point esconduit devant tous autres encore , et pour ce, esprouvez moy quant vous vouldrez.

Escript au Mesnaige , ce mercredi 27e jour d'avril. Signé : René.

(Tiré de la collection de M. Feuillet de Couches, savant archéologue, qui a eu la bopté de nous adresser celle copie).

3 Premier volume , page première.

Ces lettres transcrites sur un registre par les secrétaires de René et toutes signées de sa main, sont datées de Tours, d'Angers, de Baugé, des Ponts-de-Cé, de Launay, d'Aix, de Tarascon , de Marseille, d'Avignon et de Gardanne, etc., écrites en français, en italien, en catalan et en latin ; elles embrassent une période de six années (1468 à 1474), se suivent exactement et ne laissent que de courtes lacunes, pendant lesquelles il est

à grands frais les manuscrits grecs ou latins nouvellement découverts, enrichissait de précieux ouvrages les bibliothèques de ses châteaux et des couvents qu’il affectionnait. Tandis que le moine Hugues de Saint-Césary transcrivait par ses ordres les poésies oubliées des troubadours provençaux, que Martial d’Auvergne publiait son livre si curieux des Arrêts des cours d'amour ( arresta amorum ) , et qu’Honoré Bonnor, prieur de Salon, composait son Arbre des batailles , et lui donnait pour préface la relation de la grande victoire remportée sur Satan par le glorieux Archange, René encourageait les premiers essais de poésie dramatique. Il conservait au château de Beaufort la copie la plus authentique et complète des Mémoires du sire de Joinville , faisait recueillir par les officiers de sa cour des comptes, les chroniques enfouies dans les chartriers de ses châteaux, appelait aux universités d’Aix et d'Angers les plus habiles professeurs, et fondait des bourses gratuites pour de pauvres écoliers. Les nombreuses lettres que nous avons citées, montrent qu’il parlait le latin, le catalan, l’italien et le provençal avec une égale facilité. L’écriture sainte et les chefs-d’œuvre de l’antiquité païenne lui étaient également familiers ; et c’est sans doute à l’enthousiasme inspiré par leur étude, que doit être attribué l’étrange mélange de mythologie et de christianisme remarqué dans ses écrits, dans les fêtes chevaleresques , les cérémonies

facile de reconnaître que René était alors en voyage. Leurs caractères en sont bien conservés et passablement formés. Mais ils sont de leur siècle, et par conséquent difficiles à déchiffrer et hérissés d’abréviations.

Deux cent quatre-vingt-dix lettres composent ce recueil , que le président Peyresc avait acheté de l’historien de la Provence. Oubliées dans le chartrier d’un vieux château de la maison de Simiane, elles ont échappé à l’incendie et à la dévastation de 1793 par un de ces hasards merveilleux, auxquels la prudence humaine est étrangère.

Ces lettres , où la bonté de René et son amour pour ses peuples se dévoilent à toutes les lignes , sont en général très courtes, d'un style simple et concis; le latin en est aisé, quelquefois élégant, mais souvent un peu recherché. La tournure des phrases et les inversions annoncent de la facilité et une longue habitude de la manière et du dialecte de la chancellerie romaine.

Aucun auteur, aucun écrivain ne les avait fait connaître, avant M. le chevalier Lautard, secrétaire perpétuel de l’Académie de Marseille, et l’un des hommes dont le caractère et la science honorent le plus sa ville natale. C’est lui qui le premier révéla leur existence et prouva leur anthenticité dans deux mémoires publiés en 1812 et 1816, dont sont extraites les réflexions qui précèdent.

Notre nom et nos travaux étaient inconnus du savant académicien, lorsque nous nous sommes adressé à lui, sans autre titre qu’un amour commun pour le bon roi de Sicile. Dire avec quelle bienveillance de cœur, M. Lautard s’est empressé d’accueillir toutes nos demandes, nous a communiqué son précieux dépôt, en a extrait lui-même les lettres, dont il nous a envoyé la savante et fidèle, traduction, nous serait impossible. Nous le prions seulement de recevoir ici l'hommage de notre respectueux attachement et de notre profonde reconnaissance.

M. Roux-Alphéran , ancien greffier en chef de la cour royale d'Aix, nous permettra aussi de lui offrir le même hommage. C’est à ce savant, laborieux et modeste , dont le désintéressement égale le dévouement et fa fidélité héréditaires , que nous devons un grand nombre de renseignements , et la copie du tableau de l'Adoration des Mages , attribué à René depuis un temps immémorial.

religieuses qu’il présidait , et surtout dans la célèbre procession de la Fête-Dieu à Aix , dont nous donnerons ailleurs une description fidèle 4.

Tandis que sous son sceptre paternel , ses états jouissaient d’une paix profonde , un événement imprévu, où son nom se trouve mêlé, plongeait la France entière dans l’étonnement et la stupeur. Louis XI, toujours en querelle avec Charles le Téméraire, était venu presque seul à Péronne, au milieu des Bourguignons, pour hâter par sa présence la conclusion de la paix. Le nouveau traité était près d’être signé, et les deux princes semblaient vivre dans une familiarité affectueuse , lorsque des courriers apportèrent au duc la nouvelle que les Liégeois , excités par les émissaires de Louis, avaient rompu la trêve, massacré leur évêque et les soldats laissés en garnison. Une furieuse colère s’éleva comme une tempête dans l’âme de Charles. Flottant pendant trois jours entre des résolutions extrêmes, maître de la personne du roi, de sa couronne et de sa vie, il marchait à grands pas, se jetait sur son lit, se relevait avec violence, et, de temps à autre, arrêtait ses regards sombres sur la vieille tour de Péronne, où Herbert de Vermandois avait tenu emprisonné pendant vingt ans l’infortuné Charles le Simple.

Prenant enfin une détermination plus digne de lui , il imposa au monarque les conditions les plus dures, les lui fit jurer sur la croix de Charlemagne , et le traîna au siège de Liège plutôt en captif qu’en allié. Une des clauses les plus humiliantes de ce traité, que nous croyons être restée jusqu’ici inconnue, obligeait Louis XI à sommer le roi de Sicile de prendre les armes contre lui-même, s’il venait à violer son serment.

« René, par la grâce de Dieu, Roy de Hierusalem, de Cecile, d’Arragon, de l’isle de Cecile, Valence, Maillorques, Cardaignes et Corseignes, duc d’Anjou, de Bar et conte de Barcelonne, de Prouvence, de Fourcalquier, dePimont, etc.

» A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut.

» De la partie de notre très chier et très amé cousin le duc de Bourgongne, nous ont esté présentées les lectres de monseigneur le Roy, desquelles la teneur s’ensuit:

r> Loys, par la grâce de Dieu, Roy de France, à nostre très chier et très amé oncle le Roy de Cecile duc d’Anjou , salut et dilection.

x Comme par la réunion de paix , d’amitié et concorde fait entre nous et nostre

' Quatrième volume des Œuvres complètes de René d'Anjou. TOME 1.

cxrv

très chier et très aîné frère et cousin le duc de Bourgongne , entre autres choses avons consenty et accordé que les princes de mon sang , telz que nostre dict frere et cousin vouldra nommer, jureront et promectront sur leur foy et honneur de entretenir et garder ladicte paix et tout le contenu es lectres d’icelle, sans riens faire ne souffrir faire au contraire; et qu’ilz chacun d’eulx assisteront et serviront nostre dict frère et cousin à l’encontre de nous, en leurs personnes, de toute leur puissance et de leur pays et subgetz, ou cas que par nous ou par autre de nostre sceu ou consentement ladicte paix soit enfrainte , ou contrevenu au contenu es lectres sur ce faictes; et que de ce ilz bailleront leurs lectres scellées en forme deue à nostre dict frère et cousin, sans delay, contredict ou difficulté. Et avons desclairé par lesdictes lectres de paix que ou cas de ladicte infraction , lesdicts princes seront et demourront quictes, absolz et exempts envers nous et noz successeurs de tous serniens, devoirs et services que par eulx et leurs dicts subgetz nous sont deuz; desquelz ou dict cas les avons quictés, absolz et exemptez, ainsi que ces choses appèrent plus à plain par lesdictes lectres d’icelui traictié de paix. Et il soit ainsi que nostre dict frere et cousin de Bourgongne nous ait desclairé et nommé vous et autres desdicts princes de nostre sang, desquelz il veult avoir les seurtés dessus desclairées; en nous requérant que nostre plaisir soit vous ordonner et commander de faire les serraens et promesses dessus dictes , et affin qu’il vous en appert octroier sur ce, de faire expedier noz lectres patentes en tel cas pertinent. Pour ce, est il que nous, ces choses considérées, voulant de nostre part entretenir et accomplir à nostre dict frère et cousin ce que promis lui avons parledict traictié de paix et user de bonne foy envers lui , avons consenty et consentons et par ces présentes vous mandons, ordonnons et enjoingnonsque à iceluy nostre frère et cousin de Bourgongne, ou à son certain commandement, vous baillez, expediezet faictes délivrer incontinent et sans delay ou difficulté vostre lectre et scelle en forme deue, par laquelle vous promectrez et jurerez sur vostre foy et honneur d’entretenir et garder ladicte paix et tout le contenu es lectres d’icelle, et que aucune chose ne sera par vous faicte, ne souffert faire au contraire, aussi que vous assisterez et servirez nostre dict frère et cousin à l’encontre de nous, en vostre personne, de toute vostre puissance et de voz pays et subgetz , ou cas que par nous ou par autre de nostre sceu ou consentement ladicte paix soit enfrainte ou contrevenu au contenu et lectres d’icelle comme devant est dict. Laquelle chose ne adviendra au plaisir nostre, et s’il advenoit, que Dieu ne veuille , nous voulons et desclairons des maintenant que ou dict casserez et demourez quictes, absolz et exemptz envers nous et noz successeurs de tous sermens, devoirs et services qui par vous et voz dicts subgetz nous sont deuz, et desquelz sermens, devoirs et services, nous, ou cas dessus dict, et non autrement, des maintenant pour lors, quictons , absolvons et exemptons vous et voz dicts subgetz par la teneur de ces lectres. En vous ordonnant et commandant que

sans tnesprendre envers nous et noz dicts successeurs, vous ou dict cas de infraction de nostre part, ou contrevenu au contenu desdictes lectres dudict traictié, servez nostre dict frère et cousin contre nous, comme dict est, car ainsi nous plaist et voulons estre fait. Et de ce faire vous donnons pouvoir, congié, licence et auctorité par ces dictes présentes.

» Donné à Peronne lexiin jour d’octobre l’an de grâce mil cccc soixante huit, et de nostre règne le huitième.

» Ainsi signé . par le Roy en son conseil ,

» J. Delalocre. »

« Savoir faisons que nous, desirans complaire à mon dict seigneur le Roy, et tousiours demourer en son obéissance comme tenuz sommes et raison est, avons par son commandement et ordonnance fait et promis, jurons et promectons, en parolle de Roy et sur nostre honneur, d’entretenir et garder ladicte paix et tout le contenu es lectres d’icelle paix sans riens faire ne souffrir faire de nostre part au contraire, et avec que assisterons et aiderons nostre dict cousin de toute nostre puissance de nos pays et subgetz, ou cas que par mon dict seigneur le Roy ou par autre de son sceu ou consentement, ladicte paix soit enfrainte ou contrevenu au contenu es lectres d’icelle paix. En tesmoin de ce nous avons signé ces présentes de nostre main et fait sceller de nostre scel.

» Donné en ma ville Saumur, le unzieme jour de may, l’an de grâce mil cccc soixante neuf *.

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