TOME I. o
CYI
phonse Y, cette belliqueuse principauté avait offert la couronne d’Aragon au fils de la reine Yolande. Ses députés s’étaient rendus à Angers, auprès du roi de Sicile; ils l’avaient supplié de se mettre à leur tête, et de venir à Barcelone prendre possession d’un trône mérité par ses vertus. René était trop âgé pour se bercer encore d’ambitieuses chimères. Il accueillit gracieusement les députés catalans, leur dit que sa vieillesse ne lui permettait point d’accepter leurs offres, mais qu’il leur enverrait, à sa place, son fils Jean d’Anjou et Ferry de Vaudemont (1467).
Le roi de Sicile, en faisant parvenir à Louis XI cette nouvelle importante , crut l’occasion favorable de lui rappeler de récents engagements. Une réponse évasive prouva qu’il avait à tort compté sur la foi royale. Louis 11’avait aucun intérêt à garder sa parole. Il se borna à des vœux stériles et à des secours sans importance, tout en prêtant douze cent mille écus au roi d Aragon , et lui retenant en gage le Roussillon et la Cerdagne. Le duc de Lorraine vit alors qu’il n’avait rien à attendre que de lui-même. Huit mille Angevins, Lorrains et Provençaux 1 répondirent à son appel; il traversa les Pyrénées à leur tête, et fit à Barcelone une entrée triomphale. Deux victoires près de Roses et de Villademar (i4b8) excitèrent jusqu’au délire l’enthousiasme des Catalans. Le jeune prince Ferdinand commandait les Aragonais à cette dernière bataille. Son cheval fut tué dans la mêlée, et il 11e dut la liberté qu’au dévouement d’un fidèle serviteur, qui mit pied à terre malgré ses blessures, pour sauver le fils de son roi.
Les hostilités continuèrent l’année suivante avec une extrême vigueur. Surpris a Peralta pendant une nuit obscure, don Juan s’enfuit jusqu’à Figuières sans vêtements, sans casque et sans épée. Les provinces de Gironneet de Tortose, Berguza, Palamos, le Lampourdan entier se soumirent au vainqueur (1469 et i47°)«
L’histoire a recueilli la lettre que le roi de Sicile adressait à Jean d’Anjou, à la nouvelle de ces succès; il lui rappelle d’abord, « que pour amplifier sa couronne et son nom, depuis sa première jeunesse et essais d’armes, il s’ estoit courageusement présenté à travaux et dangers innumérables ; qu’il avoit esté par deux fois en
' Au nombre îles chevaliers provençaux qui suivirent Jean d’Anjou dans cette expédition, nous trouvons Boniface de Castellane, nommé conseiller et chambellan de ce prince, en considération « de sa loyaulté prud'homale et aultres louables vertus, comme aussi de ses grants et fructueux services. »
La maison de Castel lane , longtemps souveraine de la ville de ce nom , est une des plus illustres de Provence. Inconstants, ambitieux et prodigues, turbulents et magnifiques, aimant avec passion la guerre, la poésie et les troubadours , les sires de Castellane. en jetant un grand éclat sur leur nom, servirent ou troublèrent alternativement leur patrie. Depuis su réunion à la France, peu de familles ont plus noblement payé leur dette au pays.