‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 33 sur 155 · CX XVI · texte numérisé non relu

CX XVI

désespérée. Il ne lui restait de tous ses états que la seule ville de Saarbourg. Son courage inébranlable était plus grand que ses revers , et il ne se laissait abattre ni par l’abandon de ses amis, ni par l’adversité.

Louis XI, en paix avec le duc de Bourgogne, favorisait secrètement les tentatives du jeune prince. Mais s’il désirait avec ardeur l’humiliation de son orgueilleux vassal, il n’oubliait pas que les états héréditaires du roi deSicile étaient, en partie, des apanages régis par la loi salique, et susceptibles de retour à la couronne de France. Il ne pouvait donc lui convenir de voir les alérions de Lorraine remplacer les fleurs de lys. Son opposition et ses menaces, la crainte d’une guerre de succession, le vœu des États, l’amour du bon roi pour son peuple, les conseils, les instances de Palamède de Forbin et de Jean de Mathéron, ses principaux ministres, tirent adopter cette importante décision i.

René, tranquille désormais sur l’avenir de la Provence, se consacra tout entier au bonheur de ses sujets. Ils étaient devenus ses enfants depuis qu’il avait perdu les siens; et leur attachement était la seule consolation qui ne lui fut pas enlevée. Il est dans la nature des nobles cœurs, battus par l’infortune, de conserver leurs douces affections; tandis que le malheur inspire aux âmes vulgaires un froid égoïsme, eux seuls calmes et sereins ressemblent à ces sources transparentes, dont rien n’altère la limpidité.

Chaque année, le bon roi réunissait à son palais d’Aix les Etats du comté. Là, comme un père au milieu de sa famille, il exposait avec une touchante simplicité la situation du pays. L’assemblée formulait ses vœux et votait des subsides. Ils n’étaient jamais que temporaires, et cessaient avec les besoins qui les avaient fait naître.

Souvent , malgré son grand âge, René était en voyage; sans gardes, sans armes et sans pompe, accompagné seulement de quelque sage serviteur, il se rendait à cheval aux extrémités de ses états. L’humble bastide d’un fidèle sujet était préférée aux palais des prélats et aux castels des hauts barons. 11 aimait à reconnaître gracieusement l’hospitalité qui lui était donnée. Mais le gage le plus cher qu’il pût laisser à son hôte était son portrait crayonné de sa main royale sur la muraille blanchie. Plusieurs familles d’Aix, d’Apt et d’Avignon ont longtemps conservé avec un respect religieux ce précieux souvenir. Quelquefois aussi René anoblissait

1 Testament de René ; premier volume, page 83.

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