RENÉ
Suit richement euluininé l’écusson des Bardelin.
Le dernier rejeton de cette fidèle famille , le général de Bardelin, ancien garde du corps du roi martyr, et Fuu des huit gardes qui accompagnèrent Louis XVIII en 1814 à son débarquement à Calais , est possesseur de ce titre.
1 Leurs honorables descendants n’ont pas cessé d'exercer à Marseille la même profession. Cette industrie parut alors si belle, qu’elle devint tout d’abord le partage de pauvres gentilshommes. En Normandie, quatre anciennes familles, qui prétendaient avoir pour souche quatre fils naturels de Guillaume le Conquérant , les Brossard , les Caqueray, les Vaillant et les Bongars en obtinrent le privilège exclusif. Entre autres motifs à l’appui de leur demande de concession , ils firent valoir qu’une profession qui présentait des dangers plus grands que ceux de la guerre, ne pouvait être exercée que par des hommes habitués aux armes. Le péril dans ces siècles batailleurs anoblissait les hommes et les choses.
Reconnaissants de la protection éclairée du bon roi , les frères Ferry fui avaient fait présent d'un grand verre à boire, dont la forme et la hauteur étaient celle d’un calice. La coupe pouvait contenir la pinte de Paris. Sur les parois intérieures , l’artiste avait peint un Christ sur la croix; la Madelainc était à scs pieds , et on lisait au bord du vase en caractères gothiques celte curieuse légende :
Qui bien beurra (boira),
Dieu voira ;
Qui beurra tout d’une haleine
Voira Dieu et la Magdeleine.
première en Provence l’art de fondre et de couler le verre. Il venait la visiter familièrement à la manufacture de Goult, située entre Apt et la Val-Sainte, donnait lui-même le dessin de vitraux « moult bien variolés , » et encourageait par son exemple et sa présence les artistes employés à les colorer.
A toutes les époques de sa vie, René avait cherché dans la peinture des consolations à ses malheurs. Captif dans la tour de Bar , il avait orné de portraits les ogives de sa prison ; à la mort d’Isabelle de Lorraine, nous le voyons choisir de mélancoliques allégories, images naïves des sentiments de son âme. Dans sa vieillesse, il retrace sur son tombeau la figure de la mort, comme l’emblème du néant de toutes les grandeurs humaines ; il peint les joies et les souffrances de l’église , la prédication de Marie Madeleine , l’adoration des Mages au berceau du Sauveur, et exprime sous les formes les plus suaves sa tendre piété pour la mère de Dieu *.
« Ce bon et dévot prince , dit Champier , qui aymoit les arts et les sciences , se délectoit fort en sculpture. » La gravure, l’architecture et les médailles , la musique, l’imprimerie encore au berceau, l’agriculture et l’industrie, tous les arts utiles durent à sa protection éclairée une partie de leurs progrès.
Aix était le séjour le plus habituel du bon roi. Il y habitait le palais de ses anciens comtes, qu’il avait agrandi et restauré « d’une merveilleuse façon. » Mais la plupart des cités de Provence avaient un vieux château destiné à lui servir de demeure momentanée. Saint-Cannat, Fréjus, Tarascon , Baux, Saint-Rémi, Arles, Martigues, Salon, Saint-Tropez et une foule d’autres villes recevaient chaque année ses visites. Il descendait à Apt chez Antoine d’Albertas, à Hyères chez Jacques Clapiers, ou bien chez les Fabri, à la Barben, antique manoir féodal , chez son conseiller le grand Palamède de Forbin ; à Aix il allait souvent surprendre Jean de Mathéron , son fidèle compère.
Aucun prince n’accorda d’aussi grands privilèges aux Marseillais. Il venait les voir fréquemment , et possédait dans leur ville deux beaux logis , et sous leurs murs une bastide. « Considérant, disait-il, leur sincère affection et leur constante fidélité , il se croyoit obligé de les traiter avec toute douceur. » Il leur permit de fixer eux-mêmes leurs impôts et les droits sur les marchandises , de les établir à temps ou à perpétuité selon leur bon plaisir. La franchise du port était presque complète. Les habitants ne payaient rien ; les étrangers n’étaient taxés qu’à 5 sols par ioo florins.
1 Voyez la note sur les tableaux attribués au Roi René, placée à la suite de cette biographie.