PAR SON PÈRE RENÉ, ROY DE JÉRUSALEM ET DE SICILE
René, par la grâce de Dieu , roy de Jérusalem , de Sicile , duc d’Anjou , de Calabre, de Bar et de Lorraine , comte de Provence, de Fourcalquier et de Piedmont.
A tous ceux qui ces présentes lettres verront, ou orront , salut.
Comme ja pieça feüe de louable mémoire notre très chiere et très amée sueur et compagne Isabelle , que Dieu absoille , duchesse et dame heritiere en son vivant des duchez , marchisié , pays et seigneurie de Lorraine , accause de feu de noble mémoire notre très chier seigneur Charles, jadis duc de Lorraine et marquis , son pere, dont Dieu ait l’ame ; et nous ayons été long-temps ensemble , et par long-temps conjoints par mariage ; durant lequel temps, pour plusieurs considérations à ce nous mouvans, et de nos pures voloutez, nous entresoyons fait donation mutuelle au survivant de nous, et entre autres choses nous et notre dite compagne, par icelle donation , fait don desdits duchié , princerie , marchisié , pays et seigneurie de Lorraine , et depuis n’aguerres, par la volonté et ordonnance de Notre Seigneur Jésus-Christ, ait icelle notre ditte compagne fini scs jours , et soit allée de vie à trépassemeut, et délaissé entre autres notre très cher et très amé premier et seul (ils d’elle et de nous, Jean, duc de Calabre; au moyen de ladite donnation, lesdits duchié, princerie, marchisié , pays et seigneurie de Lorraine, avec toutes les appartenances, nous doivent competer et appartenir, et nous soit loisible en faire et disposer en notre volonté.
Sçavoir faisons que nous considerans les bonnes meurs et grandes vertus, que par expérience et en maintes maniérés sçavons et connoissons être en la personne de notre dit Gis le duc de Calabre, ensemble les grands services, et bonnes et vrayes obéissances qu’il nous a toujours ou temps passé faites et rendues, et fait chacun jour de bien en mieux, comme enfant très naturel ;
Désirant parce, et par amour et affection paternelle, que nous avons aux accroissements en bien de ses vertus, houneur et état , et afin que mieux puissions connoître et voir le bon gouvernement que au plaisir Notre Seigneur entendons et espérons qu’il ait après notre décès en et sur nos royaumes , duchez et comtez , pays et seigneuries, et nos subjets d’iceux :
Pour ces causes, et autres à ce nous mouvans , et par especial , et pour ce que de droit de succession maternelle, icelles duchié, princerie, marchisié, pays et seigneurie de Lorraine devroient naturellement competer et appartenir à notre dit Gis , après le trespassement de notre dite compagne sa mère , selon la coutume observée de toute ancienneté oudit pays de Lorraine, si ce ne fut ladite donation mutuelle faite entre nous et elle, comme dit est, à celui notre dit Gis Jean, duc de Calabre , présent, avons donné , cédé , transporté , et délaissé réalement et de fait, et par ces présentes lettres donnons, cédons, transportons et délaissons pour luy et pour ses hoirs à toujours mais heriditablement les dessusdites duchié , princerie, marchisié , pays et seigneurie de Lorraine, avec toutes et chacunes leurs appartennances et dépendances , tant en souveraineté et de hauts hommages , comme de tous autres Gefs , hommages et domaines , gardes temporelles et de l’Église, et en tous autres droits et seigneuries et revenus quelconques , et nous en sommes du tout dénuez et dessai-
sis , et en avons envcsti et saisi , et mis en possession notre dit fils , et sesdils hoirs à toujours , ensemble de tout le droit , raison et action que y avons et pouvons avoir, tant pour le moyen de ladite donation , comme autrement , en quelconque maniéré que ce soit , sans rien retenir ne réserver pour nous, nos successeurs et ayans cause, soit d'aucun droit commun ou especial, pour joïr et faire doresnavant par notre dit fils, ses hoirs ou ayans cause, desdits duchié, princerie, marchisié, pays et seigneurie de Lorraine, et de toutes ses appartenances, en chef, et en membres, et de tous les droits, hauteurs, etsouverainetez, et noblesses, prérogatives, profits et émoluments d'iceux à leurs plaisirs et volonlez , comme de leur propre héritage a toujours mais, et avons voulu et consenti , voulons et consentons par cesdiles présentes , que doresnavant notre dit fils , ses hoirs ou ayans cause, puissent prendre et appréhender la saisine et possession desdits duchié, princerie, marchisié , pays et seigneurie de Lorraine , toute fois que leur plaira , et que bon leur semblera ; comme tre et ordonner gens au gouvernement d'iceux ; donner, conserver, et conférer les bénéfices et offices , desquels la présentation et collation luy appartiennent et competent à cause dudit duché; recevoir les foy et hommages de vassaux et subjets d'iceux pays; convoquer et assembler les États desdits pays et seigneuries ; retraire , racheter et recouvrer tous les membres , terres et seigneuries qui sont en gages , appartenant à ladite duchié et marchisié de Lorraine , tant d'héritages comme de censives, et gagieres, par quelque manière que ce soit , et faire toutes autres choses que vray duc et marchis de Lorraine heritier propriétaire en peut et doit faire ;
Voulans et consentans que cette présente donation vaille, tienne et sortisse son plain effet irrévocablement et solennellement faite entre les vifs , sans ce que jamais la puissions révoquer, casser, annuller, ny mettre empêchement , par raison d’ingratitude, ordonnance de testament , ne autrement , en maniéré que ce soit ; et avons promis pour nous et nos hoirs à notre dit fils et scs hoirs, de bonne foy et en parole de Roy, que contre ladite donation, renonciation et cession dessusdites, ne viendront par nous ne par d’autre, mais la tiendrons, et ferons tenir à toujours ferme et stable, sans contrevenir eu maniéré que ce soit ou puisse être ;
En outre mandons par ces mêmes présentes, à tous les prélats et geus d'Églisc , haults hommes , vassaux , féaux, bourgeois, communaultez et subjets desdits duchié, princerie, marchisié , seigneurie et pays de Lorraine , et de leurs appartenances , et chacun d'iceux comme à luy appartiendra , p resens et advenir , que doresnavant veuillent avoir, tenir et recevoir notre dit fils Jean, duc de Calabre, vray duc et marquis naturel et heritier dudit duchié et marchisié de Lorraine , et à luy et à ses hoirs et ayans cause, faire la foy et homnge, et serment de fidélité et obéissance qui y appartient ainsi et par la maniéré que étoient tenus de faire à nous, à vivant de feue nptre dite compagne sa mère; desquels serment, hommage, fidélité et obéissance que étoient tenus de faire, comme dit est, accause dudit duchié de Lorraine et ses appartenances , tenons iceux prélats et gens d’Églisc, haults hommes , vassaux , féaux , bourgeois , communaultez et subjets dudit duchié et de ses appartenances, quittes et déchargez par la teneur de ces présentes lettres.
Et afin que ce soit ferme et stable à toujours mais, nous avons signé ces présentes de notre main et a icelles fait mettre et apposer notre grand scel.
Donné en notre chastel d’Angers, le vingt-sixiesme jour de mars, l’an de grâce mil quatre cens cinquantedeux. Signé le reply, René ,
Et sur ledit reply: Par le Roy, en son grand conseil ,
Auquel le comte de Vaudemont , Ferry Monseigneur de Lorraine, Bernard Monseigneur de Bade , et le sire de Beauvau sénéchal d’Anjou, les sires de Precigné , de Loué et du Couldray, les juges et trésoriers d’Anjou , Me Jean Geoffroy, etc , avec plusieurs autres étoient. Signé, Tourneville.
Et scellé du scel dudit roy René en cire verte , pendant en un cordon de soye rouge , verte et bleue.