AUX DÉLÉGUÉS ET CONSEILLERS DE NOTRE PRINCIPAUTÉ DE CATALOGNE
Au château de notre ville d’Angers, le VIII février MCCCCLXVIII.
Respectables, nobles, magnifiques amis et sujets,
D’après les bons rapports qui nous ont été faits sur le compte de notre féal Sébastien Corçu, sur sa prudence et ses autres qualités, nous verrions avec plaisir qu’il fût placé, par vous, dans un de ces emplois pour lesquels il eût de la capacité; ainsi nous vous prions de vouloir, en temps et fieu, le regarder comme bien recommandé.
P. PlJlG.
1 Rcnc ne se contenta pas de cette lettre; il écrivit , dans le courant du même mois, aux députés généraux de Catalogue, pour leur recommander la même affaire , dont au reste nous ne connaissons pas l'issue.
LETTRE ni
Aü PAPE PAUL IL
A Tours, le XVIII février MCCCCLXVIII.
Très-Saint-Père ,
Quoique je me sois adressé déjà plusieurs fois à Votre Sainteté, sur le sujet de notre présente lettre, cependant comme un cœur, qui désire une chose et ne l’obtient pas, ne peut vivre dans le repos, c’est aussi le propre d’un esprit, constant dans ses affections , de ne mettre aucun terme à ses sollicitations , dès qu’elles ont une fois commencé , et c’est dans ce but que nous adressons celle-ci à Votre Sainteté. Le pieux et vénérable frère Ponce-André, abbé de Rinipollent, notre bien-aimé conseiller, en qui nous avons une confiance méritée, qui est doué de si précieuses qualités, et pour lequel nous avons écrit tant de fois à Votre Sainteté, que nous regardons comme chose superflue de lui rappeler son mérite et toute l’étendue de ses vertus; cet abbé est celui pour qui nous avons demandé et demandons encore , avec autant de constance et de chaleur que d’importunité peut-être , mais de raison et de justice , l’évêché , depuis longtemps vacant, de Rarcelone; et nous le sollicitons de telle manière qu’il soit impossible d’y mettre plus d’instance et d’humiüté, espérant que Votre Sainteté voudra bien satisfaire au vif intérêt que nous portons à notre protégé, comme aux éminentes vertus dont le ciel l’a orné.
Mais cette faveur doit souffrir peu de délais; car indépendamment des liens de reconnaissance par lesquels vos nouveaux bienfaits vont, de plus en plus, m’attacher à Votre Sainteté, vous ferez une grande et belle œuvre, en mettant un terme aux maux qui , dans ce moment, affligent la ville
1 Cette lettre est écrite en latin.
de Barcelone , à cause du pasteur provisoire et suspect qui la gouverne , inconvénient qui résulte de la vacance d’un siège aussi important , et qui fait le sujet de ma constante sollicitude: comme , d’ailleurs, j’ai, sous ma main, les moyens de m’opposer à ce désordre, je m’adresse humblement à Votre Sainteté, pour en tarir la source; mais aussi je la conjure de ne se laisser persuader par personne que je souffrirai le siège occupé par tout autre que par celui que je lui présente. Qu’ elle veuille donc peser ces raisons, écouter ma prière et se rendre à mes supplications; car le mal parle plus haut que ma parole, et l’éclair doit être moins prompt que la volonté d’en arrêter le cours. L’abhé de Rinipollent est d’une illustre origine, ses titres n’ajoutent rien à ses hautes vertus, mon affection le recommande, votre bonté fera le reste.
Que Dieu garde et protège votre personne '.
Votre humble et dévoué fils, le Roi d’Aragon, de Jérusalem et des Deux-Siciles,
René.
Par ordre du Roi ; Pierre Puig.