LETTRE X AU PAPE PAUL II
An châteaa de notre ville d’Angers, le XVI da mois d’août MCCCCLXVIII.
Très-Saint-Père ,
Je réfléchissois , ces jours derniers , que, par les soins de divers princes, plusieurs personnages avoient été promus au cardinalat, tandis qu’aucun de mes sujets n’a, par mes soins, obtenu cet honneur, comme si je n’en avois pas qui fussent également dignes de ce rang : je ne puis l’attribuer qu’aux malheurs des temps, la chose publique l’exigeoit, mais le besoin des temples, répandus dans mes domaines , m’impose la loi de m’adresser, à mon tour, à Votre Sainteté; pour le même objet; aussi lui avons-nous déjà écrit en faveur de notre révérend père en Jésus- Christ, l’archevêque d’Arles, notre conseiller intime, notre procurateur et orateur, que nous chérissons pour de grands et nombreux motifs : il est né d’une famille illustre, et il n’est pas moins recommandable par sa vie que par son esprit, sa science et ses mœurs, ainsi que nous l’avons déjà fait connoître à Sa Sainteté : il est versé, d’ailleurs, depuis long-temps, dans la connoissance des affaires de la cour de Rome, et fort exercé dans le maniement de celles qu’on lui confie. Il est constant, vigilant et fidèle ; et s’il faut s’en rapporter à des témoignages de personnes graves , il est bien vu de Votre Sainteté, de l’Église de Dieu et du Sacré Collège des cardinaux, ce qui le rend digne de cette haute distinction : c’est aussi ce qui nous engage à la solliciter pour lui , avec plus d’assurance. Très-Saint-Père, nous vous supplions donc très instamment, d’une manière telle qu’il nous soit impossible d’y mettre plus d’empressement et
' Cette lettre est écrite en latin.
de zèle, de l’élever à cette dignité, en temps opportun, et cela autant à cause de la bienveillance particulière que vous daignez me témoigner, et que je suis si jaloux de conserver, que pour ses grandes vertus et son mérite éminent. Inspirée par sa bénignité naturelle, si Sa Sainteté, comme nous le demandons et espérons, se rend à nos supplications, elle resserrera les liens qui nous unissent à elle, l’archevêque et moi; elle pourvoira aux exigences de l’Église et remplira glorieusement ses saintes fonctions. Nous avons beu d’espérer, si nos vœux s’accompbssent, qu’il en résultera non-seulement un grand bien et un précieux ornement pour le Saint-Siège apostolique et toute l’Éghse chrétienne, mais encore pour les fidèles qui paroissent dans l’attente d’un défenseur et d’un commun refuge; car plus un esprit, qui brille par sa vertu, est élevé en dignité, plus il est utile à ses semblables; et la clarté, qu’il répand, apparoît à tous les regards, comme une vive lumière....
Votre humble fils,
René.
Par mandement du Roi , mon maître ,
Puig.