‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 59 sur 155 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

Aü PAPE PAUL II.

Du château de notre ville d’Angers , le XVIII* jour de juillet l’an de 1a Nativité de N. S. MCCCCLXV III.

Très-Saint-Pére ,

Nous avons appris, depuis long-tems, que l’abbé du monastère Saint- Victor, de notre comté de Provence, vouloit résigner cette abbaye à un certain personnage que nous ne pouvons agréer. Comme cet acte seroit préjudiciable à notre état, il excite toute notre sollicitude; car le monastère de cette abbaye est situé sur un point qu’on peut appeler la clef du port de notre cité de Marseille; et du côté de la mer, il garde si bien les citadelles et les remparts qu’il seroit non-seulement imprudent, mais déraisonnable de confier ce poste à tout autre qu’à un homme parfaitement éprouvé. C’est pourquoi , Très-Saint-Père, nous vous supplions instamment de ne daigner accepter, à aucune condition, mais de rejeter complètement cette démission, si ce n’est en faveur de notre vénérable père en Jésus-Christ, l’évêque de Marseille, en qui nous avons une confiance sans bornes; car ce prélat nous est parfaitement connu, depuis son adolescence. fl a été presque élevé dans notre palais; dès l’instant que son mérite et ses rares vertus nous furent révélés, nous l’acceptâmes, avec joie, dans notre secrétairerie; il nous fut long-temps attaché, en qualité de secrétaire intime. Dans la suite, lorsque nous connûmes jusqu’où alloit son dévouement à notre personne , et son intégrité , et son zèle pour tous nos intérêts, et sa probité, nous lui confiâmes, sans hésiter, non-seulement ce qui étoit du ressort du secrétariat, mais encore, et jusqu’à ce jour, presque toutes les affaires, et celles qui nous touchent le plus.

1 Cette lettre est écrite en latin , comme toutes celles qui traitent des affaires d’église.

D’un autre côté, nous ne laisserons point ignorer à Votre Sainteté que le titulaire actuel paroît négliger les intérêts de cette abbaye; on dirait, en effet, que déjà beaucoup de ses dépendances sont menacées d’une prochaine destruction et sur le point de tomber en ruines.

C’est par ces motifs, Très-Saint-Père, que nous désirons ardemment, et pour vous et pour nous, qu’il soit efficacement remédié à cet état de choses et que la résignation de cette abbaye ait beu en faveur de l’évêque de Marseille ; car, dans le temps où nous sommes , il ne serait pas prudent de permettre quelle passât en d’autres mains que les siennes. Il est donc d’un haut intérêt pour Votre Sainteté, si cette abbaye .venoit à vaquer par résiliation ou de toute autre manière, qu’elle daigne et veuille en conférer le titre à l’évêque de Marseille , qui nous est si dévoué : nous l’en supplions de nouveau, soit par la considération et pour l’affection quelle nous porte, soit en faveur de ses vertus, et surtout pour les raisons déjà déduites. Ainsi Votre Sainteté satisfera complètement aux intérêts de l’église et aux nôtres qui , nous le répétons, éveillent toute notre sollicitude, et nous l’en remercierons comme d’une grâce spéciale. Nous espérons, avec confiance , que Votre Sainteté nous exaucera dans cette affaire, ainsi quelle a daigné le faire, avec tant de bonté, en d’autres circonstances.

Que Dieu garde votre auguste personne.

De Votre Sainteté,

le fils humble et soumis,

Par mandement du Roi , mon maître f Pierre Püig.

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