LETTRE XXV
A notre château d’Angers , le XXI du mois de février MCCCCLXXI.
René, etc.,
Aux lieutenant général , dans nos Royaume et terres d’Aragon, gouverneur, sous-gouverneur de notre principauté de Catalogne, viceamiral, capitaines généraux et autres capitaines de mer, quels qu’ils soient, aux capitaines, patrons, commis, sous-commis, commandants et marins des balancelles , caravelles , galéaces , galères , brigantins et de tous autres navires marchands ou armés en guerre , portant notre pavillon , gardes de mer et autres officiers ou personnes nous obéissant , auxquels ces présentes parviendront,
Salut et amour.
Vous saurez que nous avons accordé, comme nous accordons par les présentes, à notre féal et amé Antoine Romira, marchand de notre ville de Rarcelone, d’aller, ou de commettre quelqu’un pour aller, avec ses marchandises , excepté pourtant celles qui sont mentionnées dans les présentes, dans les ports du royaume de Sardaigne et de l’îlc de Sicile; déclarant d’abord audit lieutenant et à vous autres , par la teneur des présentes , et l’expression de notre volonté, qu’une condamnation de deux mille florins d’or d’Aragon sera portée contre celui d’entre vous qui s’opposera, de quelque manière que ce soit, en exigeant des droits, ou par des actes contraires, audit Antoine Romira, ou à celui qui agira en son nom, soit à Barcelone, soit dans d’autres lieux, allant auxdits ports de Sardaigne et de Sicile, ou à son retour.
Qu’on laisse donc naviguer librement , aller et venir ses bâtimens chargés de ses marchandises et autres objets lui appartenant, et cela
' Cette lettre est écrite en catalan.
pendant l’espace de dix-huit mois que durera la permission à lui accordée par ces présentes , à dater de ce jour ; et tous percepteurs de droits et autres autorités veilleront à ce qu’il ne soit fait aucune retenue sur leurs biens, aucun tort à leurs personnes ; à ce qu’on ne leur suscite ni embarras , ni difficultés ; d’un autre côté , ils veilleront à ce que ledit Antoine Romira , ou celui qui pourra le remplacer, n’emporte des terres de notre obéissance, auxdits ports de Sardaigne et de Sicile, ni or, ni argent, en vaisselle ou en hngot, ni en monnoie, ni approvisionnements, ni armes, ni salpêtre, goudron, poudre à canon ou à espingole; et surtout à ce qu’il ne transmette ni lettres, ni avis, ni traités contre notre État. Enfin ledit Romira, ou son remplaçant, ne devra avoir, en argent monnoyé, que ce qui sera nécessaire pour son voyage.
Gardez-vous de faire ou de laisser faire quoique ce soit de contraire à ce que le lieutenant général vous ordonnera, sous les peines portées plus haut, et prenez soin de mériter mes faveurs.
En témoignage de ce que dessus, nous avons ordonné que les présentes, signées de ma main , soient pourvues de notre sceau particulier.
René.
Par mandement du Roi , mon maître ,
Pierre Puig.