ACTE II , SCÈNE III
ÉRIC
D'une source certaine, d'une personne qui n'est que trop biou instruite , et que je ne puis vous nommer; mais vous pouvez me croire.
RATON
Je te crois, mon enfant; et, d'après les renseignements positifs que tu me donnes là , qu'est-ce qu'il faut faire ?
ÉRIC
L'ordre n'est pas encore signé , mais d'un instant à l'autre il peut l'être ; et ce qu'il y a de plus simple et de plus prudent , c'est de quitter sans bruit votre maison , de vous tenir caché pendant quelques jours...
MARTHE
Et où cela ?
ÉRIC
Hors de la ville , chez quelque ami.
RATON, vivement.
Chez Michelson , le marchand de draps... Ce n'est pas là qu'on ira me chercher... Un brave homme... inoffensif... qui ne se mêle do rien... que de son commerce.
MARTHE
Vous voyez donc bien qu'il est bon quelquefois de setmêler de son commerce !
ÉRIC , d'un air suppliant.
Eh! ma mère...
MARTHF,.
Tu as raison ! j'ai tort ; ne songeons qu'à son départ.
ÉRIC
H n'y a pas le moindre danger ; mais n'importe , mon père , je vous accompagnerai.
RATON
Non , il vaut mieux que tu restes ; car enfin, tantôt quand ils viendront et qu'ils ne me trouveront plus , s'il y avait du hruit , du tumulte, tu imposeras à ces gens-là, tu veilleras à la sûreté de nos magasins , et puis tu rassureras ta mère , qui est toute tremblante.
MARTHE
Oui , mon fils , reste avec moi.
ÉRIC
Gomme vous voudrez. (Apercevant Jean, qui descend l'escalier.) Et
au fait , il suffira de Jean pour accompagner mon père jusque chez Michelson. Jean , tu vas sortir,
Est-il possible ? quel bonheur ! Madame le permet ?
M\RTHE.
Sans doute ; tu sortiras avec ton maître.
JEAN
Oui , madame,
ÉRIC
Et lu ne le quitteras pas ?
JEAN
Oui , monsieur Éric.
RATON
Et surtout de la discrétion ; pas de bavardage , pas de curiosité.
JEAN
Oui, notre maître; il y a donc quelque chose?
RATON , à Jean , à demi-voix.
La cour et le ministère sont furieux contre moi ; on veut m'arrêter , m'incarcérer , m'emprisonner , peut-être pire...
JEAN
Ah bien , par exemple ! je voudrais bien voir cela ! Il y aurait un fameux bruit dans le quartier , et vous m'y verriez , notre maître; vous verriez quel tapage ; madame m'entendra crier.
RATON
Taisez-vous , Jean , vous êtes trop vif.
MARTHE
Vous êtes un tapageur.
Et du reste, ta bonne volonté sera inutile ; car il n'y aura rien.
JEAN, tristement et à part.
Il n'y aura rien... Tant pis ! moi qui espérais déjà du bruit et des carreaux cassés !
RATON , qui ])en(];int ce temps a embrasse sa femme et son fils. Adieu !... adieu!...
( 11 sort avec Jean par la porte du fond ; Marthe et trie l'ont reconduit jusqu'à la porte de la boutique , et le suivent encore quelque temps des yeux quand il est dans la nie. )