‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 101 sur 535 · MARTHE , ERIC · texte numérisé non relu

MARTHE , ERIC

MARTHK.

Tu m'assures que dans quelques jours nous le reverrons ?

ÉRIC

Oui , ma mère. Il y a quelqu'un qui daigne s'intéresser à nous , et qui , j'en suis sûr , emploiera son crédit à faire cesser les poursuites , et ci nous rendre mon père.

MARTIIK.

Que je serai heureuse alors, quand nous serons réunis , quand rien ne nous séparera plus !... Eh hion ! qu'as-tu donc ? d'où viennent cet air sombre et ces regards si tristes?

KRIC , avec embarras.

.Te crains... que pour moi du moins vos vœux ne se réalisent pas... Je serai bientôt obligé de vous quitter, et pour longtemps peut-être.

0 ciel!

ÉRIC, avec plus de fermeté.

Je voulais d'abord ne pas vous en prévenir, et vous épargner ce chagrin ; mais ce qui arrive aujourd'hui... Et puis, partir sans vous embrasser , c'était impossible , je n'en aurais jamais eu le courage.

MARTHE

Partir!... l'ai -je bien entendu! et pourquoi donc.!*

KRIC.

Je veux être militaire ; j'ai demandé une lieutenance.

MARTHE

Toi , mon Dieu ! et que t'ai-je donc fait pour me quitter, pour fuir la maison paternelle! Est-ce que nous l'avons rendu malheureux .^ est-ce que nous t'avons causé du chagrin.' Pardonne-lemoi, mon fils ; ce n'est pas ma faute , c'est sans le vouloir, et je réparerai mes torts.

ÉRIC

Vos torts!... vous qui êtes la meilleure et la plus tendre des mères.'... Non , je n'accuse que moi seul... Mais , voyez-vous, je ne peux rester en ces lieuv.

MARTHE

Et pourquoi? Y a-t-il quelque endroit , dans le monde, où l'on

t'aimera comme ici? Que le mnnque-l-i!? Vciix-tu briller dans le monde, éclipser les plus riches seigneurs? Nous le pouvons. (Lui donnant la clef. ) Tiens, liens , dispose de nos richesses, ton père y consent ; moi , je le le demande et je t'en remercierai , car c'est pour toi que nous amassons et que nous travaillons tous les jours; celte maison, ces magasins , c'est ton bien, cela t'appartient !

ÉKIC.

Ne parlez pas ainsi ; je n'en veux pas , je ne veux rien ; je ne suis pas digne de vos bontés. Si je vous disais que celte fortune, fruit de vos travaux, je suis tenté de la repousser; que cet élat, que vous exercez avec tant d'honneur et de probilé, cet état, dont j'étais fier autrefois, est aujourd'hui ce qui fait mon tourment et mon désespoir , ce qui s'oppose à mon bonheur , à ma vengeance, à tout ce que j'ai de passions dans le cœur!

MARTHE

Et comment cela, mon Dieu ?

ÉRIC

Ah ! je vous dirai tout ; ce secrel-là me pèse depuis longtemps , et à qui contier ses chagrins, si ce n'est à sa mère?... Mellant tout votre bonheur dans un fils qui vous a causé tant de peines , vous l'aviez fait élever avec trop de soin , trop de tendresse peut-être.

MARTHR.

Comme un seigneur, comme un pi ince ! Et s'il y avait eu quelque chose de mieux ou de plus cher, tu l'aurais eu.

ÉRIC

Vous n'avez pas alors voulu me laisser dans ce comptoir, où était ma vraie place ?

MARTHE

Ce n'est pas moi ! c'est ton père , qui t'a fait nommer secrétaire particulier de M. de Falkenskield.

ÉRIC

Pour mon malheur ; car, admis dans son intimilé , passant mes jours près de Christine, sa fille unique, mille occasions se présentaient de la voir , de l'entendre , de contempler ses Irails charmants , qui sont le moindre des trésors qu'on voit briller en elle... Ah ! si vous aviez pu l'apprécier chaque jour comme je l'ai fait , si vous l'aviez vue si séduisante à la fois de raison et de grâce , si simple et si modeste , qu'elle seule semblait ignorer son esprit et

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