‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 11 sur 535 · ACTE 1, SCÈ^■E V. là · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈ^■E V. là

POLIGNI.

Eh bien ?

EORBEVAL.

Eh bien ! nous ne l'aurons pas.

rOLlGXI.

Ah, mon Dieu 1

DORBEVAL.

J'ai du crédit à la banque , mais peu au ministère; et plus j'y pense , plus je suis enchanté que nous n'ayons pas réussi.

poLicrii.

Vraiment !

DORBEVAL.

Je le parle dans ton intérêt. Comment peut-on courir la carrière administrative? rien de certain, rien de positif : des appointements ne sont pas des renies. Un négociant qui fait faillite n'est souvent pas ruiné pour cela : au contraire ; mais un préfet qui n'est plus préfet , qu'est-ce que c'est ?

rOLIGM.

C'est vrai ; mais quel parti prendre.'

EOKBF.VAL.

Rester libre , indépendant. J'avais déjà réfléchi à ta position , et n'avais pas attendu pour cela le service que tu m'as rendu ; mais maintenant à plus forte raison. Oui , mon ami, j'y suis engagé d'honneur ; c'est à moi de songer à ta fortune , à ton avancement, et j'ai deux partis à te proposer. Le premier, c'est de faire valoir tes fonds , et je m'en charge.

POLIGNI, avec embarras.

Mais pour faire valoir ses fonds , il faut en avoir.

DORBEVAL.

Je sais bien que tu n'es pas comme moi, que tu n'as pas des millions! Mais lu es riche, tu es à ton aise , tu mènes dans le monde une belle existence , et quand le diable y serait , tu as bien cent mille écus ! Qu'est-ce qui n'a pas cent mille écus ?

POLIGNI, embarrassé.

Mais moi... par exemple.

DORBEVAL.

Est-ce que tu n'aurais que deux cent mille francs?

POLIGNI , à part.

Quelle humiliation ! (Haut.) Je ne sais comment te l'avouer, mais avec toi, qui es mon ami et qui ne me trahira pas, je suis obligé de convenir que je n'ai pas même deax cent mille francs.

i4 LE MARIAGE D'ARGEXT.

DORBEVAL, d'un air de compassion.

Pas même deux cent mille francs 1 Ce pauvre Poligni ! ( Lui prenant la main. ) Je n'en (lirai rien , mon ami, et cela restera là , tu peux en être sur ! Mais alors il faut prendre l'autre parti , il faut te faire agent de change.

POLIGNI.

Y penses-tu? des charges dont le prix est énorme !

DORBEVAL.

Le moment est excellent : elles sont diminuées de beaucoup ; elles ne valent plus que huit cent mille francs , et elles baisseront encore.

POLIGiSI.

Mais comment veux-tu... ?

DORBEVAL,

Il ne faut pas que lu paraisses là-dedans. Tu me feras tantôt ta procuration bien en règle ; et moi , qui suis à même de savoir tout ce qui se passe, je saisirai la première occasion. Il y en a qui veulent vendre , je le sais, et demain , après-demain , d'un instant à l'autre, cela peut être terminé.

POLIGM.

Mais réfléchis donc ? huit cent mille francs ! Gomment veux-tu que je les paye .'

DORBEVAL.

Tu feras comme tout le monde : tu feras un beau mariage. Voilà maintenant comme on achète une charge : celles d'avoué , de notaire , ne se payent pas autrement, et je n'aurais rien fait pour toi si , en te conseillant une pareille acquisition , je ne te donnais pas les moyens de lapaj^er. Je ne te proposerai pas de t'avancer les fonds , parce qu'il faudrait toujours que tu me les rendisses, et que cela reviendrait au même; mais je te proposerai un fort beau parti, une jeune héritière fort agréable. Je ne te dis pas que ce soit une beauté...

POLIGM.

J'entends : elle est laide à faire peur.

DORBEVAL.

Du tout ! elle a cinq cent mille francs , et je réponds d'avance de son consentement, car il dépend de moi.

POLIGNI.

Comment ?

DORBEVAL.

Oui, mon cher, c'est Hermance, ma petite cousine et ma pu-

Page 1