‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 14 sur 535 · ACTE I, SCÈNE VI. I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI. I

DORBEVAL.

Il faul te prononcer : oui ou non.

POIIGM.

Eh, morbleu ! laisse-moi! fais ce que tu voudras.

DOr.BEV.VL.

Enfin !... Ce n'est pas sans peine. Voici ma femme et ma jeune pupille.

SCÈ.^E VI.

LES précédents; madame DORBEVAL, HERMANCE.

( Elles arrivent de l'apparteraent de Dorbeval, à droite du fond. ) DORBEVAL.

Arrivez , mesdames , nous avons de grands projets pour ce malin; venez donner votre voix, car nous délibérons.

MADAME DORBEVAL, saluant.

Monsieur Poligni !

HERMANCE, de mcine.

Mon danseur d'hier au soir !

DORBEVAL.

Quand je dis que nous délibérons,... c'est-à-dire que j'ai décidé. Nous irons au salon... C'est aujourd'hui samedi, un jour comme il faut : le jour où tout le monde y va,... pour éviter la foule. De là, nous irons au bois. Ces dames essayeront ma nouvelle calèche, et nous, mes chevaux anglais ; car Poligni nous reste , il nous accompagne.

HERMANCE

L'aimable tuteur ! il n'annonce jamais que de bonnes nouvelles. Cela se trouve d'autant mieux que j'ai un nouveau chapeau de Céliane; oui, ma cousine, j'ai quitté votre marchande de modes; avec elle rien de surprenant, rien d'inattendu : pas une pensée originale.

POLIGiNI , riant.

Il est si difficile de trouver des idées neuves !

HERMANCE

Surfout en chapeaux !

DORBEVAL, à sa femme.

Vous voyez , chère amie, que vous n'êtes pas prête; tâchez de ne pas nous faire attendre , et surtout , je vous en prie , de ne pas affecter comme hier celte simplicité de mise et de toilette qui me

fait tort. Je ne vous refuse rien pour vos dépenses ; mais ayez au moins la bonté d'en faire. Faites-moi le plaisir d'être heureuse : si ce n'est pour vous , que ce soit pour moi !

MADAME DORBEVAL, douccraCDt.

Aujourd'hui, monsieur, vous ne vous plaindrez pas de moi : je vous demanderai la permission de ne pas vous accompagner...

DOKBEVAL.

Y pensez-vous ?

MXDAME n^BEVAL.

Par goût, j'aime mieux rester.

DORBEVAL.

J'en suis bien fâché, chère amie; mais je vous ai acheté une calèche de six mille francs, je veux qu'on la voie.

J'avais des motifs qui me faisaient désirer de rester chez moi; mais puisque vous l'exigez...

POLIGNl.

L'exiger !... Ah ! ce n'est pas , j'en suis sûr, l'intention de Uorbeval.

DORBEVAL.

Non, sans doute. (A sy femme.) N'aliez-vous pas, aux yeux de mes amis , me faire passer pour un despote , un tyran ■' Vous savez bien que je n'exige jamais , et que vous êtes la maîtresse.

HERMAXCE , allant à la table de droite et feuilletant un album.

Monsieur Poligni , venez donc voir.

DOKBEVAL , ajijielant.

Dubois ! mes gants , mon chapeau ! et qu'on attelle à l'instant. Nous n'irons qu'au salon , ce qui est fort désagréable... (S'appro-

cbantde madame Dorbcval pendant que Poligni et Hermance causent à voix basse à l'autre extrémiic du salon.) Mais puis-je savoir, au moins , sans indiscrétion ni jalousie , quel est le motif si important qui vous retient ici ?

MADAME DOr.BEVAL.

Une amie intime, une amie d'enfance, qui était en pays étranger, et qui , après trois ans d'absence, revient demain à Paris; voilà pouiquoi je désirais me trouver ici à son arrivée.

DORBEVAL, mettant SCS gauls.

C'est juste ! .Te ne dis plus rien , surtout si elle est jolie , parce que la sensibilité,... l'amitié,... nous coimaissons cela , n'est-ce

ACTK II, SCÈNIi I. 19

pas , Poligni? Eh bien ! Hcrmance ! est-ce qu'ils ne m'entendent pas?

(Il va|)rcs d'eux.) HEIIMANCE, sortant do sa conversation avec Pollsiii.

Pardon! nous causions de beaux-arts , de peinture; et en me parlant du salon, monsieur me l'avait fait oublier.

l'OLir.Ni , vivement.

Quoi ! je serais assez heureux... !

nORBEVAL.

Assez heureux!... je te dis que tu l'es trop. Allons , donne-lui la main, et partons; moi, je suis le surveillant, le tuteur, c'est mon emploi ! ( A madame Doibeval. ) Adieu , chère amie , je vous laisse dans les expansions du sentiment. Je vais au salon , de là à la Bourse , m'occuper de mes intérêts et de ceux de Poligni , et j'aurai mené de front , dans ce jour, les affaires , les plaisirs , l'argent et l'amitié.

(Poligni, Hermance et Dorbcval sortent |i;ir la porte du fond; madame Dorbcval rentre à gauche dans son appartement. )

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