ACTE IV, SCÈNE II
L\ REINE
Il n'est plus question de cela. Vous savez ce qui arrive ?
n\TO\.
Eh non ! vraiment ! je ne suis pas sorti de chez moi; par un hasard que nous ne pouvons comprendre , j'étais sous clef.
MAKTHE.
Et il y serait encore sans un avis secret que j'ai reçu.
LA EEINE , vivement.
N'importe... Je vous ai fait venir, Burkenstaff, parce que j'ai besoin de vos conseils et de votre appui...
RATON
Est-il possible! (A. Marthe.) Tu l'entends.
LA REINE
C'est le moment d'employer votre influence, de vous montrer enfin.
• RATON
Vous croyez?
MARTHE
Et moi , n'en déplaise à votre majesté , je crois que c'est le moment de rester tranquille ; il n'a déjà été que trop question de lui.
RATON, à voix iiaulc.
Te tairaS-tuP (La reine lui fait signe de se modérer, et va regarder au fond si on ne peut les entendre. Pendant ce temps Raton continue à demivoix en s'adressant à sa femme.) Vouloir nuire à mou avancement, à ma fortune !
MARTHE , à demi-voix à son mari.
Une jolie fortune! nos meubles brisés, nos marchandises au pillage , six heures de prison dans une cave !
RATON , liors de lui.
Ma femme ! j'en demande pardon à votre majesté. (A part.) Si j'avais su , je me serais bien gardé de l'amener. ( Haut. ) Qu'exigez-vous de moi.^
LA REINE
Que vous unissiez vos efforts aux miens pour sauver notre pays qu'on opprime et le rendre à la liberté !
RATON
Dieu merci! on me connaît; il n'y a rien que je ne fasse pour le pays et pour la liberté.
MARTHE
Et pour être nommé bourgmestre; car c'est là ce que tu désires maintenant.
RATON
Ce que je désire , c'est que vous vous taisiez , ou sinon...
LA REINE , à Raton, pour le modérer.
Silence...
RATON , à demî-voix.
Parlez , madame ; parlez vite !
LA REINE
KoUer, un des nôtres , vous avait instruit de nos projets d'hier ?
RATON
Du tout.
LA REINE
Ce n'est pas possible ! et cela m'étonne à un point...
RATON , avec impatience.
Moi aussi;... car enlin , et puisque M. Koller est un des nôtres, il me semble que j'étais le premier avec qui l'on devait s'entendre.
LA REINE
Surtout depuis l'arrestation de votre fils.
MARTHE , poussant un cri.
Arrêté ! dites- vous? mou fils est arrêté !
RATON
On a osé arrêter mon fils !
LA REINE
Quoi! ne le savez-vous pas?... accusé de conspiration , il y va de ses jours , et voilà pourquoi je vous ai fait venir.
MARTHE, courant à elle.
C'est bien différent! et si j'avais su... Pardon, madame,... pardonnez-moi... (l'ieurant.) Mon flls,mon pauvre enfant ! (A Raton, avec chaleur. ) La reine a raison , il faut le sauver, il faut le délivrer.
Certainement ; il faut soulever le quartier, soulever la ville entière.
MARTHE, qui a remonté le théâtre de quelques pas, revient près de lui.
Et vous restez là tranquille ; vous n'êtes pas déjà au milieu de nos amis, de nos voisins, de nos ouvriers, pour les appeler comme hier à la révolte !
LA REINE
C'est tout ce que je vous demande.
RATON
J'entends bien; mais encore faut-il délibérer.