ACTE IV, SCÈNE XII
RANTZVU.
Je n'en suis plus, j'ai donné ma démission.
KOLLER, avec étonnement et à part.
Sa démission !... l'aulre parti va donc mal ! ( Haut.) Je ne m'attendais pas à un pareil événement , pas plus qu'à l'ordre inconcevable que je reçois à l'instant.
RANTZAU
Unordre !... etde qui ?
KOLLER , à (letni-voix.
Du roi.
RANTZAU
Pas possible !
KOLLER
Au moment où , d'après l'ordre du conseil , je me rendais ici pour arrêter la reine-mère, le roi, qui ne se mêlait plus, depuis longtemps, ni du gouvernement ni des affaires de l'État, le roi, qui semblait avoir résigné toute son autorité entre les mains du premier ministre , m'ordonne , à moi KoUer , son fidèle serviteur , d'arrêter ce soir mêmeMalhilde et Slrucnsée.
KANTZAU, froidement et après avoir regardé l'acte.
C'est bien la signature de notre seul et légitime souverain , Christian VII , roi de Danemark.
KOLLER
Qu'en pensez-vous .'
RANTZAU
C'est ce que j'allais vous demander; car ce n'est pas à moi, c'est à vous que l'ordre est adressé.
KOLLER , avec inquiétude.
Sans doute ; mais , forcé d'obéir au roi ou au conseil de régence, que feriez-vous à ma place .^
RANTZAU
Ce que je ferais!... D'abord, je ne demanderais pas de conseils.
KOLLER
Vous agiriez; mais dans quel sens.'
RANTZAU , froidement.
Cela vous regarde. Comme en toute affaire votre intérêt seul vous détermine , pesez , calculez , et voyez lequel des deux partis vous offre le plus d'avantage.
KOLLER
Monsieur...
C'est là , je pense , ce que vous me demandez , et je vous engagerai d'abord à lire attentivement la suscription de celte lettre; il y a là : Au général Koller.
KOLLER, à part.
Au général!... ce titre qu'on m'a toujours refusé. (Haut.) Moi, général !
RANTZAU , avec dignité.
C'est justice : un roi récompense ceux qui le servent , comme il punit ceux qui lui désobéissent.
KOLLER, lentement et le regardant.
Pour récompenser ou punir il faut du pouvoir ; en a-t-il ? RANTZAU, de même.
Qui vous a remis cet ordre ?
KOLLER
Raton Burkenstaff , chef du peuple.
RANTZAU
Cela prouverait qu'il y a dans le peuple un parti prêt à éclater et H vous seconder.
KOLLER, vivement.
Votre excellence peut-elle me l'assurer ?
RANTZAU, froidement.
Je n'ai rien à vous dire ; vous n'êtes pas mon ami , je né suis pas le vôtre ; je n'ai pas besoin de travailler à voire fortune.
KOLLER
Je comprends. (Après un instant de silence, et se rapprochant de
Rantzau.) En sujet fidèle, je voudrais obéir aux ordres du roi... C'est mon devoir d'abord; mais les moyens d'exécution...
RANTZAU , lentement.
Sont faciles... La garde du palais vous est confiée, et vous commandez seul aux soldats qui y sont renfermés.
KOLLER , avec incertitude.
D'accord ; mais si l'on échoue.. .
RANTZAU, négligemment.
Eh bien ! que peut-il arriver ?
KOLLER
Que demain Struensée me fera pendre ou fusiller. .
RANTZAU , se retournant vers lui avec fermeté.
N'est-ce que cela qui vous arrête.^