‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 179 sur 535 · ACTE I, SCÈN^E I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈN^E I

de rester fille !... Toi une vieille fille!... .l'ai si souvent rêvé ;i Ion mariage, qui m'occupe sans cesse, à ce gendre que je n'ai pas encore trouvé et que j'aime déjà , à mes petits-enfants à qui je serais si heureux d'obéir aussi... sans te faire de tort cependant... El puis , Marguerite, à ton âge on ne réfléchit guère , et tu n'as jamais pensé que nous n'étions pas riches,... que même nous sommes pauvres !

MAROUERITE.

Et en quoi donc.^ Que nous manque-t-il dans notre ménage.^ qu'avons-nous à désirer?

NEIBOROIj'G , se levant.

Pour moi , je n'ai pas d'ambition , tu le sais bien; mais j'en ai pour loi. Tous ceux avec qui j'ai été élevé , tous mes camarades de l'université de Cambridge , ont fait fortune dans le monde : ce sont maintenant de riches négociants, des lords, des généraux , des ministres; moi, je suis resté médecin dans la petite ville où était né mon père : j'ai vieilli au milieu de ses habitants , ne leur servant pas à grand'chose , si ce n'est à les faire vivre le plus longtemps possible, jusqu'au moment où tu es devenue grande , où il a fallu s'occuper de ton éducation ; alors et depuis cinq ans je suis venu m'établir à Londres , dans ce quartier retiré où je me suis fait une petite clientèle... dans les étages élevés , des ouvriers, des étudiants, de pauvres officiers,... des braves -gens qui ont été mes malades et qui sont restés mes amis ;... car , vois-tu , le cinquième étage, ça aime bien , mais ça paye mal ; ce qui fait, mon enfant, que pour l'amasser une dot, il a fallu recourir à ma plume et composer de temps en temps quelques brochures politiques qui. Dieu merci, se vendent assez bien. Mais si d'un jour à l'autre j'allais rejoindre ta pauvre mère, sijevenais àmourir...

MARGUERITE, lui mettant la main sur la bouche.

Ah!... voilà à quoi je n'avais jamais pensé... ( D'un air fàclié, ) El pourquoi me dites-vous cela?

NEUBOROLG.

MARCEERITE , pleurant.

C'est la première fois que vous me faites du chagrin , et jamais je ne vous ai vu si méchant... Aller songer à mourir... maintenant...

NEUBOROu; , cherchant à l'apaiser.

Eh bien!... Non,... non,... ne me gronde pas;... je ne mourrai pas!...

MARGUERITE

A la bonne heure!... qu'est-ce que c'est donc que des idées pareilles ?

NEUBOROUG.

C'est ta faute aussi!... malgré moi je me laisse aller à la tristesse...

MARGUERITE

Quand donc ?

NEUBOROUG.

Quand je te vois triste. Tu l'étais dernièrement , et je me disais : Qui peut la tourmenter ? ce n'est pas moi; il y a donc quelque secret qu'elle me cache , quelque peine de cœur...

MARGUERITE

Moi!...

NEUBOROUG.

Dame ! à ton âge , ce serait tout naturel !... tu leiaisbien, mon enfant , tu aurais raison ;... mais dans ce cas-là il faudrait me le dire,... car je ne le devinerais pas.

Oh! certainement... je vous le dirais... si ça venait et si j'en étais bien sûre,,., mais vraiment, mon père, je ne crois pas.

NEUBOROUG.

Je me suis donc trompé?

MARGUERITE

Sans doute.

NEUBOROUG , l'roideiuent.

Ça ne m'étonne pas : nous autres médecins , ça nous arrive souvent... Ainsi pour ce pauvre Thomas Kinston, le résultat de notre conférence est que...

MARGUERITE, d'un air caressant.

Il ne faut plus y penser.

NEUBOROUG , avec bonhomie.

A la bonne heure ; n'y pensons plus. Et qu'est-ce que je lui dirai en le refusant .\..

MARGUERITE

Tout ce que vous voudrez.

( Entre iiu domestique qui apporte sur un piateau^tout ce qu'il faut pour

le thé. )

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