ACTE I, SCÈNE II
bonheur pour accepter de pareilles fonctions ? Dans mon élat de docteur, je suis estime, considéré;... je ne m'en tire pas trop mal... A la Chambre, cane serait plus oa. Il faut là qu'un député ait du talent, de l'esprit argent comptant.
MARGUERITE
Bah!... souvent la Chambre fait crédit!
NEL'BOROL'G.
Et moi je n'en veux pas ! Docteur, je peux impunément être l'ami de tout le monde; député, il faudra me prononcer, prendre une couleur politique, et tous les gens qui crient : liberté de conscience , tomberont sur moi dés que je ne serai plus de leur avis; bafoué par eux, tourné en ridicule, je n'aurai plus ni mérite ni probité ; je n'aurai plus même de talent comme médecin, et en revanche, qu'y aurai-je gagné? d'être appelé : L'honorable membre,... moi que vingt journaux déshonoreront chaque jour!... Et pendant que je serai à la Chambre, que deviendront mes malades ? que deviendra ma fdle.' qui songera à sa dot, et qu'y aurai-je ajouté.' la gloire d'avoir représenté un faubourg de Londres!... Votre serviteur !. .. La gloire est une belle chose,... le bonheur vaut mieux, et je reste chez moi !
HENRI, souriant.
Vous parlez là, mon cher docteur, comme un publicisle fort original, que je lisais ce matin, et qui, sous le voile de l'anonyme-, fait grand bruit en ce moment, l'auleur des Lettres irlandaises, qui depuis un an a reparu dans la carrière politique.
MARGUERITE
Vraiment.'
HENRI
L'ouvrage le plus remarquable que l'on ait publié depuis longtemps, et dans lequel, sous l'air simple et bonhomme d'un fermier irlandais, l'auteur se moque fort spirituellement de toutes les opinions : mais lui n'en a aucune ; il se tient comme vous à distance , il se fait gloire de n'être rien; et si tout le monde parlait ainsi, mon cher docteur, que deviendrait le pays?... qui réclamerait ses droits? qui défendrait sa liberté?...
Craignez-vous que les places ne restent vacantes ? et croyez-vous qu'il raanquerajamais d'ambitieux? Demandez à votre oncle,... demandez à Walpole!
MARGUERITE, voulant le faire taire.
Mon père !
HENRI, avec fierté.
Walpole! quelles que soient les calomnies auxquelles il est en butte, Walpole a depuis trente ans bien servi l'Angleterre... Je ne défends pas ici un parent que je regarde comme mon second père, je ne parle pas de l'homme privé, il me serait trop facile de prouver les vertus qui honorent sa vie intérieure; mais je parle de l'homme d'État, du ministre. N'a-t-il passons deux règnes, et d'une main inébranlable, tenu le gouvernail, maintenu les partis, comprimé les factions ? Et si vous ne lui tenez aucun compte de la paix dont nous jouissons depuis vingt ans, de l'industrie qu'il a ranimée , de nos pavillons qui flottent sur toutes les mers, de la dette nationale qu'il a éteinte,... vous conviendrez du moins, vous qui tout à l'heure trembliez à l'idée seule de nos orages parlementaires, qu'il y a quelque courage à ne reculer devant aucun danger, aucune haine, à braver l'injure et la calomnie, et à se dire en pensant au jour de la justice : J'attendrai !
NEUBOROUG.
C'est-à-dire que son impopularité, que la haine qu'on lui porte, que les reproches qu'on lui adresse, tout cela est un mérite de plus à vos yeux , et que, quoi qu'il fasse, vous le défendez d'avance...
HENRI
Je n'ai pas dit cela ! Hier encore, et ce n'est pus la première fois, j'ai parlé contre lui à la Chambre des lords, j'ai voté contre son bill.
Vous ! parler contre Walpole !
HENRI
Contre lui,... contre le monde entier, si ma conscience et mon opinion me le conseillent.
NEUBOROUG.
Me suis-je donc trompé? et quel est votre parti? étes-vous whig ou tory ?... Êtes-vous pour le peuple ou pour la cour?
HENRI
Je suis pour l'Angleterre; je suis de ceux qui disent : La patrie avant tout ! Dans un gouvernement tel que le nôtre, il n'est pas donné à tout le monde, je le sais, de briller à la tribune ou de se distinguer par ses écrits ; mais tout le monde peut être bon citoyen et en remplir les devoirs. C'est à ce seul mérite que se borne