‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 184 sur 535 · ACTE I, SCENE IT. 9AI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IT. 9AI

mon ambition. Je ne courtise ni la puissance royale ni la faveur populaire ; fidèle à mon pays et à ses lois, que j'ai jurées, je les défendrai contre quiconque voudrait y porter atteinte; et que l'outrage vienne d'en haut ou d'en bas, qu'il parte du palais Saint- James ou des faubours de Londres,... que celui qui veut nous opprimer se nomme roi ou se nomme peuple, je me lève contre lui; car, avant tout, mon pays et sa liberté !

NEUBOROIG.

Touchez là! je suis désormais de votre parti...

HEXni.

Et alors vous acceptez...

NECBOKOUG.

Non,... non, pour d'autres raisons encore...; car sur ce terrainlà, voyez-vous, il faudrait se retrouver en présence de Walpole, et ami ou ennemi,... je ne veux plus le voir,... je l'ai juré.

HENRI

11 est moins fier que vous,... car l'autre jour, en lui demandant cette place pour sir Thomas Kinston, il a bien fallu lui dire que c'était votre cousin.... Et à votre nom il a tressailli comme un homme qui sort d'un long sommeil... « Mon vieux camarade Neuboroug, s'est-il écrié,... il vient d'arriver, il esta londres.^ — Oui, mon oncle, depuis cinq ans. — Pas possible!... Je sais bien, a-l-il ajouté, qu'il y est venu à peu près à cette époque-là,... à telles enseignes, qu'il y avait alors une place vacante... » En achevant ces mots, il sonne vivement son secrétaire. « Ne vous ai-je pas désigne il y a longtemps, comme recteur à l'université d'Oxford, Williams Neuboroug, mon ami d'enfance.^ — Oui, mylord, c'était bien votre intention, mais la place a été donnée à votre ennemi mortel lord Stanhope... » A ce mot, Walpole a rougi,... ses nerfs se sont contractés,... et, me prenant la main, il m'a dit à voix basse et d'un air honteux : « C'est vrai, je me le rappelle maintenant... J'avais alors besoin, pour faire passer un bill, de cinq ou six voix à la Chambre... Stanhope est venu ce jour-là,... me lésa offertes à ce prix ;... je ne pensais qu'à mon bill,... je n'ai plus pensé à Neuboroug; et depuis, je l'avoue, tant d'événements se sont succédé, que celui-là est tout à fait sorti de ma mémoire... »

NEUBOROUG.

Croyez donc à l'amitié d'un ministre ! Pour cinq voix sacrifier un ami! Mais pour dix il le ferait pendre !

HENRI

Attendez,... je n'ai pas fini!... Je lui ai raconté alors ce que je lui avais caché jusque-là... sur mon duel, sur ma blessure, sur les soins que vous m'avez prodigués,.. Il était ému, des larmes roulaient dans ses yeux...

NEUnOROUG.

11 a pleuré, lui,... Robert Walpole?...

Puisque milordledit!

HENRI

Et quand je lui ai parlé de vos talents,... il s'est écrié : « Cela ne m'étonne pas... Sais-tu que sous son air modeste, Ncuboroug est le médecin le plus instruit de l'Angleterre; que c'est le seul au monde en qui j'aurais une aveugle confiance?... »

MARGUERITE, avec joie.

Le ministre a dit cela!...

NEUBOUOUG , avec ironie.

Il est bien bon!...

HENRI

Puis il s'est promené d'un air agité,... puis il est revenu à moi, m'a pris les mains , et m'a dit : « Mon ancien ami doit m'en vouloir,... n'importe; Henri, arrange cela,... amène-le-moi,... je veux le voir;... il faut que je le voie... »

MARGUERITE

Est-il possible!...

HENRI

Et vous ne voudrez pas me faire échouer dans ma négociation ?

NEUBOROUG.

Si vraiment!

MARGUERITE , avec crainte.

Vous n'irez pas ?

NEUBOROUG.

Plutôt mourir ! Croil-il qu'un mot de lui suffise pour tout réparer ?... Savez-vous de quelle date est sa dernière lettre?... de dix ans ! Oui, milord, pendant dix ans on oublie un ami ; les grandeurs qui vous enivrent ne vous laissent pas le temps de lui donner un souvenir ; et puis un beau jour, le hasard, une idée, un caprice , le ramènent à vous , et il faut qu'on revienne à lui ? Non , morbleu! Mon amitié perdue ne se rend pas ainsi ; elle n'obéit pas à une ordonnance ministérielle ; et parce que dans son adminis-

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