‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 190 sur 535 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

WALPOLF..

Quand , grâce à toi , et dans ce bourg de Castle-Rising , où tu étais né , je fus nommé à la Cliambre des communes ; quand, jeune homme obscur et inconnu , j'arrivai à cette tribune où les ministres d'alors m'honoraient à peine d'un regard ! Et mon premier discours, te le rappelles-tu?

KEUBOROUG.

Parbleu!... j'y étais, et, excepté moi, personne n'écoutait; c'était un bruit,... des conversations,... des éclats de rire aux bancs des ministres...

WALPOLE

Bientôt ma voix sut se faire entendre! ils m'écoutèrent alors, et moi, des le premier jour, je ne sais quel instinct secret médisait : Cette place qu'ils occupent esta toi, elle t'appartient!... ils te l'ont usurpée, va la reprendre ; et déjà je m'en approchais : déjà secrétaire d'État et trésorier de la marine , j'allais y atteindre,... quand la main qui me soutenait se retire, quand le duc de Mariborough, sur lequel je m'appuyais, se laisse renverser, et moi, livré à mes ennemis , accusé , condamné par la Chambre des communes , chassé de son sein... Ah! ce fut dans ma vie une cruelle épreuve que celle-là, Williams , car tout m'abandonnait , personne n'osait me défendre, excepté un seul écrivain, que l'on prétendait m'être vendu et que je ne connaissais même pas, et qui jamais n'est venu m'en demander la récompense.

NEUOOROUO, lui prenant la raain.

Il Ta reçue aujourd'hui , puisqu'il retrouve un ami î

WALI'OLE

Il serait possible !... toi , Williams ! Ah! j'aurais dû deviner mon généreux défenseur à cette éloquence si naturelle et si vraie, à celte bonhomie railleuse si naïve en apparence, mais au fond si redoutable; j'aurais dû reconnaître ton style.

NEUBOROUG.

Non , mais mon amitié , cette amitié qui venait à toi dans le malheur; car alors, mon pauvre Robert, dans la Tour où ils t'avaient jeté, dans les cachots, sous les verrous, à quoi pensais-tu ?

WALPOLE

A être ministre!... àrenverser à mon tour Oxford et Bolingbroke ! Peu m'importaient les dangers , les supplices , la mort

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même,... pourvu que je parvinsse au pouvoir!... Ne fût-ce que pour uu jour, un seul jour,... y arriver était nia première pensée.

Et la seconde ?

WALPOLE

D'y rester !

NEUBOROUG.

Et tu en es venu à bout ?.. .

WALPOLE

Oui ; mais que la lutte fut longue et terrible ! qu'il a fallu se roidir et se courber pour déraciner ce ministère tory qui semblait inébranlable ! Il ne fallut pas moins que la mort de la reine Anne, que l'avènement de la maison de Hanovre , que la faveur de George I".

NEUBOROUG.

Faveur qui a continué encore sous George II , et qui depuis vingt ans ne t'a pas quitté.

WALPOLE

Mais depuis vingt ans sais-lu ce que j'ai fait pour la conserver? Sais-tu qu'étranger à tous les plaisirs, à toutes les passions qui charment les hommes, mes jours et mes nuits se passaient dans des travaux assidus ? sais-tu que je ne dormais pas , qu'une fièvre continuelle m'agitait?... Et pourquoi?... pour veiller sans cesse à l'honneur et aux intérêts de ce pays qui m'étaient confiés , pour lui assurer le repos dont j'étais privé , et enfin , s'il faut le dire , pour amasser et maintenir sur ma tête ces honneurs, ces dignités, ce pouvoir qui me semblaient alors si désirables... et que maintenant j'ai pris en haine et en mépris.

NEUBOROUG.

Que dis-tu?

WALPOLE. 1

Je ne suis plus le même,... je suis bien changé...

Le crois-tu ?

WALPOLE, lui serrant la main.

Je suis guéri , je te le jure.

NEUBOROUG.

Si toutefois on guérit jamais de l'ambition.

WALPOLE

Oui , quand elle est satisfaite, quand elle n'a plus rien à désirer,

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