‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 21 sur 535 · ACTE II, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE

MADAMK DOr.r.EVAL.

Moi! tu me connais bien mal! Qu'il vienne ou ne vienne pas, peu m'importe ; tout m'est iiidifférenl. Condamnée à ne rien aimer, je subis mon arrêt, je me résigne à mon sort, à ce sort brillant que chacun envie. S'ils le connaissaient, il leur ferait pitié.

MADAME DE BUIEN>E,

Que me dis-tu.'

MADAME DORBEVAL.

Est-ce ma faute , cependant ? Jeune , sans expérience , je voyais tous mes parents enchantés , éblouis : Tu n'as rien , disaient-ils , et il est riche,... immensément riche; épouse-le. Eh bien! ils doivent être satisfaits : je suis bien riche et bien malheureuse.

MADAME DE BRIEKNE.

Toi , grand Dieu !

MADAME DORBEVAL.

Oui, je l'épousai sans l'aimer; du moins, je n'en aimais pas d'autre ; et, au premier coup d'œil , l'opulence ressemble tant au bonheur ! Mais l'espèce d'enivrement qu'elle nous procure est de si courte durée! on s'y habitue si vile! et quand on rentre en soi-même ; quand , effrayée du vide et de la solitude qui nous entoure , on cherche un cœur qui puisse répondre au vôtre , et qu'on ne trouve que sécheresse et indifférence; et quand , chaque jour, ce cœur est froissé par le mépris, par l'orgueil, par le souvenir des bienfaits qu'on lui reproche; lorsqu'on un mot on le condamne k la reconnaissance pour l'avoir voué au malheur ! ah ! c'est acheter bien cher la fortune , et ses trésors ne payeront jamais les larmes qu'elle vous coule.

MADAME DE BRIENNE

Pauvre Élise !

MADAME DORBEVAL.

Et si, plus tard, vous rencontrez dans le monde un ami qui vous devine, qui vous plaigne, qui vous console, celui peut-être que, libre encore, vous auriez choisi, il faut le fuir, l'éviter; sa présence vous est interdite; pensera lui est un crime! Je ne dis pas cela pour moi ; car, grâce au ciel , je ne pense à rien , je n'aime rien; mais enfin cela pourrait arriver!

MADAME DE BRIENNE. '

Oui;... mais, je l'espère pour toi, cela n'arrivera pas. Peut-être, après cela, es-tu injuste envers ton mari. Tan indifférence a pu

causer la sienne : essaye d'être aimable, pour qu'il le devienne à bon tour, et quand même il ne le serait pas...

MADAME DORBEVAL.

Tais-toi! c'est lui.

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