ACTE II, SCÈNE XII
venir à toi, le roi m'a d'abord parié de mon élection ;'et quand il a su que mon intention était de refuser...— Je ne le veux pas , s'estil écrié, je ne le veux pas ! Il nous faut à la Chambre des gens de talent, et surtout d'honnêtes gens... A ce double titre... vous resterez,... je l'exige... pour moi et pour vous ;... car un ami de Walpole peut arriver à tout, peut tout obtenir de moi. A ce mot, il m'est arrivé une inspiration, une idée d'en haut !... celle de m'immoler pour toi... Eh bien, Sire , hiiai-je dit, vous le voulez,. ..j'accepte ;... mais en revanche j'implore une faveur de Votre Majesté.— Laquelle? parlez!— Et alors, soit que l'amitié m'inspirât, soit que déjà je me crusse à la tribune, j'ai été content de moi, j'ai été éloquent;... je lui aipeint avec chaleur mes craintes, mes inquiétudes sur l'état de ta santé... Je l'ai vu ému,... entraîné, et je me suis écrié : Puisque vous l'aimez, ce fidèle serviteur, vous ne voudrez pas l'immoler ; vous ne voudrez pas sa mort : je vous réponds, moi, médecin, qu'il y va de sa vie!... Oui, monami, je l'ai dit, il y va de sa vie, s'il ne quitte pas les affaires, si vous n'acceptez pas la démission qu'il vous a offerte depuis si longtemps !
WALPOLE, avec an\iété.
Eh bien!... eh bien!... le roiarefusé?
NF.lîBOROL'G, avec enthousiasme.
Du tout!... il consent!...
WALPOLE, Stupéfait.
Quedistu.'...
NEUBOROIIG, tirant lin papier de sa poche.
Tiens! lis!... Écrit de sa main royale!
' WALPOLE, prenant le papier avec émotion.
( Lisant. )
« Vous le voulez, vos amis le veulent, il y va, dit-on, de votre « santé et de votre existence , j'accepte à regret la démission que « vous m'offrez. »
NEUBOROUG et HENRI,
Quel bonheur!
WALPOLE, continuant de lire,
« Je n'y mets qu'une condition, c'est qu'avant de vous retirer, « vous me désignerez vous-même votre successeur et formerez le « nouveau ministère qui doit vous succéder. »
Ah ! je ne sais ce que j'éprouve.
HENRI
Le saisissement...
NEUnOROUG.
La surprise...
WALPOLE
Oui, la joie,... une joie imprévue !... Me voilà donc libre!... me voilà heureux!... Cela produit un singulier effet...
NF.UBOROUG.
Quand on n'en a pas l'habitude,. .. et j'ai eu tort de t'annoncer ainsi sans ménagements,... sans préparations... Que veux-tu? j'étais si enchanté!... Mais ce ne sera rien,... mon ami, ce ne sera rien!... la joie n'a jamais fait de mal,... Et j'espère que tues content... que lu me remercies...
AVALPOLE.
Oui, mon ami !... oui, certainement... mais tu es sur que le roi ne m'en voudra pas.^
NEUBOROUG.
En aucune façon ,... puisqu'il te charge de nommer ton succèsseur et de former toi-même le nouveau ministère.
C'est vrai !
NEUBOROUG.
Nous pouvons maintenant nous renfermer dans ta résidence de Strawberry-Hill, rêver sous ses beaux ombrages, au bord de ses eaux jaillissantes... Nous pouvons partir sur-le-champ...
WALPOLE
Pas aujourd'hui! il y a conseil...
NEUBOROUG.
Tu n'y as plus que faire,... tu n'as plus de conseil, plus d'ennui.
AYALPOLE.
Ah! oui, c'est vrai!... Henri, tu diras alors à l'envoyé de Hanovre, à qui je n'avais pu donner audience, que je suis prêt à le recevoir... Je l'attendrai.
NEUBOROUG.
Mais ça ne te regarde plus,... tu n'as plus besoin de l'inquiéter de cela,... ta matinée est libre...
WALPOLE
C'est vrai; tu as raison.... Alors, qu'est-ce que je vais faire.^..
NEUBOROUG.
Déjeuner d'abord ,... c'est l'essentiel.
WALPOLE
Ah ! c'est que je n'ai plus faim !