ACTE IV, SCÈNE III
^EDCORO^;G.
Toi qui ce matin trouvais ce séjour si agréable...
MAKCUElllTE.
Ce matin, quelle différence !... je ne savais pas... C'est-à-dire que je croyais... Et vous-même qui parlez , vous trouviez la cour si insupportable...
NEUBOnOUG.
Au premier coup d'oeil,... c'est vrai;... mais après on s'y fait !...
MARGUERITE
Je ne m'y ferai jamais... Allons-nous-en, mon père , je souffre.
NEUBOROIG , lui prenant la main.
Est-ii'possible !... Eh bien, nous partirons... Mais encore un instant :... j'attends mon ami Walpole, quia sur moi des projets;... il m'a dit de ne pas m'éloigner ,... car il prétend qu'il y a deschan-
MARGUERITE
Pour quoi ?
Pour être ministre..
Vous , mon Dieu !
NEIÎBOROUG.
Pourquoi pas?... comme toulle monde!... Et puis, ce n'est pas moi,... c'est lui qui le veut,... qui l'exige ! Comment désobliger un ami qui y met un pareil zèle?... J'en conviens franchement, j'étais venu ici avec des préventions ;... et peu à peu... que veux-tu ! l'œil se fait à cet éclat, à ce luxe qui vous environne,... l'oredle s'habitue à ces titres de votre Grâce , votre Seigneurie , votre Excellence ;... et puis encore d'autres idées... En voyant ces belles dames si bien parées, si brillantes, si enviées, je pense à toi, et je me dis : Ma fille serait comme elles ! Je te vois dans ma voiture , dans mon salon, dont tu fais les honneurs ; je te vois dans ma logo de l'Opéra... Je les entends qui disent : C'est elle, c'est la fille du ministre... Quand je pense à tout cela , vois-lu bien , cela me trouble , ça m'ébiouit , ça m'étourdit , et je ne sais plus si c'est de l'ambition ou de l'amour paternel !
MARGUERITE
Eh bien ! s'il est vrai,... si vous m'aimez, mon père,... neme laissez pas ici;... car j'y mourrais !.,.
NECBOROUG.
MARGUERITE
NEUBOROUG.
Qu'est-ce que tu rae dis là.\..toi mourir!... Viens-t'en, ma fille, partons;... je l'emmène à l'instant ;... je donne ma démission... Qu'est-ce que je ferais ici , dans mon ministère , sans mon enfant, sans mon bonheur?... (Lui prenant les mains.) Mais réponds-moi : raconte tout à ton père. Doù vient l'étal où je le vois. ^... d'oii viennent tes souffrances ?... est-ce que j'en serais cause, par hasard .^ J'en serais bien capable !
MARGUERITE
Non , mon bon père ; non , jamais !... Mais hier, quand vous me parliez d'aimer quelqu'un,... je vous ai promis de vous dire... si ça venait... Eh bien , mon père,... c'est venu.
NEIBOROUG.
Vraiment !
MARGUERITE
Ou plutôt c'est parti ;... car je ne veux plus y songer, je veux l'oublier... C'est quelqu'un que je ne peux jamais épouser,... un lord,... un grand seigneur!...
KEUBOROUG, vivement.
Je le connais ,... car j'y ai toujours pensé ;... c'est toujours lui que j'ai rêvé pour gendre,... lord Henri...
MARGUERITE , lui mettant la main sur la bouche.
Silence , au nom du ciel !
NEUBOROUG.
Raison de plus pour que je sois ministre!... c'est, le seul moyen de rapprocher les distances.
MARGUERITE
Impossible!...
NEUBOROIIG.
Pourquoi ne pas essayer? Si nous échouons, je partirai, et, tout consolé, car je partirai avec toi... Mais s'il y avait des chances,... si Walpole l'emportait dans ce qu'il veiit faire pour moi , vois donc combien il serait terril)le de renoncer à un ministère.
MARGUERITE
Vous y pensez encore ?
NEUBOROUG.
Eh bien, oui! c'est plus fort que moi !... Il y a dans l'air qu'on respire ici quelque chose qui monte à la tête... Je rae tàte le pouls, et il me semble que me voilà comme Robert était ce matin;... les mêmes symptômes...