ZOÉ, AGATHE
ZOÉ
Eh bien, ma chère Agathe, voilà comme il est toujours... Autrefois, quand il n'avait pas de mérite, il était fort aimable;... mais depuis qu'il a eu l'idée de se faire homme de talent,... il
est ennuyeux à périr... ( Prenant une chaise et s'asscyant près d'Agathe. )
Encore s'il avait pris un autre genre,... il y en a tant !... mais il s'est lancé dans l'obscur et le profond,... c'est à s'y perdre ;... et quand je veux le comprendre , je suis sûre d'avoir une migraine!... mais une vraie...
AGATHE
Hélas! ma pauvre Zoé,... c'est comme chez nous: ... lu sais comme autrefois l'on s'y amusait!... quels jolis bals!... comme nous dansions dans le salon de mon père!... maintenant on ne peut plus s'y retourner : il est encombré de grands hommes... Je ne conçois pas que la France en produise autant et que l'admiration pul)lique puisse y suffire !
ZOÉ , liant.
En vérité !
AGATHE
Sans compter ceux que je ne vois pas ! car dès qu'il est queslion de quelqu'un de leur connaissance, c'est toujours : « Notre grand poêle, notre grand acteur, notre grande tragédienne. » Je ne sais pas comment cela se fait , ils sont tous grands ! Et moi je regrette notre jeunesse et le séjour de la pension , où tout le monde était petit.
ZOÉ
Ce qui revenait absolument au même.
C'était là le bon temps !
ZOÉ
Quand nous jouions au cerceau ou à la corde !
AGATHE
Comme nous nous aimions ! comme nous étions heureuses ! Et notre chère Adèle , pauvre fille que nous avons perdue si jeune ! Mais alors toutes les trois nous étions inséparables : ce qui appartenait à l'une appartenait aux autres.
ZOÉ, souriant.
Aussi, M. Edmond de Vareimes, son frère...
AGATHE
Était presque le nôtre.
ZOÉ
Tous les jours à la pension il venait voir sa sœur.
AGATHE
Et nous aussi ! puisque nous ne nous quittions pas.
ZOÉ
Maintenant , c'est bien différent ;... ce pauvre Edmond est avocat,... il passe sa vie au Palais. Je le vois bien peu.
AGATHE
El moi jamais ;... il déplaît à Césarine, ma belle-mcrc; et mon