ACTE I , SCENE IV
AGATHE
Avocat !
ZOF,.
Ils arrivent tous!... vous ferez comme eux.
AGATHE
Le succès d'hier doit vous mettre en évidence...
ZOF.
Faire parler de vous avec éloge. . . Il faut profiter de l'occasion . . .
( Apercev.'int un domestique qui sort dv chez M. de Montliicir et apporte des
journanx. ) Voici justement les journatix d'aujourd'hui ;... nous allons jouir de votre triomphe; lisez-nous, lisez vite l'audience
d'hier... (Voyant Edmond qui tremble en dépliant le journal.) VouS
tremblez d'émotion !
EDMOND
C'est vrai.
ZOÉ
Est-il enfant !
AGATHE , à Edmond, qni parcourt le journal.
Eh bien, monsieur! eh bien! cela vous donne-t-il du courage?... étes-vous content?
Ah ! c'est indigne !
EDMOND , tombant dans un fauteuil.
TOtJTES DEUX.
Qu'avez-vous donc?
EDMOND
C'est fait de moi ; ce dernier coup m'accable ; mon plaidoyer tronqué , défiguré, .•• le contraire de ce que j'ai dit; et dans les endroits qui ont produit le plus d'effet,... ceux où ont éclaté des applaudissements ,... on a mis entre deux parenthèses :... « Mur- « mures dans l'auditoire. » (Donnant le journal à Zoé. ) Tenez,... tenez!... voyez plutôt!
ZOÉ , regardant.
C'est vrai. (Lisant à demi-voix à Agatlie. ) « La cause s'est défendue « par elle-même ; point de logique, point de verve , point de mou- " vements oratoires ; et chacun se demandait en sortant comment « l'on n'avait pas confié cette affaire au jeune Oscar Rigaut, dont « l'éloquence chaleureuse convenait bien mieux au sujet. »
AGATHE , prenant le journal.
Oscar !
EDMOND
Quand je vous le disais : j'ai beau redoubler d'efforts, tout
conspire contre moi... Impossible d'arriver jamais,,., c'est fini, j'y renonce.
ZOÉ
Et pourquoi donc vous décourager ? N'y a-t-il pas d'autres voix qui s'élèveront pour rendre témoignage à la vérité ? Ceux qui étaient là à l'audience savent que vous avez bien plaidé.
EDMOND
Combien étaient-ils?... deux ou trois cents personnes peut-être, et cette feuille-là s'adresse à quinze ou seize mille abonnés; et demain , dans les salons de lecture, dans tous les lieux publics, deux cent mille lecteurs seront persuadés et répéteront que je suis un avocat sans instruction , sans talent , incapable de défendre les intérêts qui me sont confiés!
ZOÉ
Y pensez -vous?
EDMOND , reprenant le journal, qu'il parcourt.
C'est écrit,... c'est imprimé! Et votre mari est mieux traité...; je vois là un pompeux éloge de son dernier ouvrage!... (Lisant.) « Qu'est-ce que le génie ? n'est-ce pas l'étincelle électrique qu'on " ne peut saisir, bien qu'elle parcoure l'immensité...»
ZOÉ , étonnée.
Ah , mon Dieu !
" C'est la réflexion que tout le monde fera en lisant le dernier « ouvrage de M. le comte de Monllucar. »
ZOÉ, à part, regardant du côté de la table , où était le brouillon écrit de la
main de son mari.
Ah ! je comprends maintenant.
EDMOND
Un pareil éloge!... Il est bien heureux !... cela ne m'arriverait pas, à moi...
ZOÉ
Peut-être !... si vous le vouliez!...
AGATHE
Oui , sans doute ; car une fois député , il faudra bien qu'on vous entende et qu'on vous rende justice.
ZOÉ
A la tribune , on parle de haut.
EDMOND
Non, non ;... je vous remercie toutes les deux de votre amitié ,