‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 35 sur 535 · ACTE III , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE I

de chez raadaïQc Dorbcval , qui a eu la bonté de m'engagcr à diiier. Mais de crainte de vous déranger, j'aimais mieux altcndio à ce soir.

MADAME DE ERIENNE.

Un ami est-il jamais importun ?

OLIVIER

Non , sans doute. Mais vous donner à peine le temps d'arriver, se prcsenler^ainsi àTimprovistc...

MADAME DE BRIENNE

Nullement , je vous attendais. (Souriant, et d'un air de reproche.)

Je trouve même que vous venez bien lard.

OLIVIER

A ce mot seul je vous reconnais , vous êtes toujours la même. Non, non, je me trompe, vous êtes bien mieux encore, et je sens renaître ma confiance ; car vous ne vous douteriez pas qu'en venant ici le cœur me battait, et qu'arrivé à votre porte, je désirais presque que vous fussiez sortie.

MADAME DE ERIENNE , vivemcnt.

Et pourquoi i"

OLIVIER

La crainte que vous ne fussiez changée pour nous... Trois années d'absence , c'est terrible ! Et puis^hésitant) ma visite n'était pas tout à fait désintéressée , j'avais quelque chose à vous demander.

Je pourrais vous être utile ! Ah , combien je vous remercie ! je ne croyais pas qu'un pareil plaisir me fût réservé ; car j'ai entendu parler de vos succès.

OLIVIER

Il serait vrai!...

MADAME DE BRIENNE

En arrivant ici , votre nom est le premier qui ait frappé mon oreille; et jugez de mon bonheur, moi, une étrangèce; j'étais toute fière de connaître un homme célèbre ; je me suis hâtée de le dire , car votre gloire appartient à vos amis , et il est naturel qu'ils s'en vantent.

OLIVIER

Ah ! s'il est vrai que j'aie quelques talents , si quehiues succès ont couronné mes efforts , vous savez à qui je les dois. Orphelin et sans ressources , je serais mort de misère et de faim , ou , trai-

nant une pénible existence , je serais maintenant un artisan , un soldat ignoré , si monsieur de Brienne n'avait daigné me recueillir et me protéger. Ah! que n'a-t-il pu jouir de ses bienfaits! que n'a-t-il été témoin de mes premiers triomphes ! Vous veniez de quitter nôtre patrie , et je me rappelle encore ce jour solennel , cet asile des arts , où siégeaient tous les talents dont s'honore la France , où la récompense du mérite est décernée par le mérite lui-même. Hélas ! dans cette nombreuse et brillante assemblée , je cherchais monsieur de Brienne , je vous cherchais , madame , et quand mon nom fut proclamé , quand ce prix de peinture, ce premier prix me fut accordé , nul regard ne cherchait les miens pour me féliciter; nulle sœur , nulle amie n'était là pour partager mon triomphe ou comprendre mon bonheur. Comme étranger, comme abandonné au milieu de la foule , je rentrai chez moi la morl dans l'âme, et triste de ma joie solitaire ,.jc cachai en pleurant celte couronne que je venais d'obtenir , et que je réservais à mon bienfaiteur. Ah ! je ne croyais pas alors devoir la déposer sur sa tombe. Mais pardon de renouveler vos douleurs , de vous rappeler de pareils souvenirs !

MADAME DE BRIENIVE.

Ah ! ne le craignez pas ; mon cœur se les retrace souvent. Mais en me parlant de monsieur de Brienne et des services qu'il vous rendit , je vous reprocherai d'oul^lier celui que vous attendiez de moi.

OLIVIER

Oui, madame ! oui, vous avez raison ; mais c'est qu'au moment de vous en parler, cela devient plus difficile que jamais , et j'aimerais mieux remettre cette conversation à un autre instant.

MADAME DE BRlEiSNE.

Comme vous voudrez , si rien ne presse.

OLIVIER

Au contraire, madame , c'est très-pressé; car le sujet dont je voulais vous entretenir, à coup sur, bien d'autres vous en parleront ; et d'être le premier en date , c'est toujours un titre ,... pour moi, surtout , qui n'en ai pas d'autre.

MADAME DE BRIENNE

Mon ami, je ne vous comprends pas.

OLIVIER

Je le crois bien , car je ne suis pas bien sûr de me comprendre moi-même. Aussi, promettez-moi de l'indulgence.

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