‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 42 sur 535 · ACTE m , SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE m , SCÈNE V

DORBEVAL.

Ce n'était pcas bien difficile : un instant auparavant je venais do recevoir un petit mot de monsieur de Nangis.

MA1)AME DORBEVAL.

0 ciel!

DOr.BEVAL.

Qui, désolé de ne pas diner avec nous, m'annonçait qu'il viendrait passer la soirée. Et moi qui lui savais'gré de son empresseseraent ! moi qui croyais qu'il venait pour moi! Comme quelquefois nous sommes dupes ! Et celte madame de Brienne, une femme aussi exemplaire, aussi prude !

MADAME nORBEVAL.

Monsieur, je la défendrai ; apprenez que c'est la vertu même.

DORBEVAL.

Je le veux bien ; mais une vertu qui reçoit de pareilles lettres est une vertu qui déjà prête beaucoup aux commentaires ; car enfin, chère amie, je l'ai lue : « la plus aimée, la plus adorée des femmes !... » et ce qu'il y a surtout d'admirable, c'est ta vertueuse amie, qui à peine arrivée d'aujourd'hui... Où diable se sont-ils vus?... Eh parbleu ! m'y voilà : il a suivi le maréchal dans son ambassade en Russie , il y est resté six mois ; c'est là qu'ils se seront rencontrés. Deux Français , deux compatriotes ? A tous les cœurs bien nés...

MADAME DORBEVAL.

Quoi, monsieur ! vous pourriez supposer ?

DORBEVAL.

Moi, je ne suppose rien; je l'ai lu. D'ailleurs, si je me trompe, dis-lui de nous montrer cette lettre.

MADAME DORBEVAL,

Non, monsieur; mais pour vous prouver l'injustice de vos soupçons , je vais , comme elle m'en a priée , répondre en son nom et le bannir à jamais.

DORBEVAL.

A la bonne heure. Veux-tu que nous composions cette lettre ensemble ?

MADAME DORBEVAL , avec ciDOtioD.

Ensemble?... Volontiers. (Elle se met à la table, et écrit.) DORBEVAL, par-dessus l'épaule de sa femme.

« L'honneur vous fait un devoir d'oublier celle que vous ai- « mez... » Je mettrais là un point d'admiration. « Si son repos ,

« si son bonheur vous sont chers , elle vous supplie de ne phis pan raitre a ses yeux , ni ce soir ni janiciis. » Voilà ce que je craignais, une lelltre qui n'a pas le sens commun , et qui va le désespérer. MAn\?,!E DORBEVAL , vivement.

Vous croyez... ( Fioidciucui. ) Cependant je n'y changerai rien , et je vais envoyer.

DOREEYAL , la U;i prenant des mains.

y pensez-vous? Je vous en épargnerai la peine. (Appelant.) Dubois, cette lettre à l'instant chez monsieur de Nangis,dont l'iiotel est voisin du notre.

DUBOIS

Oui, monsieur. Mais monsieur de Poligni est là qui vous demande. Il est déjà venu s'informer deux fois si monsieur était de retour.

DORBEVAL.

C'est juste : qu'il entre. (A sa femme.) Eh bien! vous nous quittez?

MADAME DORBEVAL,

Oui, oui; nous avons à sortir ce matin avec madame de Brienne.

DORBEVAL.

C'est différent.

MADAME DORBEVAL, suivant des veux la lettre que lient Dubois.

Allons , j'ai fait mon devoir.

( Elle sort par la porte à droite , et en même temps Poligni entre [lar le fond , précédé par Dubois, qui l'introduit et se relire.)

Page 1